2015 n’a pas été l’année de la paix au Maliba

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Le 27 janvier, à Gao, des éléments de la Minusma tirent sur les manifestants «massés devant les portes de la base onusienne». Trois morts et plusieurs blessés. Dans un rapport de l’Onu paru en avril, le Secrétaire général, Ban Ki Moon, précise que «des mesures ont été prises avec les autorités maliennes et les autorités nationales du contingent contributeur mis en cause», tout en encourageant le gouvernement du Mali à prendre des mesures pour «prévenir de tels incidents à l’avenir».

Le 4 février, à la veille de la réunion extraordinaire qui doit se tenir à Alger sur la situation sécuritaire dans le septentrion, Tabankort, dans la région de Kidal, est à nouveau le théâtre d’affrontements entre la Cma et la Plate-forme.

Le 7 mars, malgré la présence de la force Barkhane dont la mission est de lutter contre le terrorisme dans la bande sahélo-saharienne, un attentat, revendiqué par le groupe Al-Mourabitoune, dirigé par l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, fait plusieurs morts au restaurant La Terrasse, à Bamako.

Le 27 avril, le groupe d’auto-défense Gatia prend la ville de Ménaka des mains du Mnla. Bajan Ag Hamatou, député de Ménaka, indique fin juin que «la présence des forces armées maliennes et de la Minusma rassure tout le monde à Ménaka».

En mai, le scandale des engrais frelatés éclabousse nombre d’acteurs économiques. L’Assemblée nationale est saisie en juin et en juillet, les paysans maliens venus de l’intérieur du pays, organisent un sit-in à la Bourse du travail de Bamako, pour réclamer que lumière soit faite sur ces engrais périmés importés, et que des sanctions soient prises à l’égard des «gros bonnets qui s’engraissent sur le dos des plus démunis».

 

Sous les yeux des caméras du monde entier, le 20 juin, après des mois de pourparlers, les dernières signatures sont apposées au bas de l’accord pour la paix au Mali.

En juillet, les résultats au Baccalauréat 2015 tombent comme un couperet. 82% des candidats ont échoué. Face à une telle situation, le chef du bureau des examens et concours appelle l’État à réformer le système éducatif. Le même mois, sur ordre administratif, une soixantaine de maisons sont démolies à Souleymanebougou (Bamako). Le ministre Bathily explique «qu’elles obstruaient les servitudes publiques et portaient atteinte au domaine fluvial».

Le 7 août, 13 morts à l’Hôtel Byblos de Sévaré, près de Mopti, lors d’un attentat, approuvé par  un proche du Mouvement de Libération du Macina, et revendiqué par le groupe Al Mourabitoune, lié à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Le 15 août, la Cma et le Gatia, pourtant signataires de l’accord, se déchirent à Anéfis, au Sud de Kidal. Une dizaine de jours plus tard, la Minusma prend le contrôle de la ville, exactement comme à Ménaka, en avril. L’insécurité et la recrudescence du banditisme, l’absence de l’administration dans beaucoup de villes du Nord et l’impossibilité d’assurer la participation des réfugiés et déplacés sont les raisons avancées pour le report «sine die» des élections régionales et communales qui devaient se tenir en 2015.

Le 24 septembre, la bousculade au Hadj à Mina cause la mort de près de 300 Maliens, faisant du Mali le pays africain le plus touché par la tragédie.

Après de nombreux jours de réunions intercommunautaires, les groupes armés rivaux de la Cma et de la Plate-forme fument le calumet de la paix le 15 octobre. Nombreux sont ceux qui s’interrogent encore sur le dessein de cette concorde soudaine. Huit jours plus tard, le 21 octobre, le président IBK est reçu en visite d’Etat en France. Lors de la conférence de l’OCDE, il accueille avec satisfaction l’annonce de l’octroi de 360 millions d’euros, soit plus de 2000 milliards de Fcfa, pour la relance économique du Mali, acceptant ainsi l’alourdissement de la dette publique du pays.

Le 20 novembre, c’est l’Hôtel Radisson Blu de Bamako qui se trouve pris au piège d’un attentat meurtrier, que revendiquent et le groupe Al-Mourabitoune, et le Front de Libération du Macina.

Fin 2015, le Maliba tangue toujours. Le danger rode en brousse comme ailleurs. Déception, incompréhension, peur et chagrin. En ce premier mois de la nouvelle année, Sénou devient l’aéroport Modibo Keïta, des sites de cantonnement sont en cours de construction, les internautes luttent toujours contre Orange pour obtenir un meilleur débit à un tarif moindre, le Tchadien Mahamat Saleh Annadif  remplace le Tunisien Mongi Hamdi à la tête de la Minusma. Le président IBK vient d’achever son 83ème voyage à l’étranger ; l’Etat d’urgence est prolongé jusqu’en mars ; et, petit à petit, les bonnes volontés tentent de sortir l’hôpital Gabriel Touré de Bamako de son insalubrité chronique.

Tous les Maliens ne se sont cependant pas découragés en 2015. Les Aiglonnets ont offert au pays sa première Coupe d’Afrique des Cadets, à Niamey, au Niger, avant de jouer la finale de la Coupe du Monde de football, au Chili. À Ségou, le Festival sur le Niger a accueilli la Caravane pour la paix.  À Ouagadougou, Cheick Oumar Sissoko a défendu les couleurs maliennes au FESPACO, avec son film «Rapt à Bamako». Au Festival de Cannes (France), Souleymane Cissé a présenté son nouveau film «O Ka» en sélection officielle, catégorie hors compétition. À Bamako, les Journées Théâtrales Guimba national ont programmé «Wari» et «Féréké Gnagamibougou», deux pièces d’Ousmane Sow. Dans la tradition du Kotéba, la Compagnie BlonBa a joué «Ala Tè Sunogo». À Siby, Tiken Jah Fakoly a, lui aussi, célébré la culture malienne en initiant le Festival historique du Manding. Annulées en 2013 à cause de la situation sécuritaire, les Rencontres de Bamako sont restées debout jusqu’au 31 décembre 2015, malgré l’attentat contre l’hôtel Radisson qui, comme l’a dit Samuel Sidibé, Délégué général de la biennale de photographie, «nous ramène en arrière».  Les artistes font leur métier. La Culture et le Sinankouya sont leurs armes pour contribuer à remettre le bateau Mali debout.

Françoise WASSERVOGEL

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