Attaque de l’hôtel Radisson Blu : Le film d’une journée horrible

Abominable fut le vendredi 20 novembre 2015 pour les Bamakois. Notamment, pour les occupants de l’Hôtel Radisson-Blu. Car  l’attaque terroriste de cet hôtel huppé de la capitale malienne a été  suivie d’une prise d’otages, tôt le matin.

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URGENT: L'hôtel Radisson de Bamako attaqué ce matin

Les Maliens en général et les Bamakois en particulier se sont réveillés dans la terreur ce jour saint de vendredi.  Au moment où chacun cherchait à se rendre à son service, la triste nouvelle, telle une trainée de poudre, fait le tour de la capitale. Aussitôt, une mobilisation générale des forces de sécurité et de défense s’est organisée autour de l’hôtel et à plusieurs points stratégiques de la ville. Les cœurs meurtris, nous vous proposons le film d’une journée mouvementée.

Il est environ 7h, lorsque deux jeunes hommes ordinairement habillés arrivent à l’Hôtel. Ils ouvrirent le feu sur les gardiens à l’entrée avant de s’introduire dans les halls, tirant sur tout ce qui bouge en criant « Allah Akhbar ». C’est le sauve qui peut.

Vers 08h30, le maître de l’établissement parvient à s’échapper sous les tirs nourris des assaillants.

A 9h, des sources hôtelières parlent de 170 otages dont 140 clients et 30 employés de cet hôtel de 190 chambres. Dans la foulée, l’établissement informe qui de droit pour sauver les clients.

A 9h30: « Nos équipes de sécurité sont en contact constant avec les autorités locales afin d’apporter toute l’aide possible pour rétablir la sécurité dans l’hôtel. A ce stade, nous n’avons pas d’autres informations et continuons de suivre la situation de près », fait savoir le groupe Rezidor dans un  communiqué.

Peu avant 10 h, on aperçoit les forces de défense et de sécurité maliennes faire mouvement vers l’hôtel. Il s’agit des éléments de la police militaire et du GIGN, une unité spéciale d’intervention de la gendarmerie malienne.

Au même moment, une trentaine de journalistes nationaux et internationaux, perdue dans une foule curieuse, est bloquée à 200m environ du lieu de la prise d’otages par un cordon sécuritaire érigé par les forces d’intervention.

A 10h, des sources indiquent qu’il y a plusieurs étrangers parmi les otages dont des Chinois et des Français. Et que les forces spéciales maliennes avaient donné l’assaut.

A 10h 35, deux véhicules de l’ONU se dirigent vers l’hôtel pour appuyer les forces maliennes.

Vers 11h, un commandant de la Direction de l’information et des relations publiques des armés (Dirpa) informe qu’une vingtaine d’otages a été libérée.

10 minutes plus tard, un colonel des forces armées maliennes affirme que 30 otages sont libérés et que les forces d’intervention avaient sécurisé 3 étages de l’Hôtel.

A 10h57,   Mme Monick, l’une des otages que notre équipe de reportage a jointe au téléphone lorsqu’elle était «cachée  sous son lit», confirme par la suite qu’elle fait partie des otages libérés. Les désormais ex-otages seront ainsi amenés au Palais des Sports, à l’ACI 2000, après avoir fait des témoignages au Commissariat du 14ème  arrondissement.

«Les fouillent continuent. On apprend que les terroristes ont amené certains occupants de l’hôtel au 7ème étage. Mais nous allons mener prudemment cette opération. Notre objectif est de neutraliser les terroristes sans faire de victimes », déclare le commandant des opérations.

Selon la même source, trois personnes ont été tuées par les assaillants à leur arrivée.

A 12h, les messages de solidarité pleuvent de partout. A commencer par le Président français,  François Hollande, qui affirmait sur les antennes de RFI   que la France était disponible au près de l’« ami malien » auquel il renouvelle  toute sa solidarité et tout son soutien. «Nous devons encore une fois tenir bon  face à  cette présence barbare.  Il y a des touristes et des responsables d’entreprises de nombreuses nationalités», a-t-il déclaré.

