Contrairement aux idées reçues : Les migrants sont bénéfiques

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Le discours d’inquiétude et de crispation, voire de rejet, à l’égard des migrants côtoie la pression des entreprises en direction d’un élargissement de la migration afin de combler les failles du marché du travail, de faire baisser les coûts salariaux. Une soixantaine de journalistes venus des régions de Kayes, Koulikoro, Ségou, Mopti, Sikasso et du district de Bamako ont les 10 et 11 juin brodé sur la question.

La migration est aussi vieille que le monde. Depuis la nuit des temps, les hommes parcourent le monde pour divers motifs. L’Afrique étant le berceau de l’humanité, « les hommes sont allés occuper d’autres territoires », un point d’histoire retracé par Kalfa Sanogo, maire de la commune urbaine de Sikasso, très en verve à l’ouverture du forum d’échange et de sensibilisation des journalistes  sur la migration organisé par la Maison de la presse et le Bureau de l’Organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) en partenariat avec l’Agence italienne de coopération via le ministère malien des Affaires étrangères et de la coopération internationale.

L’échec des négociations, en, sur un accord de gestion concertée des flux migratoires entre la France et le Mali permet d’éclairer les enjeux politiques du phénomène migratoire en Afrique de l’ouest. Plusieurs éléments peuvent expliquer les réticences du Mali à signer cet accord. Primo, les Maliens vivant en France, transfèrent chaque année près de 200 millions d’euros vers le Mali. Ce montant est supérieur à l’aide publique au développement accordée par la France. La diaspora se charge de pans entiers de certaines questions sociales, particulièrement en milieu rural : adduction d’eau, dispensaires, salles de classe, entre autres. Sans ambages, elle a la solide réputation d’être une des mieux organisées, puisque disposant de son propre système de sécurité sociale, de son propre moyen de transfert d’argent. Malheur à l’autorité qui prend le risque de porter atteinte à ce système. Le prix politique serait énorme.

Pour tout dire, Les migrations intracontinentales et extracontinentales sont, en vérité, une double nécessité pour soutenir la transformation structurelle de l’Afrique, de l’Europe et de l’Amérique. Un constat, conforté par plusieurs études, qui bat en brèche un certain nombre d’idées reçues sur les migrations et éclaire telle une torche le rôle économique positif. Tenez ! Les mouvements de population hors des frontières offrent souvent aux individus la possibilité d’une vie meilleure, et présentent des avantages sociaux et économiques pour les pays d’origine comme pour les pays de destination. De son côté, les entreprises européennes voire américaines font pression en direction d’un élargissement de la migration afin de combler les failles du marché du travail, de faire baisser les coûts salariaux et d’obtenir une plus grande flexibilité, un certain nombre d’avantages concurrentiels.  A contresens, les discours publics d’inquiétude et de crispation, voire de rejet, à l’égard des migrants, refugiés, exilés et étrangers font les choux gras des médias, surtout en période électorale. Trop de préjugés, de représentations fausses et d’idées reçues circulent sur la migration, du style « la France, bien trop accueillante », « crise migratoire », «  c’est l’invasion », « une menace pour notre identité », « un péril pour notre sécurité », « la mise en danger de  notre économie et de nos droits sociaux ».

Faits ignorés ou négligés

Autant d’idées fausses qui alimentent une représentation conflictuelle, trompeuse et nuisible de la réalité. En fait, reste qu’historiquement et encore aujourd’hui, la plupart des migrants africains se déplacent à l’intérieur du continent. En 2017, 19 millions de migrants internationaux se sont déplacés en Afrique et 17 millions d’Africains ont quitté le continent – mais l’écart se réduit. L’Afrique est aussi une destination migratoire pour 5,5 millions de personnes venues de l’extérieur du continent. Allons plus loin ! Les cinq principales destinations des migrations intra-africaines sont l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire, l’Ouganda, le Nigéria, l’Ethiopie. Selon les estimations des organisations internationales, quelque 272 millions de personnes vivent, pour un temps délimité ou durablement, dans un autre pays que le leur, soit une part étonnamment mince – de 2,5 % à 3% de la population mondiale. On dénombre 6 millions de Maliens établis à l’étranger, principalement en Côte d’Ivoire voisine contre une fourchette de 700.000 à 800. 000 Maliens vivant en Europe. Ces chiffres corroborent les conclusions de la recherche en migration, selon lesquelles les hommes et les femmes, même s’ils souffrent de conditions de vie médiocre ou alarmantes, restent souvent dans leur pays d’origine.

Tout porte à croire que d’aucuns ont choisi de ne point voir l’eau dans le fleuve. En vérité, l’Europe et les Etats-Unis ont développé une sorte de mentalité d’assiégé qui, créant parfois leur propre isolement et s’y complaisant, se sont laissés peu à peu enfermés dans le cercle enchanté de leurs illusions et fantasmes. On n’en vient à ce qui est leur caractéristique dominante : le refus parfois délibéré de tenir compte du réel. Les faits sont ignorés ou négligés s’ils contredisent l’analyse établi ou les objectifs souhaités.

Froisser, blesser délibérément

 Les migrants africains sont présentés sous les traits de « miséreux » en quête d’ « eldorado ». Les tenants de cette thèse font fausse route. Le migrant dispose d’une surface financière assez solide s’établissant à plusieurs millions de F CFA à même de soutenir le paiement des passeurs, l’achat de vivres, etc.

Servie par une absence totale de considération pour les subtilités diplomatiques, l’ambassadeur allemand n’a pas hésité à froisser, à blesser même, de façon délibérée, à agiter le brandon de la suspension de sa coopération si les autorités maliennes ne donnaient pas carte blanche au rapatriement de 400 ressortissants. Au même moment l’Allemagne ouvrait grandement ses portes à un million de Syriens. Flottait un parfum de racisme qui a causé aux bonnes consciences des blessures longues à cicatrice. Dans une main les droits humains, dans l’autre une politique discriminatoire. Visiblement gêné par son ton employé et le rappel à l’ordre du ministre, le diplomate est revenu un peu tard sur ses pas pour présenter des excuses qui ont été acceptées.

Les productions médiatiques des pays d’accueil usent tour à tour du drame et de l’éclat. Une fois au sommet de leur gloire, la nationalité des sportifs africains est tue. Aux sombres heures de la contreperformance, elle passe au premier plan. Comme Janus, la migration a deux faces. « Le visage triste de la migration est présenté dans les médias, mais peu fréquentée sous l’angle de facteurs de brassage culturel et d’opportunités économiques »a regretté Dr Broulaye Keïta, expert malien.

En somme, le discours à l’emporte-pièce ne résiste pas à une panoplie d’études qui inclinent plutôt à travailler ensemble, et non pas les uns contre les autres.

Georges François Traoré

 

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