La Souveraineté du Mali, l’État s’effrite au profit des groupes armés: Faut-il avoir peur ?

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À la faveur d’une conférence de presse tenue à Bamako, les milices d’autodéfense peulh se sont constituées, le samedi dernier, en coordination. Cette décision s’inscrit dans le cadre de l’accord signé entre des mouvements armés peulh et dogon, le 1er juillet 2019, en vue du retour de la stabilité au centre du pays devenu, depuis quelques mois l’épicentre de la violence au Mali.

La coordination des mouvements armés peulh du centre du Mali (COMAPEC-Mali), a été présentée à l’opinion par deux chefs de milice reconnus, Sékou Bolly et Hamène Founé. Cette coordination des groupes d’autodéfense peulhs, d’une part annonce des contacts et des actions communes avec la milice dogon Da Nan Ambassagou, dans le cadre de la pacification de la région, et d’autre part, appelle les autres milices à les rejoindre afin de fédérer leurs actions et évoluer désormais en rang serré vers l’apaisement.

Cette énième coordination des groupes d’autodéfense au Mali ne démontre-t-elle pas la faillite de l’État et sa complicité passive par renoncement à assurer et à assumer ses prérogatives régaliennes concernant  la défense de la patrie, la protection et la sécurisation des populations.  À ce niveau, il est indiscutable que le monopole des forces armées n’appartient qu’à l’État. Faute d’une vision claire, le Mali se dirige vers une dangereuse glissade, vers l’ethnicisation rampante de la prise en charge sécuritaire dans notre pays. Les peulhs ne sont pas les premiers. Il y’a eu d’abord le cas des Touaregs, des arabes, des sonrhaï,  des Dogon et maintenant des peulhs. Donc, à qui le tour demain ?

Comment qualifier autrement notre gouvernance si chaque communauté et chaque groupe ethniques du pays se donne la liberté et les moyens de monter une milice pour défendre sa parcelle d’habitation dans le silence et le déni des autorités ? La sécurisation des populations du Centre du Mali et la volonté d’aller à l’apaisement entre les communautés, notamment peulh et Dogon, sont un idéal noble et un souci partagé par l’ensemble des Maliens et la communauté internationale. Cela est sûr, cependant le Mali se mettra dans un piège, et ce piège profond risque d’être trop pour ne pas en sortir. Les Maliens de l’intérieur comme de l’extérieur doivent se donner la main comme un seul homme pour relever le défi et les obstacles qui se dressent sur  leurs chemins. Les uns doivent sortir de leur déni, les autres de leur logique identitaire ou communautaire et que chaque Malien prenne conscience de la gravité de la situation et œuvre à conforter la République et les institutions. Sinon, notre pays, pourrait devenir ‘’la risée du monde ou bien aller à la dérive’’, dans le pire des camps les territoires palestiniens avec des nids de pouvoir.

Nous devons faire bloc pour sauver notre pays tout en mettant de côté la kalachnikov et aller au dialogue’’ comme privilégié par les autorités. Mais dans un pays sérieux, à l’instar de la Colombie, le Nigeria, l’Angola et d’autres pays  l’offre de paix va de pair avec une volonté farouche de défendre le pays. Le gouvernement du Mali, les forces armées du Mali, les populations du Mali  toutes ethnies confondues doivent mener parallèlement le dialogue franc et sincère afin que, les corps déchiquetés, les maisons effondrées, les tueries inhumaines, les horreurs qui peuplèrent le passé récent cessent.

Force est de reconnaitre que l’état actuel de la situation sécuritaire est inquiétant. Comment doit-on ou peut-on avec une prolifération de groupes armés, reconnus et chouchoutés rester aphone? Pour l’instant, la réalité du terrain fait peur, voire très peur. En autorisant la création et l’acceptation d’une multitude de groupes armés, nos autorités actuelles devraient se rendre à l’évidence de ces  deux pensées d’Emile Durkheim à savoir que « le bon sens est la chose la mieux partagée », et de R. Ingersoll qui pense que « Le bonheur n’est pas une récompense, mais une conséquence. Aussi il doit être dans leur jugement  que la souffrance n’est pas une punition, mais un résultat ».

Seydou Diarra

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