Fait divers : La Tortionnaire

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    Rokia saisit son couteau de cuisine et l”enfonça dans la braise. La lame vira au rouge en peu de temps.

    Même les policiers du 11e arrondissement pourtant habitués à traiter des affaires qui prennent la tête, n”en reviennent pas. Tout le monde se pose la même question : "comment a-t-elle pu ?". Elle, c”est Rokia Sacko, une ménagère d”une cinquantaine d”années. Rokia n”a pas hésité à brûler l”enfant de son employée. Pama Diawara, la mère de l”enfant, n”oubliera jamais le calvaire enduré par sa fillette de 18 mois, le 1er mars passé. Comme elle, toutes les personnes qui ont appris les détails de l”affaire, s”interrogent aujourd”hui sur les vraies raisons de l”acte ignoble perpétré par Rokia Sacko.

    Cette mégère, âgée de plus de 50 ans, n”a jamais eu d”enfant. Elle est la 4e épouse d”un vieux jardinier de l”hôtel de l”Amitié, à la retraite. L”aide-ménagère Pama Diawara et sa fillette de quelques mois sont arrivées dans la capitale il y a moins d”un an. La "paysanne" est déjà mariée à un cousin. Elle est venue travailler dans la grande ville pour gagner de quoi acheter des ustensiles de cuisine et des meubles pour sa maison au village. Dans la capitale, elle ne tarda pas à trouver un emploi de vendeuse de fruits chez Rokia Sacko.

    Tous les jours, elle arpente les rues de la ville, un panier de fruits en équilibre précaire sur la tête, à la recherche de clients. Elle ne rentre que la nuit tombée pour ressortir dès l”aube. Pour alléger son fardeau, elle avait dû sevrer son enfant voilà quelques semaines. Elle ne la transportait plus sur son dos pendant ses longues journées de travail comme vendeuse ambulante. L”enfant restait à la maison sous la garde de sa logeuse.

    UN SOURD RESSENTIMENT :

    Les enfants sont des anges, dit-on. La fillette de Pama Diawara, au lieu de s”attacher à la vieille femme, s”est prise d”affection pour un certain Demba Doumbia. Ce jeune vendeur de café a construit un hangar près de la maison occupée par Rokia Sacko. L”enfant avait certainement senti que Rokia n”avait pas bon coeur. Quand sa mère descend en ville, la petite se rend chez le vendeur de café. Elle prend place auprès du jeune homme qui lui prépare alors un verre de café au lait. Il lui achète même très souvent des friandises.

    Doumbia, très affectueux, traite la petite fille comme son propre enfant. Certains camarades du vendeur de café le taquinent souvent en ces termes : "tu es le père de cette fille. Ce n”est pas par hasard qu”elle se colle à toi". Demba en riait et répondait toujours qu”"il n”est pas donné à tout le monde d”être aimé par les enfants surtout à cet âge de l”innocence".

    Pour on ne sait encore quelle raison, entre Demba Doumbia et Rokia Sacko, le courant ne passe pas. Pourtant tous deux viennent du même village. Mais la femme nourrit un sourd ressentiment envers le jeune homme. "Je ne sais pas pourquoi. Mais elle me hais. Beaucoup de gens m”ont demandé la raison de cette inimitié que je ne peux me l”expliquer", confirme Demba Doumbia. Les visites incessantes de la petite fille au vendeur irritait donc au plus degré la vieille méchante. Mais pourquoi empêcher un enfant de deux ans fréquenter une personne qui ne lui fait que du bien ? Cette question, Rokia Sacko ne se l”est pas posée. Après mûres réflexions, elle imagina un plan sadique pour contraindre la gamine à rester près d”elle et à ne plus fréquenter le vendeur de café.

    Jeudi dernier, après le départ de Pama Diawara, Rokia vit avec la rage au coeur l”enfant rejoindre son ami. Elle ordonna aussitôt à Séba Sacko, sa nièce adoptive (puisqu”elle n”a jamais eu d”enfant) de ramener la fillette. Séba rattrapa sans ménagement l”enfant, qu”elle traîna par la main et l”obligea à s”asseoir près de sa tante.

