Gouro Daou directeur de Djaminaty production : ”Ça fait plus de 4 ans qu’il n’ y a plus de production musicale au Mali”

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Il fait partie des premiers  producteurs  de notre pays, avec plus de 20 ans d’expérience dans le monde de la musique. Avant d’entrer dans la production artistique et musicale, Gouro Daou a été simple vendeur de boutique, puis de cassettes, avant de devenir distributeur et finalement producteur. C’est pourquoi, il a créé sa propre structure de production, dénommée Djaminaty production, qui a produit plusieurs artistes de notre pays. Nous avons eu un entretien avec lui, sur la musique, la production et les difficultés auxquelles ce monde est confronté notamment avec le boom des nouvelles technologies de la communication.

Bamako Hebdo : Est-ce que vous pouvez nous présenter Djaminaty production ?
Gouro Daou :
Je m’appelle Gouro Daou. Il y a plus de 15 à 17 ans que  j’exerce ce métier. J’ai commencé par  la gestion d’une petite boutique  et c’est vers les années 1997 que j’ai commencé la distribution de cassettes de musique. En 1999, je suis rentré dans la production. Actuellement, il y a une centaine d’artistes que j’ai produits. Parmi lesquels Saramba Kouyaté, Mah Kouyaté, Souleymane Sidibé, Almamy Bah, feues  Ramata Diakité et Molobaly Traoré de Macina, etc. 

Qu’est ce qui fait que les artistes ne vont pas vers les producteurs actuellement ?
 Il y a des difficultés, mais elles ne datent pas d’aujourd’hui.  Avant, c’était au niveau de l’importation, mais avec l’appui du Bureau malien des droits d’auteur et la Douane, on était parvenu à maîtriser un peu les difficultés. Il y a eu un vrai combat, mais nous sommes parvenus à maîtriser la piraterie. Aujourd’hui, la piraterie a pris de nouvelles dimensions, avec l’évolution des nouvelles technologies de la communication.

Vous savez tous que les téléphones, les clés MP3, disques internes et externes, les ordinateurs, IPAD et IPOD, sont remplis de musiques et actuellement, nous au Mali, ne pouvons rien faire contre cela.  Les  choses marchaient pour nous les producteurs et les artistes, jusqu’en  2002, avec l’arrivée des téléphones portables, clés USB, etc. Les donnes ont changé pour nous et les artistes. C’est pourquoi, en un moment donné, nous les producteurs, avions voulu faire comme chez les Européens et  Américains, pour vendre la musique sur les téléphones portables. Nous avons vu que 80%  des Maliens n’avaient pas accès à l’internet à l’époque. Mieux, même ceux qui  avaient accès à internet, ne pouvaient télécharger les musiques.  Après ça, nous  avons fait une réunion, pour étudier ce qu’il fallait faire ?

Maintenant qu’est- ce que vous avez décidé de faire ?
Nous avons compris que c’est impossible de combattre ce phénomène. Il faut que je précise que je parle en mon nom et non au nom des producteurs du Mali. Pour moi, il est impossible de lutter contre les nouvelles technologies de la communication. S’il nous était facile de lutter contre la piraterie, tel n’est plus le cas.  C’est comme le soleil, personne ne peut le couvrir avec sa main.

Pour cela, qu’allez-vous faire pour avoir quelque chose ?
 On avait décidé, au niveau du Bureau des droits d’auteur, de travailler avec les opérateurs de téléphonie dans notre pays.  Il s’agissait de voir comment ils pouvaient  contribuer à payer certains droits aux artistes. Le dossier existe. Il est à l’étude pour le moment. Le processus n’est pas arrêté. On attend la suite, disons la réponse des deux opérateurs, parce qu’il y a des problèmes de quotas à régler. En tout cas, Djaminaty production n’a pas encore fermé boutique, mais pour ce qui est de la production des artistes, c’est très difficile pour le moment.

