Hache sur l’épaule et lunettes de soleil sur le nez, Youssouf Toloba s’adresse directement au
président de transition Bah N’Daw, qu’il accuse d’abandonner le pays aux terroristes. Le chef militaire de la milice Dan Na Ambassagou (« les chasseurs qui se confient à Dieu » en langue dogon) reproche à l’armée malienne d’avoir déserté le cercle de Bankass après l’attaque du camp de Sokoura, où 11 soldats ont été tués par Aqmi au mois d’octobre, et lance un ultimatum : si les militaires ne reviennent pas d’ici le 20 décembre, il rejoindra personnellement les rangs des jihadistes, ou ceux des indépendantistes de l’Azawad.
Provocation
Une provocation à comprendre, bien sûr, au second degré, puisque ces groupes sont ses ennemis jurés : jamais Youssouf Toloba ne souhaiterait les rejoindre, et jamais ces groupes ne l’accepteraient en leur sein ! Surtout, ces affirmations comportent leur lot de contre-vérités : non seulement l’armée malienne n’a pas déserté la zone après l’attaque de Sokoura, mais elle y a même mené une vaste opération contre-terroriste au cours de laquelle les soldats maliens ont d’ailleurs été accusés, par des élus locaux et des associations de défense des droits de l’homme, d’exactions commises avec l’aide de chasseurs dozos liés à Dan Na Ambassagou.
Affaiblissement
Surtout, selon plusieurs chercheurs spécialistes de la zone qui suivent de près les activités de cette milice, et qui préfèrent s’exprimer de manière anonyme, cette prise de parole masquerait une forme de désarroi. Si Dan Na Ambassagou a longtemps été soutenue par les autorités maliennes, au point de jouer un rôle de supplétif de l’armée, cette milice est aujourd’hui très affaiblie.
Par l’action des groupes jihadistes d’abord, qui lui ont infligé «
une série de revers ». Par les autorités ensuite, qui ne lui témoignent plus, officiellement, le même soutien que par le passé. L’actuel ministre de la Sécurité, le colonel Modibo Koné, l’un des vice-présidents de la junte qui a mené le Coup d’État du 18 août dernier, est même un ennemi personnel de Youssouf Toloba, qu’il avait directement combattu il y a deux ans, lorsqu’il était en poste dans le centre du pays. À l’époque, le colonel Modibo Koné avait même fait brûler une centaine de motos appartenant à Dan Na Ambassagou, puis des combats avaient directement opposés ses soldats aux chasseurs de Toloba, qui avaient même interpellé les autorités pour exiger sa mutation ! «
La nomination du colonel Koné au poste de ministre a fait beaucoup réagir dans les milieux dogons proches de Dan Na Ambassagou », note à ce sujet un observateur averti.
L’année dernière, le gouvernement a officiellement dissous Dan Na Ambassagou. Une annonce rejetée par la milice et qui n’a jamais été suivie d’effet, mais à partir de laquelle le soutien affiché de l’État s’est détérioré. Même si des collaborations ponctuelles entre l’armée et les chasseurs dozos continuent d’être rapportées et documentées.
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