Goundam : La loi des hors-la loi

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Après six mois de sa signature par toutes les parties prenantes, l’accord de la paix et de la réconciliation d’Alger tarde à se mettre en œuvre. Conséquence : le cercle de Goundam partagé par les différents groupes armés règne la loi des hors-la loi. 

S’étendant sur environ 92.688 km², le cercle de Goundam, comme la plupart des circonscriptions administratives du Nord, se caractérise par l’immensité de sa superficie. La situation sécuritaire qui s’est fortement dégradée dans le cercle depuis des mois, a déjà fait l’objet de plusieurs articles dans colonnes du journal ‘’Le matin’’. Malgré quelques signaux positifs perçus ces dernières semaines, le grand banditisme persiste et la situation semble toujours échapper aux autorités locales. La faible présence de l’État favorise les abus de toutes sortes. Force est de reconnaitre qu’après la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation, certains membres des groupes armés sont revenus dans leur localité d’origine, notamment dans l’ouest du cercle de Goundam. Ils ont débarqué avec familles, bagages et … armes. Ils ont occupé plusieurs sites  aux abords de la mare d’Erech sur le site de Koigoumo, entre Adarmalane et Tin-Aicha, et pris le contrôle de toute la zone allant jusqu’à Déyber, à 25 km de la ville de Goundam. D’autres communes frontalières de l’ouest du cercle, (le Tilemsi et Aljounoub) sont sous la coupe d’autres hommes armés qui seraient des éléments du Mouvement arabe de l’Azawad (Maa). Dans la zone de Gargando, Raz-El-Ma, Tin-Aicha et Essakane, les hommes visibles en armes seraient du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (Mnla).

Imposition de taxes

En effet, plusieurs voyageurs assurent que ces hommes armés tentent de rassurer la population. Leur présence dissuaderait d’ailleurs les bandits de grand chemin qui, il y a peu, avaient rendus les voies infréquentables. Les voyageurs étaient constamment braqués et dépouillés de tous leurs biens. Des gens étaient enlevés, assassinés. Mais, en échange de leur « protection », les hommes en armes récemment rentrés ont imposé d’autres pratiques qui passent mal chez les voyageurs et forains. Ils ont ainsi institué un droit de traversée. Pour chaque véhicule, il faut payer à 2000 F Cfa. Dans les marchés, les hangars sont taxés à 500 F Cfa l’unité, les jours de foire, tandis que les éleveurs doivent payer 500 F Cfa par tête de bœuf et 200 F Cfa par petits ruminants. L’imposition de ces « taxes » a créé un sentiment général de colère. La population souhaite le cantonnement des ex-combattants et le redéploiement des forces armées et de sécurité le plus tôt possible. Cette semaine, entre Goundam et Tombouctou, un événement est survenu qui illustre parfaitement l’atmosphère qui prévaut dans la zone. Trois troupeaux de bœufs ont été enlevés par des bandits. Ils ont exigé une rançon. Au total, les éleveurs ont dû payer 700.000 F Cfa pour rentrer en possession de leurs biens !

En définitive, c’est la loi des hors-la loi à Goundam et dans plusieurs localités du nord du Mali. Et, pis aucune autorité ne pipe mot. La population est laissée pour compte.

Aliou Touré

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