Vous voulez dire que la fin de la production musicale au Mali n’est pas pour maintenant ?
Comme je vous ai dit, l’association des producteurs  du Mali, dont le président est M’Baye Boubacar Diarra, la FEDAMA et le Bureau malien des droits d’auteur, avec le ministère de la Culture, plus les opérateurs téléphoniques et les cybers, nous devons nous réunir pour voir comment la production puisse aller de l’avant. Parce que la production, disons la musique, c’est comme la drogue. Chaque fois que je vois un artiste à la télé, j’ai toujours envie de le produire. Mais s’il faut investir des millions dans la production d’un artiste et ne rien avoir en retour, cela aussi ne peut pas continuer. De 2004 à 2008, avant que je ne suspende la production, avec tous les artistes que nous avons produits, cela a été une perte pour nous. On s’endette pour produire, on ne gagne rien et les gens qui nous font confiance commencent à douter de nous. C’est pourquoi j’ai suspendu les activités de production pour le moment.

Et si la situation n’évoluait pas ?
 Je ne peux pas quitter ce monde musical, j’ai aimé la musique étant gosse  parce que la région de Mopti était un peu avancée sur le plan musical. Si je te dis qu’à l’âge de 14 ans je n’écoutais que les Mile Davis, John Lee Hooker, Van Morrison, Pinsk Floyd, Dire Strates, Louis Armstrong, etc. C’est ce que j’écoutais à Mopti. Donc je ne peux pas quitter, mais actuellement je ne vois pas un producteur qui accepte de mettre même 50 000 FCFA dans la production d’un artiste. C’est là le vrai problème parce qu’un artiste, quant il a son œuvre, va tout faire pour se faire produire. Il va chercher de l’argent pour se produire. Il va dans les petits studios qui ne coûtent pas cher, 15 000 à 20 000 FCFA. Tout se fait sur ordinateur, toute la musique est sur ordinateur, ça ne donne pas la bonne musique traditionnelle, parce qu’on ne retrouve pas les instruments traditionnels. Tout se fait par programmation dans l’ordinateur. C’est pour toutes ces raisons que nous devrons nous battre pour sauver la musique malienne, qui fait la fierté du continent, grâce à nos artistes et producteurs. Le Mali, aujourd’hui, fait partie des pays du monde de la musique. A part l’Afrique du sud, aucun autre pays d’Afrique  n’a plus d’artistes qui tournent que le Mali.

Cela veut dire qu’aujourd’hui, les artistes font de l’autoproduction. Est-ce une bonne chose ?
Je ne suis pas contre, mais chacun doit jouer son rôle dans la chaîne de l’industrie musicale. L’artiste fait sa création, ensuite interviennent l’arrangeur, le producteur, les instrumentistes et les techniciens dans les studios. Même vous de la presse, parce que pour la promotion de l’album on a besoin de vous. Je donne un exemple. J’ai un ami de Kita qui est venu me voir un jour avec la maquette d’une artiste. Il me demandait de la produire. J’ai écouté la maquette et j’ai dit non parce que ce n’était pas bon. Mais il avait la maquette d’une autre artiste que j’ai écoutée, séance tenante. Je lui ai demandé d’aller me chercher cette artiste, à Kita. C’était Saramba Kouyaté, que j’ai produite. Voilà comment le travail doit se faire. Chacun doit jouer son rôle. Pour que la musique marche et cela pour le bonheur des Maliens.

Le mot de la fin ?

C’est un appel, parce que je connais les artistes du Mali avec qui je travaille depuis plus de 20 ans. Souvent, quand on me pose la question, je dis que j’ai arrêté avec la production, mais je ne peux pas arrêter. C’est tout ce que sais le mieux faire au monde. Un travail que tu fais pendant plus de 20, tu ne peux pas le quitter pour aller faire autre chose. Ce sera comme une fuite. Je pense que s’il y a des problèmes, nous devons  nous réunir et trouver une solution. Et non fuire. Mais c’est difficile aussi pour un producteur d’investir et qu’au bout du rouleau il y ait l’échec. Nous nous réunissons souvent dans le cadre de notre association, même si certains ont commencé à s’adonner à d’autres  activités. J’ai des amis qui se sont convertis dans le commerce actuellement. Ils  gèrent des boutiques au Dabanani. Moi, j’évolue dans la communication et la prestation de services. Je ne peux arrêter, j’ai beaucoup travaillé avec les artistes, je leur dois beaucoup. Je ferai tout ce qui est possible pour eux. Mais il n’est pas bon que les artistes s’autoproduisent car en dehors de l’artiste, il y a le travail de l’arrangeur, du producteur. C’est ce qui donne un travail de qualité, sans oublier les instrumentistes.  Si l’un manque, ce n’est pas bon.

Kassim TRAORE

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