Au même moment, on apprend sur les sites d’information maliens que le Président IBK qui se trouvait à N’djamena pour participer au 2ème sommet ordinaire du G5 sahel consacré au terrorisme a décidé d’écourter son séjour. Il fait aussitôt une déclaration dans les medias internationaux. «Je déplore ce qui se passe au Mali. Les forces maliennes se sont déployées pour libérer les otages. Déjà quelques otages ont été libérés. Je lance un appel au calme et à la sérénité au peuple malien», indique IBK, avant de s’envoler pour Bamako.

Peu après 12h00: la société Air France annonce que ses douze membres d’équipage pris en otage  ont été exfiltrés et sont en sécurité.

De 12h30 à 14h, les choses se précisent peu à peu grâce aux témoignages des otages libérés. Le célèbre artiste guinéen, Sékouba Bambino, ex-otage, affirme qu’il n’a pas vu les assaillants, mais les entendait parler anglais. Pendant ce temps, les chaînes de télévision et de radios rivalisent dans les éditions spéciales sur ce drame.

A  13h : les autorités  françaises ordonnent la fermeture de l’école française.

Peut après 13h, le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le colonel-major Salif Traoré, anime une conférence de presse au cours de laquelle, il annonce que les forces spéciales ont évacué une trentaine de personnes. D’autres ont pu s’échapper seules.        Deux policiers ont été blessés. Les forces spéciales fouillent l’hôtel chambre après chambre, précisera-t-il.

Aux environs de 14h, les responsables de l’Hôtel Radisson-Blu annoncent que 138 personnes sont toujours retenues en otage, dont 125 clients et 13 membres du personnel.

De 14h à 14h50, les choses s’accélèrent. Quelques forces spéciales françaises et américaines appuient celles du Mali.  L’armée  américaine indique   la libération d’au moins 6 Américains. Puis, on apprend l’exfiltration  de sept Algériens  et des vingt Indiens qui séjournaient dans l’hôtel.

 A 15h, la presse est convoquée à nouveau au ministère de la Sécurité pour faire le point. A cette occasion, le Colonel-major Salif Traoré dira que les forces spéciales maliennes sont toujours à pied d’œuvre dans l’hôtel Radisson. Et que le dernier assaut est en cours. «Les terroristes ne détiennent plus d’otages. Ils se sont retranchés dans une pièce». Il était 16h moins.

A  16h40 : un responsable militaire annonce la fin de la prise d’otages, tout en précisant que deux assaillants ont été neutralisés par les forces spéciales maliennes.

A 17h, les autorités sécuritaires du Mali annoncent la mort d’une vingtaine d’otages.

A 17h30, en présence cette fois-ci de quelques journalistes,  les forces d’intervention étaient en train de sécuriser l’hôtel.

A 18h30, 125 otages libérés étaient en train d’être pris en charge au Palais des Sports pendant que 7 blessés recevaient des soins   à l’Hôpital Gabriel Touré.

Quelques minutes avant 19h, les chaînes de télévision  internationales parlent d’une revendication de l’attaque par Al-Mourabitoun de Moctar Belmoctar, non confirmée par Bamako.

Dans  la nuit, un Conseil des ministres extraordinaire se tient à Koulouba.  A la suite de ce Conseil, à  23h, le Président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta, annonce sur les antennes de la télévision nationale que l’état d’urgence est décrété «sur l’ensemble du territoire». Et cela pour dix jours à compter de la nuit de vendredi 20 à samedi 21 novembre. Avant d’indiquer un deuil national de 3 jours à compter du lundi 23 novembre. A cette occasion, IBK a fait état de 21 morts, dont deux assaillants, et sept blessés.

Le lendemain samedi 21 novembre à 12h, le ministre de la Sécurité et de la Protection civile a animé une autre conférence de presse lors de laquelle il a été plus précis sur les chiffres. Il a annoncé la mort de 21 personnes dont 18 clients, un gendarme malien et 2 terroristes.

Oumar KONATE

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