ARCHIVE DU MALI: Les derniers moments de Fily Dabo Sissoko et autres heure par heure

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L’attitude et les propositions de Kassoum Touré choquèrent les représentants de l’Etat présents dans la salle. C’est pourquoi pour les autorités il fallait à tout prix éviter la tenue de cette grande réunion des commerçants malien du 22 juillet 1962. A partir du 18 juillet, les choses vont s’accélérer : dans la nuit du 19 au 20 juillet 1962 El Hadj Kasssoum Touré est arrêté à son domicile à 4 heures du matin. La nouvelle qui se répandit en ville suscita indignation et colère chez les commerçants. Très tôt dans la matinée du vendredi 20 juillet 1962 des petits groupes de commerçants se formèrent très rapidement et marchèrent sur le commissariat central de Bamako pour exiger la libération de Kassoum Touré. A la suite d’affrontements violents avec les forces de l’ordre, l’on dénombra plusieurs arrestations , plusieurs blessés et même des morts selon certains. Après cet accrochage avec les force de l’ordre, les manifestants se regroupèrent pour marcher en direction de l’ambassade de la France criant des slogans contre les autorités maliennes.
Le dimanche 22 juillet 1962 l’ordre était établi à Bamako, l’Union Soudanaise RDA désigna une commission nationale avec mission de faire la lumière sur les origines de émeutes et les possibles instigateurs. Très rapidement la commission conclua comme étant instigateur des troubles deux personnes politiques importantes : Fily Dabo Sissoko et Hammadoun Dicko.
 Le lundi 23 juillet 1962 Fily Dabo Sissoko et Hammadoun Dicko sont arrêtés. Une semaine après le lundi 30 juillet 1962, ce fut le tourde Mamadou Niang d’être arrêté. Il était accusé d’être présent au domicile de Kassoum Touré, considéré comme étant au courant de certaines choses.
Après un interrogatoire musclé Mamadou Niang fut libéré le 7 août 1962. L’arrestation de Fily Dabo et celle de Hammadoun Dicko avait choqué l’opinion nationale et internationale.
Début août 1962 prenant la parole dans une réunion publique, le président Modibo Kéïta désignait nommément Fily Dabo Sissoko, Hammadoun Dicko et Kassoum Touré comme étant les meneurs d’un complot préparé de longue date en liaison par un autre gouvernement étranger contre le pouvoir en place et le remplacer par un autre gouvernement plus docile aux directives reçues de l’extérieur. Le président Modibo Kéïta concluant son intervention en affirmant qu’il appartiendrait au peuple malien de décider du sort de Fily Dabo Sissoko, Hammadoun Dicko, Kassoum Touré ainsi que des autres manifestants arrêtés. Le 24 juillet 1962, soit quatre jours après les émeutes s’était tenue une réunion du Bureau politique de l’Union Soudanaise "élargie" c’est à dire qu’aux dix neuf membres du Bureau politique national s’étaient joints les membres du gouvernement et de l’Assemblée Nationale ainsi que les membres des organisations de masse de Bamako. Cette réunion avait décidé de déferrer les responsables de l’émeute devant un Tribunal populaire composé de trente neuf membres.
 L’ouverture des débats devant le tribunal populaire fut fixé au lundi 24 septembre 1962. Il n’est peut être pas sans intérêt de mentionner que quelques jours avant cette date à la faveur d’un remaniement ministériel, le portefeuille de la Justice avait été transféré à Madéïra Kéïta, précédemment ministre de l’Intérieur et considéré à l’époque comme l’homme fort du régime.
Les audiences ont duré quatre jours du lundi 24 au jeudi 27 juillet 1962. Le tribunal siégeait dans la salle de réunion de la Maison des Anciens combattants. Sur les manifestants arrêtés quatre vingt douze des anciens déférés devant le tribunal populaire en plus des trois principaux accusés. Ils étaient reprochés aux inculpés d’avoir organisé un complot et commis un attentat contre la sûreté de intérieure de l’Etat.
Le tribunal était présidé par Mamadou Diawara. Les débats se sont pratiquement limités à l’interrogatoire des inculpé et à l’audition de leurs déclarations. Après les quatre jours d’audience, le tribunal populaire s’est réuni pour délibérer le lundi 1er octobre 1962. Il a rendu son jugement le même jour. Un communiqué de la présidence du gouvernement publié dans l’Essor, organe officiel du parti du 2 octobre 1962 indiquait les peines prononcées : le trois principaux accusés Fily Dabo Sissoko, Hamadoun Dicko et Kassoum Touré furent condamnés à mort ; 14 accusés ont été condamnés à vingt ans de travaux forcés, huit accusés à 15 ans de travaux forcés ; 7 accusés à 10 ans de travaux forcés et 27 accusés à cinq ans de travaux forcés. Une peine d’un an d’emprisonnement ferme a été prononcée contre 21 des inculpés, 15 accusés furent acquittés au bénéfice du doute. Dans le même communiqué la présidence du gouvernement félicitait le tribunal populaire de la   haute tenue des séances. Après leur jugement Fily Dabo Sissoko, Hammadoun Dicko et Kassoum Touré furent envoyés en détention à Kidal. Suite aux réactions internationales les peines des trois condamnés furent commuer à des peines de travaux forcés à perpétuité. En février 1964, l’affaire Faïnké considérée à l’époque comme une suite logique des événements de 1962 sema la panique au sommet de l’Etat malien. Ce qui poussa les autorités à vouloir en finir avec la bande des trois à savoir : Fily Dabo Sissoko et ses camarades. Pour cela le commandant militaire de la zone de Kidal à l’époque le commandant Dibi Sillas Diarra sera l’un des principaux organisateurs de cette ultime opération. A l’époque le capitaine Mamadou Sisssoko qui déjoua la première tentative d’exécution de Fily et de ses camarades. Peu de temps après l’échec de cette première tentative le capitaine Mamadou Sissoko est convoqué à Bamako et envoyé en mission en Algérie. Profitant de cette absence du commandant de Bouréïssa, le capitaine Diby Sillas Diarra organisa le deuxième peloton d’exécution dirigé par le sous-lieutenant Jean Bolon Samaké que Fily avait recruté en 1930 à l’école primaire de Ouéléssébougou.
 
