SOMMET CHINE AFRIQUE: Victoire diplomatique et économique pour Pékin

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La Chine a marqué un point indiscutable lors du sommet sino-africain de Pékin, imposant à la fois sa puissance sur la scène mondiale et prenant un avantage sur l’Occident pour l’accès aux marchés et aux ressources naturelles du continent noir, estiment des analystes.
Le sommet de Pékin, avec 48 nations africaines représentées et 41 chefs d’Etats ou de gouvernements, a accouché dimanche d’une déclaration de bonnes intentions avec l’objectif de "construire un nouveau type de partenariat stratégique entre la Chine et l’Afrique sur la base de l’égalité politique, la confiance mutuelle, la coopération économique, le gagnant-gagnant et les échanges culturels", selon les mots du président chinois Hu Jintao.
"La Chine a donné une grande fête et tout le monde est venu. C’est important, c’est significatif", souligne David Zweig, spécialiste de la politique étrangère chinoise à l’Université de la science et de la technologie de Hong Kong.
"Quand les Chinois disent qu’ils veulent établir un partenariat stratégique avec l’Afrique, c’est une réalité qu’ils ont commencé à construire depuis plusieurs années, c’est politique, diplomatique et économique", juge Antoine Glaser, rédacteur en chef de la Lettre du Continent.
De plus, contrairement aux anciennes puissances coloniales, comme la France, qui sont restées dans leurs "prés carrés", le géant asiatique est présent partout.
"C’est une stratégie sur l’ensemble du continent dans tous les secteurs, complètement à contre-courant du consensus occidental sur l’attitude à tenir à l’égard de l’Afrique, qui est une vision des institutions du FMI et de la Banque mondiale", commente M. Glaser.
"Cela fonctionne au moment même où il y a une réaction en Afrique contre les donneurs de leçons occidentaux", ajoute-t-il. Pour le sinologue Jean-Pierre Cabestan, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) français, Pékin a joué sur deux tableaux, en se présentant à la fois comme un "grand pays du Tiers monde", proche des préoccupations des nations africaines confrontées au défi du développement économique, et comme une "grande puissance".
"Mais c’est souvent difficile de concilier les deux propositions, on ne peut être une grande puissance qui pose sa marque partout et rester dans un état de proximité idéologique et sentimentale avec des pays qui sont très démunis", relève-t-il. Dans l’immédiat, la Chine, dont 30% des importations de pétrole viennent d’Afrique, va profiter de ce sommet pour renforcer encore plus sa présence économique et commerciale sur le continent noir.
"Il y a une concurrence de plus en directe entre les principaux partenaires économiques de l’Afrique, les Etats-Unis, la Chine et l’Union européenne", note M. Cabestan. "La Chine est en train d’acquérir une part de marché de plus de 10% en Afrique, elle rattrape les Etats-Unis, même si en terme d’échanges, elle reste encore très en dessous de l’Union européenne, qui représente 30-40%", poursuit-il.
Mais, dans certains secteurs comme le bâtiment, les entreprises chinoises, nettement plus compétitives en terme de prix, menacent directement les Occidentaux.
Et si, lors du sommet, note M. Cabestan, la Chine a voulu "apparaître plus comme un donateur que comme un prédateur", avec l’engagement de doubler son aide d’ici 2009 et d’offrir 5 milliards de dollars en crédits et en prêts, "c’est une aide liée aux investissements chinois en Afrique".
"La Chine défend ses entreprises, leur montée en puissance et leur globalisation", dit le chercheur français.
AFP

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