Pr. Younous Hamèye Dicko, président du RDS : « Les maliens attendent des membres du gouvernement des résultats »

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Enseignant de son état, ancien ministre de l’Enseignement supérieur et de le recherche scientifique, ancien directeur de l’ORTM,président du Rassemblement pour le Développement et la Solidarité, vice-président de la Convention des Partis Politiques de la Majorité Présidentielle, le professeur Younous Hamèye Dicko n’est plus à présenter. Il a bien voulu nous entretenir non seulement sur la mise en œuvre du processus pour la paix et la réconciliation nationale, mais aussi sur le soutien de la CMP au président de la République. Bonne lecture de son interview.

Le Pouce : Quelle perception faites- vous de la mise en œuvre de l’accord pour la paix, 08mois après sa signature ?

Pr Younous Hamèye Dicko : « Après huit mois de la signature de l’accord d’Alger qui a eu lieu en deux phases, je pense personnellement que le Mali a fait un grand pas en avant. La signature de cet accord est un succès de la diplomatie malienne et aussi un succès du peuple  Malien. Parce que, l’accord est parti de la base. Toutes les populations ont exprimé leur point de vue avant que les vraies négociations ne commencent et les différentes couches sociales ont pris part aux négociations d’Alger. L’accord a une base réelle au sein du peuple Malien. Ce qui signifie que sa signature a été laborieuse et son application sera encore plus laborieuse.  Parce que les populations suivent l’application de l’accord et personne ne veut que sa mise en œuvre, laisse ses intérêts au quai. Je pense qu’on peut constater que depuis la signature de l’accord et particulièrement l’acte posé à Anefis par les mouvements armés dont la plate forme et la CMA, les attaques classiques ont pratiquement disparues. Et de plus en plus, on fait la différence entre les attaques des mouvements armés en tant que tels et les attaques des djihadistes. Ce que nous voyons réellement aujourd’hui, c’est que ce sont les djihadistes qui font les attaques, soit au nord, soit au centre du pays, particulièrement dans la région de Mopti. Cela signifie qu’il ya un début d’espoir. D’abord, il y a moins d’attaques réelles des populations. Ensuite, on commence à voir un peu plus clair par rapport aux différents intervenants sur le terrain. Nous entrons de plus en plus dans une phase opérationnelle dans la mise en œuvre de ce processus de paix. Je vois que les régions de Taoudenit et de Ménaka viennent de prendre corps et la nomination de deux gouverneurs, même si pour l’instant, ils seront ailleurs que dans leur ressort. Personne n’a visiblement contesté la nomination de ces gouverneurs. De plus en plus, on s’accepte, on se tolère. Je crois que l’accord d’Alger est une grande victoire pour le peuple Malien, pourvu qu’il sache le mettre en œuvre avec intelligence et que les petits nationalistes ne viennent pas perturber le cours des évènements. On peut dire que l’accord est aujourd’hui, un des objectifs principaux que le gouvernement Malien doit réaliser. C’est aussi un des objectifs auxquels le président de la République doit s’attacher pour ramener une paix définitive à l’intérieure des frontières. »

Le Pouce : Qu’en est-il du soutien de la majorité présidentielle aux actions du Président IBK ?

Pr Younous Hamèye Dicko : « Je suis membre de la majorité présidentielle. Je participe à toutes les actions en tant que président du RDS. Je n’ai pas remarqué une faiblesse du soutien de la majorité au président de la République contrairement à ce qu’on peut entendre, voire ou écrire dans les presses. Il s’agit d’une majorité plurielle avec beaucoup d’intérêst. Il y a des gens qui soutiennent le président Ibrahim Boubacar Keita, en tant que tel. D’autres le soutiennent en tant que symbole de l’Etat Malien, qui se trouve aujourd’hui dans des difficultés et qu’il faut faire l’union sacrée autour de lui, pour que les objectifs de ce pays soient atteints. Parmi, ces objectifs, il ya naturellement la mise en œuvre de l’accord. Cette majorité peut toujours avoir des remous, plus ou moins des difficultés, mais cela ne signifie pas que IBK n’est pas soutenu. Souvent, les intérêts des uns et des autres ne sont pas directement réalisés, concrétisés ou sauvegardés. Je pense que l’essentiel de la majorité présidentielle, c’est à dire tous ceux qui se soucient de l’avenir de ce pays, soutien fermement Ibrahim Boubacar Keita. Aujourd’hui nous n’avons pas besoin de nouveaux troubles et de nouvelles divergences pour parvenir à l’Etat de paix dans ce pays. Je dirai même que la majorité présidentielle commettrait une erreur criminelle si elle ne s’attache pas à soutenir IBK à réaliser ces objectifs. Ce n’est pas IBK qui est le problème, le vrai problème, c’est le Mali. Toute atteinte ou tout ce qui touche à cet espoir de paix qui se dessine à travers l’Accord d’Alger, est un acte criminel pour la nation malienne. Nous pensons que regarder à gauche et à droite soit, positif pour le Mali. Nous avons des positions personnelles et des objectifs pour la nation qui doivent être atteints. Il faut aller plus vite. Mais nous sommes un attelage. Les uns peuvent aller vite, d’autres traînent. C’est dire qu’il faut que l’attelage avance ensemble ».

Le Pouce : Un appel ?

Younous Hamèye Dicko :

« C’est dire aux membres du gouvernement que les Maliens attentent d’eux des résultats. Qu’ils sachent que c’est un gouvernement d’action et non pas un gouvernement qui gouverne comme d’habitude. C’est un gouvernement penché vers l’avant pour ramener la paix et la confiance dans le pays. Ça, c’est lourd pour un gouvernement. Il ne s’agit plus d’avoir des complets vestons dans les cérémonies, dans les hôtels, mais il s’agit de se retrousser les manches et d’arracher la paix et la sécurité et de les réinstaller au le Mali.  C’est ce que tout le peuple atteint et du président de la République et du gouvernement. Je demanderai aussi aux militants de mon parti, le RDS, de redoubler d’efforts et de comprendre que les contributions aux efforts de la nation ne dépendent pas seulement du fait d’être à l’Assemblée Nationale ou dans le gouvernement. Il faut que nos militants comprennent très bien que chacun, a sa part de rôle à jouer, contre vents et marrées pour renforcer le président de la République dans sa vision de paix et de sécurité. Enfin, c’est demander à la majorité présidentielle de redoubler d’effort, d’être plus dynamique et plus prompt à répondre aux évènements. C’est en cela que le président de la République et son gouvernement comprendront que chaque instant ils ne sont pas seuls ».

Entretien réalisé par Jean Goïta

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