LE FAUTEUIL PRESIDENTIEL SE CEDE-T-IL AU MALI ? Le président du RPM semble le faire croire : Pourquoi IBK est rattrapé par ses propos de juillet 2000

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Les élections présidentielles et législatives au Mali sont prévues en 2007. Par rapport au fauteuil présidentiel, même s’il n’y a pas formellement un candidat déclaré pour le moment, les positionnements se font de plus en plus nettement. Si Soumeylou Boubèye Maïga a lancé Convergence 2007 alors qu’une alliance de 14 partis politiques soutiendra ATT, IBK a organisé un meeting, au cours duquel il a tenu des propos qui inquiètent. Puisque dans sa logique de se faire passer pour une victime de ceux-là avec qui il a contracté sans que le peuple soit au courant de ce qu’il a contracté, l’homme fait croire que le pouvoir se marchande au Mali. Aussi, n’avait-il pas dit en 2000, dans une interview à nous accordée : “Il est des déclarations qui peuvent coûter très chères à ceux qui les font avec légèreté”?

LE FAISEUR DE ROI ?

“J’ai cédé ma place de premier à ATT pour sauver le Mali en 2002”, titrait à sa une le bi-hebdomadaire “Le Malien” dans sa livraison du 11 décembre dernier. Notre confrère rapportait ainsi les propos tenus par Ibrahim Boubacar Kéïta au cours du meeting organisé par le Rassemblement Pour le Mali (RPM) au Stade Omnisports Modibo Kéïta de Bamako.
En tenant de tels propos, on est fondé à croire qu’IBK est à la quête d’un argument de campagne électorale pour 2007. C’est d’ailleurs son jeu favori, semble-t-il. En 2002, il s’était fait passer pour une victime d’Alpha et de l’ADEMA qui l’auraient trahi.

Cependant, si l’argument de campagne a mobilisé foule, en déclarant qu’il a cédé sa place de premier à ATT en 2002 afin de se bâtir une nouvelle aura pour 2007, IBK inquiète non seulement les acteurs politiques et le peuple malien, mais aussi l’opinion internationale. Et pour cause !

D’abord, IBK conteste les résultats du vote, car il pense qu’il a gagné lors du 1er tour de la présidentielle mais a cédé pour ATT. Ce qui a permis donc à celui-ci d’aller au 2ème tour contre Soumaïla Cissé, le candidat de l’ADEMA. Du coup, le président du RPM remet en cause les institutions de la République qui ont organisé et proclamé les résultats des élections. A-t-il la preuve de ce qu’il dit ? Si oui, est-il prêt à donner ses preuves au peuple pour ne pas ressembler à cette personnalité pendant le génocide rwandais?

En effet, répondant à une des questions au cours de l’interview exclusive qu’il accordait à la rédaction du “Nouvel Horizon“ et à celle de “Le Soir de Bamako” dans la matinée du mercredi 12 juillet 2000 chez lui à Sébénikoro, IBK, alors président de l’ADEMA, déclarait : “Je dois dire au passage de faire attention. Vous savez “Radio Mille Collines”, vous savez, un certain ministre dont les déclarations récentes lui sont reprochées. La Communauté internationale a de la mémoire. Et la vie politique internationale n’est pas faite que d’aujourd’hui, de présent. Elle est aussi dans le futur. Et il est des déclarations qui peuvent coûter très chères à ceux qui les font avec légèreté”.

LE NOUVEL IBK

En tuot cas, les propos de l’homme font croire qu’il se contredit, lui qui se targue d’avoir une profonde conviction réligieuse. Pour ce faire, il donnait l’impression de se préparer à accepter le verdict électoral de 2002, en tout cas, comme un fait de Dieu quant il ajoutait: “Je voudrais simplement que les camarades (NDLR : ceux du CE mis en place en 1999) comprennent aujourd’hui que l’heure est à l’accomplissement de la mission qui leur est confiée par le congrès. A savoir préparer de manière sereine, calme et tranquille, le parti pour qu’il soit encore au rendez-vous de l’histoire du Mali en 2002. Peu nous importe notre situation particulière, ça n’a jamais été un partage de thé, de penser qu’il y a telle échéance par rapport à laquelle je serais intéressé. Je suis trop croyant pour tomber dans ces genres de vanité. Seul Allah Soub’hana Watallah, Le Tout-Puissant, sait qui sera là…”

