Rétrospection : C’est ça, le grand départ ?

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Est-ce parti pour le processus des élections générales de 2012 ? On pourrait logiquement le penser après l’annonce par le Gouvernement, à l’issue du dernier Conseil des Ministres, des dates du référendum couplé au premier tour de la présidentielle (29 avril) et des législatives (1er et 22 juillet). Avant cela, la Commission Electorale Nationale INdépendante (CENI) a été mise en place, avec pour mission de superviser les préparations et le déroulement des opérations de vote et le contrôle de la conformité des résultats électoraux ; la révision des listes électorales est en cours est en cours, le Gouvernement ayant décidé de la prolonger jusqu’au 31 décembre, et aboutira à un fichier électoral. Tout est donc fin prêt. Tout ? Peut-être pas, car il y a deux ou trois «petites choses» à régler.

Il y a d’abord le manque total d’intérêt que manifeste le citoyen lambda pour ces préparatifs en cours. Le Malien, c’est connu, s’est, depuis les premières élections tenues en 1992, désintéressé de la chose politique. En effet, après la pleine euphorie éprouvée suite au recouvrement des libertés confisquées, d’abord, pendant huit longues années, par un régime socialisant et totalitaire dirigé par un parti unique de fait (l’US-RDA), ensuite, pendant plus de vingt-deux interminables années, par une dictature férocement exercée par un groupe militaro-fasciste, les Maliens, dans une écrasante majorité, se sont détachés de la chose publique, dégoûtés par dix ans d’un semblant de démocratie de l’Adema et acolytes. Les taux d’abstention dépassant largement les 70% sont assez révélateurs de la méfiance et de la défiance des Maliens vis-à-vis de la classe politique et de l’exercice du pouvoir. Défiance et méfiance d’autant plus criardes et méprisantes que le choix populaire s’est porté sans ambigüité, depuis 2002, sur un militaire sans parti politique pour veiller sur les intérêts supérieurs de la nation.

Dans la perspective d’une alternance possible au pouvoir, les politiques croient pouvoir «réveiller» l’intérêt des Maliens pour les urnes et la chose politique. Mais c’est loin d’être acquis. Comme en témoignent le peu d’intérêt et l’engouement quasi nul que suscitent chez les citoyens les manifestations de contestation de la composition de la CENI, du fichier électoral en cours et des réformes politiques et institutionnelles. Les associations et organisations civiles et politiques de «Touche pas à ma constitution» et les partis de l’opposition ne parviennent pas à donner à leurs manifestations l’ampleur escomptée nécessaire qui pourrait sinon faire fléchir les autorités, du moins les ébranler quelque peu. Conséquence : le pouvoir n’en fait qu’à sa tête et selon son gré. Même si, de son côté, les prolongations des délais d’inscription sur les listes électorales et les menaces de radiation ne drainent pas non plus du monde.

Un deuxième argument qui pourrait se révéler comme étant un point de blocage à l’alternance, c’est le financement des élections et du référendum. Ou plutôt, l’absence, à l’heure actuelle, de financement. Le Mali ne dispose pas encore des dizaines de milliards nécessaires aux opérations de vote et à «l’entretien» de l’administration, de la délégation générale aux élections et de la CENI. Les bailleurs de fonds traditionnels ne se bousculent pas au portillon. Et, pire, ils semblent réticents à délier les cordons de la bourse pour financer des événements qu’ils ne sont pas sûrs de voir venir, malgré les assurances.

En troisième lieu, aucun candidat sérieux, parmi «les poids lourds», ne s’est encore déclaré officiellement. Comme si, à l’instar de certains connaisseurs et observateurs, ils n’y croient pas encore. Il est vrai qu’il y a eu des investitures et appels à la candidature de la part de quelques prétentieux peu représentatifs et sans aucune chance  de remporter une élection présidentielle organisée dans les conditions qu’on sait, mais jusque là, on attend toujours que certains, donnés pour candidats, se déclarent. Cela pourrait fournir quelques indices et ramener la foi. Mais non, on se tait, on observe, et on attend de voir si le locataire actuel de Koulouba est réellement disposé à s’en aller.

 

Cheick TANDINA

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