Transition au Mali : Vers le non-respect du délai par les militaires

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Décidément, on voit les militaires venir. Les 9 mois restants ne sont pas tenables pour l’organisation des élections au Mali. C’est en substance ce que l’on peut retenir des propos d’un proche conseiller du nouveau président de la Transition au Mali, le colonel Assimi Goïta.

Cette déclaration vient corroborer l’attitude de la soldatesque malienne, qui laissait déjà planer le doute sur la tenue, à bonne date, du scrutin au motif qu’il faudrait tenir compte des « aléas » même si lesdits aléas ne sont pas clairement identifiés. Ces sorties qui sonnent comme des ballons d’essai traduisent clairement les intentions des boys de Kati de jouer les prolongations à la tête de l’État malien. Et à dire vrai, le coup d’État contre l’ex-président Bah N’Daw et son Premier ministre Moctar Ouane, au prétexte qu’ils ont  commis des erreurs, est à inscrire dans ce scénario pré-écrit de pérennisation du colonel Assimi Goïta et de ses frères d’armes au sommet de l’État malien. Les discours comme « la rectification de la trajectoire de la Transition » ou les débats entre pro-russes et pro-français ne sont que de l’ocre pour enrober cette ambition première des bérets verts depuis leur irruption sur la scène politique malienne en août dernier.

Assimi Goïta semble manœuvrer en roue libre en comptant sur le soutien du M5

La question que l’on peut cependant se poser, est la suivante : la communauté internationale va-t-elle se laisser embarquer dans les manœuvres des officiers maliens ? Rien n’est moins sûr au regard du ciel qui s’assombrit au-dessus de Bamako du fait des menaces de sanctions. En effet, à la suite de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO)  qui avait décidé de la suspension du Mali de toutes ses instances, l’Union africaine (UA) vient aussi de frapper d’ostracisme notre pays et menace d’imposer des sanctions ciblées si un gouvernement dirigé par des civils, n’est pas rétabli. Ces sanctions sont à inscrire dans le concert de la réprobation internationale en réaction au coup d’État contre les autorités de la Transition, sous la houlette de la France, des États-Unis et de l’Union européenne (UE). Pour l’instant, les cris d’orfraie de la communauté internationale ne sont que de l’eau sur les plumes d’un canard pour Assimi Goïta et ses camarades. Mais rien ne dit que sur le long terme, tout cela ne virera pas au cauchemar pour eux.  Cette apparente incurie, pour l’instant, s’explique par le fait que les partenaires ont évité de mettre sous asphyxie économique les populations déjà durement éprouvées par les crises sécuritaire et sanitaire.

En attendant que les sanctions annoncées fassent leurs effets, Assimi Goïta semble manœuvrer en roue libre en comptant sur le soutien du M5 auquel il a généreusement offert le portefeuille de la primature. Ce dernier qui se plaignait de n’avoir obtenu que la portion congrue dans le partage du gâteau qu’avaient opéré Bah N’Daw et Moctar Ouane, ne s’est pas fait prier en proposant Choguel Maïga comme chef de gouvernement. De l’intérieur, tout va bien donc pour Assimi Goïta et le Djoliba peut charrier tranquillement ses eaux.

Faut-il désespérer du Mali ?

Même les partis politiques proches du président déchu, Ibrahim Boubacar Kéita (IBK), semblent se complaire de la situation en évitant soigneusement de jouer le rôle de contre-pouvoir qui devrait être le leur. Les syndicats, contre toute attente, ont aussi décidé de surseoir à leur mouvement de grève.  Mais c’est précisément ce consensus autour du pouvoir militaire qui inquiète au Mali. Et pour cause. En se mettant d’accord pour confier les destinées de la nation malienne à la soldatesque, la classe politique et les organisations de la société civile démontrent leur immaturité politique en prouvant qu’elles n’ont pas une claire vision de leur responsabilité politique dans l’édification de l’État de droit au Mali et qu’elles sont en panne d’idées pour remettre le pays sur orbite. Et en cela, elles donnent raison à l’armée malienne qui pourrait ne plus se contenter de son rôle. Elles donnent surtout raison à Assimi Goïta qui peut se tailler une stature d’homme providentiel indispensable au bon fonctionnement de l’État. Toute chose qui pourrait le conforter dans ses manœuvres pour rester ad vitam aeternam à la tête de l’État malien. Et au-delà des frontières nationales, l’exemple malien pourrait constituer un précédent dangereux pour les États africains où les armées, pour la plupart,  n’avaient renoncé qu’à contrecœur au pouvoir politique. C’est pour tout cela que le consensus malien autour du pouvoir militaire d’Assimi Goïta, ressemble à un pacte diabolique et il faut s’attendre, comme en pareilles circonstances, que cette coalition autour du mal, ne finisse par dévorer les parties prenantes au pacte elles-mêmes.

D’où viendra le salut pour le peuple malien face à une classe politique qui n’est préoccupée que par ses propres intérêts ? Le Mali est-il condamné à revivre perpétuellement les mêmes tragédies de son histoire ? Autrement dit, faut-il désespérer du Mali ? Telles sont les questions que l’on peut se poser. Faute de réponses certaines, l’on peut se convaincre d’une chose : il n’y a pas de place pour un optimisme béat dans la capitale malienne.

Le béret vert, qui a assuré dans son discours d’investiture que le Mali tiendrait ses engagements, a promis de respecter le délai transitoire pourtant démentiel.

Quand on connaît l’immensité du chantier et l’état dans lequel se trouve aujourd’hui le Mali, ce serait en effet un véritable miracle si le nouvel homme fort parvenait à honorer ce deadline.

Ça devrait d’ailleurs être le seul objectif du colonel Assimi Goïta qui a pourtant promis, entre autres, de mettre en œuvre l’Accord d’Alger pour la paix et la réconciliation au Mali ainsi que les recommandations du dialogue inclusif, de changer la gouvernance, de réduire le train de vie de l’État.

À l’écouter égrener ses priorités, on croirait entendre un président démocratiquement élu en train de dérouler son programme quinquennal. Et l’on se demande s’il n’aurait pas été plus réaliste de se focaliser sur le chemin qui mène à des scrutins libres, transparents et consensuels plutôt que de vouloir tout embrasser. Il est vrai que l’État doit continuer de fonctionner malgré tout, mais tout de même…

En attendant, le Mali reste le Mali et l’on peut espérer qu’il surgira un grand « Mansa » comme Soundiata Keita ou Kankou Moussa pour libérer le pays de toutes les servitudes et lui donner tout l’éclat et le rayonnement international qui ont jadis été les siens.

Youssouf Konaré

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