Les derniers moments de la vie de Fily Dabo Sissoko heure par heure
12 Février 1964 il est à peine 6 heures du matin lorsqu’un convoi de trois véhicules fait son entrée dans le camp militaire de Kidal. Le convoi était composé d’une Jeep Willys, d’un Power wagon et d’une Benne. C’est dans la benne que fut embarqués Fily Dabo Sissoko, Hammadoun Dicko et El Hadj Kassoum Touré avec quelques militaires avec des pioches et des pelles. Le convoi se dirigea vers la frontière Algéro- malienne. Après avoir dépassé Bouréïssa c’est entre Bouréïssa et le village de Tazidjoumet qu’on arrêta la benne débarqués les trois prisonniers avec les pelles et les pioches. Selon les témoignages de certains militaires rescapés du peloton. Après qu’ils aient creusé leur propre tombe on leur demande leurs derniers mots : Hammadoun Dicko : Il fut le premier à s’adresser au chef du peloton le sous-lieutenant Jean Bolon Samaké en ces termes "Lieutenant, quelque que soit le   mode d’exécution que vous aurez choisi, je vous demande de grâce de ne pas laisser nos corps en pâture aux charognards et aux fauves" joignant le geste à la parole, il retire une bague de son doigt la remit au lieutenant avec ce message : "remettez cette bague à mon épouse et dites à mes enfants que je suis mort en homme".
Fily Dabo Sissoko : "Allez dire à Modibo d’attendre son tour…» Kassoum Touré : "Ce que j’ai fait pour Modibo si je l’avais fait pour Dieu il n’allait pas me payer de cette façon". Après tout cela il était 16 heures 15 minutes lorsque le peloton d’exécution se met au pas de tir. Les trois détenus descendent dans leur fosse commune, prêts pour la mort. Ils s’y tiennent debout en ligne, il n’y a pas de poteaux d’exécution fichés en terre. Ils ont d’eux-mêmes placés leurs mains derrière leurs dos, les yeux ne sont pas bandés, leur regard se fixe pour une dernière fois sur leurs bourreaux. Les hommes de Jean Bolon manoeuvrent les culasses de leurs fusils, ajustent leurs trajectoires sur les trois détenus. Tout d’un coup le lieutenant se sentant en disponibilité d’âme pour sa haute mission devant l’histoire lança d’un coup sec, Feu ! Des salves retentissent, Fily Dabo Sissoko , Hammadoun Dicko et El Hadj Kassoum Touré s’écroulèrent dans leur tombe comme déchiquetés par la gerbe de projectiles déchargées sur eux. Ils expirent dans une flaque de sang. Leurs corps sont ensevelis sans linceul sous le sable.
Une page d’histoire du peuple malien venait d’être tournée. Après mission accomplie, le peloton retourna à Bouréïssa cette fois-ci sans les trois condamnés. Certes que dans la vie d’un peuple , d’une nation, il y en a des moments qui sont difficiles à vivre mais qui sont déterminant pour l’avenir de tout un pays de toute un nation.
La Rédaction

A suivre dans le prochain numéro Comment Dibys Sillas Diarra a remit l’ordre de mission d’exécution de Fily Dabo Sissoko aux membres du CMLN

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