Après l’épisode de l’AN : Le pire est à venir pour le Rassemblement pour le Mali

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Une vue du présidium lors de la conférence de presse
Une vue du présidium lors d’une conférence de presse du RPM (photo archives)

L’Assemblée nationale du Mali s’est finalement dotée d’une nouvelle équipe dirigeante, mardi, un mois après l’ouverture de la session budgétaire en début Octobre. Le processus a été précédé comme souvent d’une diligente relecture du règlement intérieur, qui n’a affecté ni le temps des députés ni l’architecture de la haute instance parlementaire. La taille du bureau, resté inchangée après les dispositions modificatives, n’était donc pas assez  calibrée pour contenir sans anicroches le volume des enjeux et convoitises.

Outre donc le défi d’entretenir les ambitions de ses partenaires, le Rassemblement Pour la Mali, locomotive de la majorité présidentielle à l’Assemblée nationale, devait également faire face à ses propres turpitudes. Forte de ses 78 députés issus des urnes mais aussi des débauchages, le RPM a ainsi laborieusement soldé le compte avec les autres entités parlementaires avant de s’occuper d’une cuisine interne fortement salée par l’émergence d’une fronde d’autant plus inattendue que personne ne l’a vu venir en dépit des malaises saillants à l’hémicycle.

Conduite par le député de la commune VI, Bafotigui Diallo, ce qui évoluait vers une bouleversante dissidence était constitué d’environ une vingtaine de parlementaires parmi lesquels des animateurs vicieux comme l’élu irrédentiste de la commune III du district, l’Honorable Ouattara. Ils ont en commun la ferme conviction que les mêmes collègues ne peuvent constamment confisquer le  quota de représentativité de leur groupe parlementaire à l’instance dirigeante de l’institution législative.

Leurs prétentions à l’alternance n’ont sans doute pas abouti dans les proportions espérées, mais le groupe majoritaire n’a évité de justesse une malencontreuse cassure qu’en lâchant du lest et en acceptant de partager la poire en deux. C’est ainsi que l’un des animateurs tapis de la fronde, Moussa Timbiné, a arraché  la présidence du groupe parlementaire RPM au président sortant Seydou Dembélé et qu’un autre meneur, Dr Souleynmane Ouatara, se hisse aux fonctions de secrétaire parlementaire dans le nouveau bureau.

–           Ce n’est pas d’une génération spontanée

Ce consensus n’est intervenu qu’au prix de laborieux conciliabules au cours desquels le parti présidentiel a pu étaler toute les profondeurs et facettes des malaises qui le rongent depuis quelques temps au sommet et qui ont visiblement fini par déteindre sur la quiétude des structures stratégiques. En tout cas, la cristallisation des divergences à l’hémicycle a mobilisé le ban et l’arrière-ban pour un sauvetage des meubles ayant malheureusement ouvert la boite de Pandore des des incompatibilités et intérêts inconciliables entre mastodontes. C’est du moins l’impression qui se dégage de l’épisode insolite dont les acteurs n’étaient autres que le premier des députés RPM, Issaka Sidibé, et le secrétaire général du BPN-RPM, Bocari Tréta, non moins deuxième personnalité du gouvernement. Appelé à la rescousse pour dégeler la glace qui s’est érigée entre les deux tendances parlementaires de son parti, le ministre du monde rural, qui avait déjà mauvais souvenir de son oral raté sur la problématique des engrais, a dû rencontré un mur d’hostilité et non des moindre dans sa tentative de remettre de l’ordre dans les rangs parlementaires de sa formation. Perçue comme une insidieuse ingérence initiée sans la moindre référence au maître des lieux, la démarche du Secrétaire général a suscité une vive protestation du côté de son camarade président de l’institution parlementaire. Issaka Sidibé n’a pu se retenir de le manifester par une interpeler publique de Bocari Tréta, lors du conclave entre parlementaires de leur formation commune. Selon les confidences rapportées par nos sources, les altercations entre les deux personnalités leur aurait  même inspiré des échanges d’amabilités après que le ministre ait refusé de justifier sa présence jugé inopportune dans l’enceinte de l’hémicycle.

L’épisode, selon toute vraisemblance, étale au grand jour dans toutes ses dimensions la bataille de leadership et de succession qui fait rage au sommet du RPM – et dont l’arène n’était jusque-là animée que par des membres du gouvernement. L’incident de l’Assemblée nationale, la semaine dernière, marque l’entrée en scène d’un autre poids lourd dans la bataille de positionnement de plus en plus ouverte. Au regard des indices plausibles d’une irruption plus ou moins cachée de la famille présidentielle dans le jeu, elle risque de complexifier davantage les équations pour un parti majorité que le défi de l’abondance allait pulvériser dans le sillage des régionales et communales. Le report desdites consultations n’aura sans doute qu’ajourner le sort qui guette le RPM car les protagonistes de la guéguerre ont visiblement baissé sans enterrer la hache de guerre.

Abdrahmane KEITA

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