Lutte contre l’insécurité au Sahel : Le Mali, un acteur incontournable

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La défaite du mouvement islamiste pour la prédication du djihad en Algérie, a  fait que celui-ci  se délocalise  dans le Nord du Mali, dans les années 2000 à 2003. Mais c’est précisément dans les années de 2012 et 2013 que les groupes armés rebelles touarègues,  en alliance avec ces djihadistes, menèrent des actions militaires contre l’État Malien dans l’optique de l’indépendance du Nord et l’islamisation du Mali.

Avec l’émergence des attaques et le repli de l’armée Malienne,  le Nord tomba entre les mains de ces groupes. Le Mali,  n’ayant pas la capacité de faire face à ces multiples agressions,  sollicita aux organisations africaines (UA et la CEDEAO), à la France et à la communauté internationale, des appuis militaires pour la quête de la sécurité nationale. Mais l’intervention de la France et ces organisations africaines et internationales n’empêcha pas la propagation de l’insécurité dans les pays voisins du Mali,  notamment au  Burkina Faso, au  Niger, qui  menace aujourd’hui toute l’Afrique de l’Ouest.

L’opération militaire française Barkhane au Mali et au Sahel de 2013 à 2021 (il faut rappeler que le Mali est plongé  durant 10 ans dans la guerre contre le terrorisme) a échoué. Dans ces circonstances de la lutte contre le terrorisme, les pays du Sahel notamment le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Tchad et la Mauritanie créèrent en 2014 le G5 Sahel pour lutter contre le terrorisme dans les pays susmentionnés. En 2020, le Mali tombe dans une crise sociopolitique qui conduit les cinq colonels à prendre le pouvoir. En 2021, les mêmes militaires vont destituer le président de la Transition,  le Colonel Ba N’Daw et son Premier ministre, Moctar Ouane. La France coupa alors sa coopération militaire,  unilatéralement avec le Mali, et poussa les organisations sous-régionales africaines et le G5 Sahel de sanctionner le Mali. C’est ainsi que les quatre autres pays du groupe refusèrent d’accorder la présidence tournante du G5 Sahel aux autorités de la Transition malienne alors que le pays est un acteur incontournable dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. Cela amena  le Gouvernement du Mali d’annoncer, dans le communiqué N°30 date du 15 mai 2022,  son retrait de tous les organes et instances du G5 Sahel,  y compris la Force conjointe.

Actuellement, même si  la guerre n’est pas encore gagnée, tout de même, le Mali a surement acquis des expériences dans la lutte contre le terrorisme. Donc le refus  de lui céder la présidence tournante au Mali était une erreur qu’il ne fallait pas commettre. Son retrait a paralysé, sinon limité, les opérations du Groupe G5 Sahel. Malgré leur  position vis-à-vis des autorités de la Transition, certains présidents du Groupe ont  toujours décrié ce retrait en  invitant le Mali de revenir au sein du groupe.

Le Tchad, par la voix de sa Secrétaire d’État aux affaires étrangères, appelait les autorités maliennes de revenir au sein du groupe. Elle annonçait à l’ONU que : « nous ne pourrons pas vaincre le terrorisme, stabilisé et développé le Sahel sans un combat conjoint…nous espérons que nos frères maliens reviendront sur leur décision et rejoindront l’organisation… ».

Conscient que sans le Mali, la lutte contre le terrorisme au Sahel est un fiasco,  le président Mohamed Bazoum déclarait ainsi la mort du G5 Sahel après l’annonce du retrait du Mali au sein du groupement. Peut-être ces raisons auraient poussé le président nigérien d’envoyer son Chef d’État-major des Armées, le Général de Division Salifou Mody,  avec une délégation pour rendre une visite au président Colonel Assimi Goita, Chef Suprême des Armés, le 09 mars 2023. Au cours de cette visite, les questions sécuritaires ont été à l’ordre du jour. Comme a déclaré,  le Général nigérien, cette visite s’inscrit dans le cadre de renforcement et raffermissement de la coopération militaire dans la lutte contre le terrorisme. Cette ouverture de dialogue par le Niger autour des questions sécuritaires, doit être une arme pour la diplomatie des Autorités de la Transition malienne pour qu’elles affirment davantage la souveraineté sécuritaire dans la région. Toute chose qui sera importante  pour les  États du Sahel afin qu’ils puissent imposer leurs visions dans la gestion des crises que la zone traverse. De même cela permettrait de désinstrumentaliser le G5 Sahel. Qui est sous l’influence et la dépendance occidentale.

Par ailleurs, les autres pays du Sahel veulent bénéficier des expériences des forces de défense maliennes. Depuis le deuxième coup d’État au Burkina Faso, le Capitaine Ibrahima Traoré,  président du Faso, a renoué avec la coopération militaire avec le Mali. Cela, dans le cadre de la quête de sécurité et  l’intégrité territoriale de son pays. Cette coopération militaire a donné des résultats significatifs et c’est un exemple de coopération militaire Sud-Sud salutaire. Ainsi, la visite des émissaires envoyés par le président du Niger rentrerait  dans ce cadre sans d’autres formes de justifications.

Malgré les efforts consentis par les Autorités de la Transition Malienne,  dans la lutte contre l’insécurité, il est à noter qu’il reste beaucoup de défis sécuritaires à relever. Les ambitions des coopérants doivent se résumer en  une et unique chose : mettre fin à l’insécurité à laquelle sont soumis les États du Sahel, depuis déjà une décennie. Certes, la sécurité au Sahel est un effort et  une tache communs. Mais une aventure militaire unilatérale très large coûterait très chère pour le Mali. La quête sécuritaire doit être préalablement fait mais à condition de prendre en compte les intérêts du pays.

Néanmoins, le MALI ne doit pas se volatiliser dans une quête de sécurité démesurée. Jadis, la lutte contre l’insécurité était une tache commune au Sahel. Alors,  une réelle convergence,  fondée sur le respect des principes,  permettrait d’en finir avec l’insécurité et la manipulation occidentale. Une tâche pour tous les pays se situant au Sahel et au Sahara avec l’adhésion et la participation impérative. La  Realpolitik de l’Algérie, au sein de la convergence, amènerait la paix, la stabilité, la sécurité et le  développement en Afrique.

TRAORE Boubacar Bani, Maitre en Histoire des Relations Internationales et Stratégiques

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