Retour d’un ancien qadi du califat islamiste à Tombouctou

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Acteur incontournable de la régulation sociétale dans la région de Zouera et Goundam, Houka Ag Al Hussein instille à la population sa connaissance coranique radicale, et ce, avec l’aval de l’Etat. L’ancien juge islamiste d’Ansar Dine au moment de l’occupation djihadiste de Tombouctou, arrêté en 2014 par l’armée malienne puis libéré lors des négociations de paix en août de la même année, semble prendre du galon. Si l’on en croit les rumeurs, il regagne petit à petit de la notoriété, et serait en passe de revenir sévir à Tombouctou en toute impunité.

C’est armé de patience et en toute discrétion que le fervent défenseur d’une charia radicale, Houka Houka Ag Al Hussein, reprend place au Centre Mali. Publiquement investi juge islamique depuis fin 2017, en présence d’autorités maliennes, il vient couramment rendre la justice à Zouera en réglant les contentieux familiaux et autres litiges d’ordre financier ou moral. C’est en se positionnant en tant qu’élément incontournable de la régulation sociétale que la stratégie menée par Houka Houka, consiste à être totalement accepté de la population et prend toute son ampleur. L’ancien imam radical de la mosquée Al Farouk de Tombouctou, ordonnateur de châtiments et d’exécutions conformément à la charia, est désormais officiellement fonctionnaire malien. Zouera demeure avant tout une région commerciale où tout le monde, y compris les groupes armés terroristes, vient se ravitailler. Il est évident que, grâce à son pouvoir de représentativité auprès des autorités maliennes, le qadi a tout le loisir de poursuivre ses activités avec les GAT, comme il l’a toujours fait, en toute impunité.

Le qadi, cherchant probablement à conforter sa reconnaissance par l’Etat, intervient aussi dans les rencontres communautaires importantes. C’est au forum de Goundam que Houka Houka a tenté d’asseoir cette notoriété. Organisée fin février, la réunion avait pour but d’échanger sur la paix, la sécurité et le développement. Sous la présidence du préfet Mamadou Konaté, le forum aurait réuni les maires des différentes communes, les chefs de villages et de fractions, les chefs coutumiers et religieux ainsi que des représentants des groupes armés. Houka Houka aurait pris une part active au débat. Même si ses liens avec les djihadistes ne sont plus à démontrer, il se place désormais aussi comme représentant des mouvements politico-militaires et comme défenseur des questions relatives à la sécurité et la prévention des conflits. L’ordonnateur de lapidations, flagellations et autres amputations prônerait-il bientôt le « vivre ensemble et la réconciliation des cœurs ? ». Le fait que Houka Houka soit associé aux autorités maliennes lors des grands rendez-vous communautaires accroit sa légitimité et marque une ambition plus profonde, revenir asservir la population de Tombouctou.

Le juge « islamiste » vise à étendre son influence dans la région, et quelle plus belle vengeance que celle de revenir prêcher librement à l’endroit même d’où il a été banni. Houka Houka Ag Al Hussein, également directeur de l’école coranique d’Essakan, qui aurait rencontré récemment le gouverneur de Tombouctou, profiterait-il de son statut de fonctionnaire de l’Etat et de ses soutiens dans sa zone d’influence, pour tenter de revenir enseigner son islam radical ? Ce qui est certain c’est que les Maliens n’ont pas la mémoire courte et que toutes ses fourberies ne cacheront pas ses véritables ambitions : légitimer et imposer sa charia radicale.

Ibrahim Keïta

 @HalteTerrorismeMali

 @ikeitakeita

 

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