    Peu après, Rokia demanda à sa nièce de lui allumer le fourneau. La docile Séba s”exécuta. Bientôt l”ustensile fut rempli de braises ardentes, que l”adolescente vint déposer auprès de l”irascible dame. Rokia chercha alors son couteau de cuisine et l”enfonça dans la braise. La lame vira au rouge en peu de temps. Et contre toute attente, Rokia la retira et la plaqua vivement sur chacune des plantes de pied de l”innocente fillette. Le fer brûlant fit les dégâts que l”on imagine : il arracha la peau des parties touchées. L”enfant martyrisée a "pleuré toutes les larmes de ses yeux" comme on le dit chez nous et finit par perdre la voix à cause de la douleur insurmontable causée par les blessures. La vieille ne se limita pas à brûler la plante des pieds de la fillette. Elle posa aussi sans sourciller le couteau incandescent sur la tempe droite, sur les deux lèvres et le front de l”enfant.

    UNE AUTRE VICTIME :

    La petite Séba qui assiste à la scène, n”est nullement surprise de la cruauté de sa tutrice malgré son jeune âge. Elle même porte les stigmates d”anciennes brûlures sur les cuisses, le dos, les tempes, les jarrets, les épaules et les fesses. Des brûlures infligées par le même bourreau. Mais la douleur de la fille de Pama Diawara est durement ressentie par l”adolescente. Elle court se cacher dans une boutique voisine sans oser raconter ce qu”elle vient de voir.

    Lorsqu”elle acheva de torturer la fillette, Rokia Sacko alla chercher sa nièce. Elle menaça de la tuer si elle la dénonçait aux voisins. Séba terrorisée, n”esquisse pas la moindre résistance. La vieille ajoute sans état d”âme : "si on te demande, dis que l”enfant est tombée dans un puits".
    Vers le petit soir, Pama revint comme d”habitude de sa tournée quotidienne. Elle tomba sur son enfant entre la vie et la mort. Elle posa des questions auxquelles personne ne répondit. La criminelle et inconsciente Rokia était plongée dans un sommeil profond. Lorsqu”elle se réveilla au crépuscule, elle dit à sa servante avec une tonne de cynisme : "ma petite fille est tombée dans le puits et elle s”est sérieusement blessée". Pama lui rétorqua qu”il s”agissait de brûlures et non de blessures provoquées par une chute dans un trou d”eau. La cruelle Rokia changea alors son histoire. Elle prétendit que l”enfant avait marché par inadvertance sur des braises ardentes.

    Ces explications tirées par les cheveux ne donnèrent naturellement pas satisfaction à Pama. Elle mena sa propre enquête en se souvenant des sévices que faisait endurer Rokia à sa propre nièce Séba. La mère de l”enfant attira l”adolescente dans un coin pour lui tirer les vers du nez. Séba avoua qu”elle avait peur de révéler la vérité. Car en le faisant, elle s”exposerait aux foudres de sa cerbère de tante. La servante lui promit de garder le secret. L”innocente Séba mise en confiance expliqua alors comment sa tante avait atrocement brûlé la fillette.

    La bonne n”en crut pas ses oreilles. Elle reposa la même question plusieurs fois, recevant la même réponse. Séba pour convaincre définitivement la mère incrédule, jura que sa tante avait bien commis cet incroyable acte de cruauté. Pama fondit en larmes. Elle mesura l”ampleur de l”ingratitude humaine. En effet, elle avait travaillé pendant dix mois chez Rokia sans jamais, jusqu”ici, réclamer son salaire. Elle s”était comportée comme la fille que Rokia n”avait jamais mis au monde. Et cette femme inhumaine avait mutilé son rejeton sans sourciller. Elle prit son enfant dans ses bras et alla le montrer au vendeur de café qui lui conseilla d”aller à la police.

    Au commissariat du 11e arrondissement, les inspecteurs Dioting Diarra, chef P.J. et Mariam Konaté n”ont pu retenir leur émotion, vendredi dernier, devant les souffrances endurées par l”enfant. Les agents sont allés cueillir la femme. Elle tenta dans un premier temps de nier les faits. Mais lorsque l”inspecteur Mariam Konaté la confronta à Séba qui avait fini par surmonter sa peur, la vieille sorcière confondue, a avoué son forfait.

    Le mari de Rokia, Saïdou Ballo, était allé à la police déposer le couteau utilisé pour torturer la fillette. Les policiers constatèrent que des lambeaux de peau de la fillette collaient encore à la lame.

    L”histoire de Rokia s”est répandue comme une traînée de poudre dans tout le quartier de Kalabancoura. Des dizaines de curieux, en majorité des femmes, ont accouru au commissariat pour voir la tortionnaire que l”on s”apprêtait à déférer au parquet de la Commune V.

    G. A. DICKO
    L”Essor du 5 Mars 2007

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