Tueries à Sobane-Da : Les groupes terroristes attisent les divisions ethniques

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«Ce n’est pas à un cycle de vengeance, de vendetta, que ce pays doit être conduit», a déclaré, à la télévision publique, le président Ibrahim Boubacar Keïta, présent en Suisse pour le centenaire de l’Organisation internationale du travail (OIT).

Le Mali connaît depuis des mois une folie meurtrière dont les auteurs se drapent dans le giron des affrontements intercommunautaires entre Peuls et Dogons. Après Ogossagou, village peulh, qui a fait plus de 150 morts, c’est au tour de Sobane-Da, village dogon, de connaître une telle atrocité.

Écourtant son séjour, «IBK» a appelé à des «retrouvailles» entre Maliens, «qui, seules, vont nous permettre de rebondir et permettre à notre nation de survivre. Car nous sommes en question de survie», a-t-il estimé.

Les autorités ont aussitôt mis en cause le groupe terroriste du prédicateur Amadou Koufa, qui recrute essentiellement au sein de la communauté peul connue pour se consacrer à l’élevage et dont les affrontements avec les ethnies bambara et dogon, versées dans l’agriculture, s’avèrent le plus souvent sanglants.

Toutes ces ethnies ont fini par se doter de groupes armés d’autodéfense, ce qui a accru l’insécurité dans le centre du pays et alimenté la montée en puissance des groupes terroristes, alors même que l’on espérait une rapide entrée en matière des dispositions de l’Accord d’Alger, seul à même d’apaiser les tensions et d’assurer une réconciliation nationale.

Premier objectif du Premier ministre Boubou Cissé qui est accompagné des ministres de la Défense et de l’Administration territoriale : il faut «apporter le réconfort de la nation et vérifier que les mesures de sécurité ont été renforcées». Tandisque le bilan définitif n’est pas établi, les autorités locales parlant d’un chiffre à revoir à la baisse.

Le 18 avril dernier, suite à des affrontements interethniques, le prédécesseur de M. Cissé, SoumeylouBoubèyeMaïga, avait dû démissionner sous la pression des manifestants qui dénonçaient l’incapacité chronique de l’Etat à assurer la sécurité des populations.

Tout comme elles, les autorités attribuent les attaques à des «terroristes», souvent en référence au groupe de Koufa. La question reste de savoir si ces groupes terroristes agissent par vengeance ou s’ils cherchent surtout à attiser la vindicte intercommunautaire afin d’accroître leur mainmise sur la région.

415 personnes tuées de mars à mai

Le carnage de Sobane-Da intervient au lendemain de la publication par la mission onusienne de maintien de la paix au Mali, d’un rapport trimestriel sur la situation dans ce pays du Sahel.

Le rapport de la Minusma a fait état d’au moins 415 personnes tuées dans différentes attaques, durant la période allant du mois de mars à mai. «Au total, il y a eu 245 atteintes à la sécurité au cours desquelles 333 civils ont été tués et 175 blessés ainsi que 145 signalements d’enlèvements de civils», a relevé le rapport de la Minusma qui a été présenté à l’ONU le 6 juin.

«Dix explosions ont par ailleurs provoqué la mort de 11 autres civils et blessé 26 autres personnes», a ajouté la même source. Du côté des forces de défense et de sécurité maliennes, le rapport du Secrétaire général de l’ONU a relevé que 67 soldats ont été tués et 51 blessés dans 35 attaques. Le même rapport indique que «quatre soldats de la paix ont été tués et 12 blessés» dans 12 attaques ayant visé la Minusma.

Selon le rapport de l’ONU, les attaques ont particulièrement touché des régions du nord (Gao, Ménaka, Tombouctou et Kidal) et des régions du centre (Mopti, Guiré et Koulikoro).

 Paul Dembélé

 

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