Alors, selon IBK, c’est Dieu qui a donné le pouvoir à ATT à la dernière présidentielle. Mais en soutenant que c’est plutôt lui qui aurait cédé sa place de premier à celui-ci, pour se donner une chance de le battre en 2007, IBK se souvient-il de ses propos : “quand on sait qu’on n’est qu’une créature de Dieu et qu’on est en démocratie et que les sorts, quels qu’ils soient faits par les hommes, par une volonté unique, on doit être modeste, humble. Et pas comme Jupiter, tenant du haut de l’Olympe, penser qu’on peut dire la loi et écraser. Il y a des hommes qu’on n’écrase pas”.

IBK INCOMPRIS

Si l’on s’en tient aux propos du président du RPM, il doit dire donc au peuple ce qu’il a eu en contrepartie en cédant sa place de premier à ATT en 2002 pour ensuite le soutenir contre Soumaïla Cissé au 2ème tour. Autrement dit, le peuple a besoin des termes qu’il a dû passer éventuellemnt avec ATT pour qu’il sache les raisons qui l’auraient poussé à marchander son suffrage. Cela lui permettrait de savoir s’il doit ou pas sa confiance à celui à qui il fait peu cas, semble-t-il, de cette confiance. Cela est d’autant nécessaire que certaines valeurs de notre société le recommandent. Et ce n’est pas IBK qui le démentirait, lui qui confiait à votre quotidien, en juillet 2000, ceci : “Quand on a le sens des responsabilités, il y a des choses qu’on ne dit pas, qu’on laisse au temps le soin d’éclairer”. Car, poursuivait-il, “il faut savoir considérer les autres. Le mépris arrogant, quelle que soit la position que l’on occupe à un moment donné, n’est pas de mise dans un pays comme le Mali”.

Donc, le peuple a besoin de la vérité si l’on ne veuille pas l’infantiliser. Sinon, il ne pourrait pas comprendre que le président du RPM attende aujourd’hui pour faire une telle révélation sur ces accords secrets au sommet de l’Etat. Etonnant de la part d’IBK qui nous confiait, à propos d’un entretien en juillet 1999, entre lui et Alpha,ceci : “Je maintiens que de cet entretien là et de ce qui s’en est suivi, j’ai eu souci particulier de confidentialité, comme il convient en ces matières-là, s’agissant d’entretien avec le Chef de l’Etat, fut-il un camarade”. Pourquoi n’a-t-il pas gardé la même confidentialité après 2002 ? Parce que ATT était ancien Chef d’Etat, mais simple candidat à la présidentielle?

UNE DEMOCRATIE DISCREDITEE ?

Par ailleurs, ces propos d’IBK jettent le discrédit sur notre démocratie citée en exemple malgré quelques problèmes. Car, si dans une démocratie, celui qui se dit vainqueur d’une élection cède son mandat à un autre, sans l’avis du peuple qui lui a donné ses suffrages, cela dénote de l’imaturité d’une classe politique qui ne sait pas que le peuple a une longueur d’avance sur elle. Puisque la démocratie cesse d’être le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple. Sinon, dans une démocratie qui se respecte, le peuple confère l’exercice du pouvoir à un des fils. C’est la première fois qu’on apprend que quelqu’un cède de gré son pouvoir alors même qu’il est sûr d’avoir gagné les élections.

De la Grèce antique à nos jours, en passant par la Rome antique, ya-t-il eu des cas cession de place entre celui qui se dit vainqueur d’une élection mais qui renonce à réclamer cette victoire pour favoriser un autre candidat? La réponse importe étant donné que la succession à la tête d’un pays se fait, soit à la suite d’un coup de force, soit par des élections. IBK peut-il éclairer davantage ses compatriotes en leur expliquant les raisons qui l’ont poussé à céder sa place de vainqueur virtuel de la présidentielle de 2002? Ne donne-t-il pas donc raison à certains camarades du RPM soutienant qu’il y avait une odeur de deal entre leur président et ATT ?

Oumar SIDIBE

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