Editorial : Le découpage administratif est il réellement une urgence ?

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Depuis un moment, le Mali s’est engagé dans un projet de loi  sur la décentralisation. Le projet en question prévoit d’augmenter  le nombre de régions administratives  déjà existantes. En tout, le Mali comptera  vingt régions.  Un projet  à la fois ambitieux et sensible.  Ambitieux parce qu’il ne va pas sans grands moyens financiers. Pour qui connait  l’économie du Mali en ces derniers temps, il est loin d’imaginer que cela pourrait être de l’eau à boire.  Les  dix régions  (Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ménaka, Taoudénit, Kidal, Gao, Tombouctou, Ségou et Mopti) existantes sont loin d’être un exemple d’une décentralisation réussie  à fortiori les dix autres (Bougouni, Dioïla, Nioro, Koutiala, Gourma, Douentza, San, Bandiagara, Nara et Kita) qui viendront s’ajouter. Sensible parce qu’il heurte  directement les sensibilités des peuples.  Déjà, certaines localités du pays se voient lésées dans la future répartition; c’est l’exemple du cercle de Koro qui pense remplir toutes les conditions pour être une Région mais se voit refuser délibération ses droits. Depuis la relance de ce projet initié depuis sous l’ancien président Amadou Toumani Touré, le ministre de l’administration territoriale et de la décentralisation fait l’objet de plusieurs critiques. Il est accusé à tort ou à raison. Certains vont jusqu’à le taxer d’avoir partagé le pays à sa guise.  Ainsi, avant même de voir le jour, le projet du découpage suscite plusieurs interrogations et de grognes sociales. Or, si les autorités maliennes s’appuient sur l’accord de paix de 2015 pour justifier le bien-fondé de cette réforme administrative, une grande partie des Maliens y voit plutôt la réalisation d’un plan savamment préparé pour mieux diviser le pays. En effet, ils dénoncent le fait que certains “micros villages du nord deviennent des chefs lieu tandis que de grandes localités au sud restent inchangées.

Au-delà de toutes ces divergences, la question reste la nécessité réelle de procéder à ce découpage à un  moment  où l’insécurité s’étend chaque jour un peu plus sur  l’ensemble du territoire. Le sud qui jusque là jouissait d’un semblant de quiétude, ne compte désormais que ses morts. L’existence même de plusieurs  localités est menacée et la quiétude cesse de céder désormais à la peur et la terreur. Outre ces inquiétudes soulevées, s’ajoutent les conflits inter communautaires  et la floraison des milices  qui menacent l’existence même de l’Etat.  Il faut rappeler que des attaques répétitives ont poussé plusieurs écoles à rester fermées au nord et centre du pays depuis bientôt trois ans. Pendant que l’administration peine à s’installer dans toutes ses régions, il serait utopique  de vouloir en ajouter d’autres sans au préalable songer à trouver une solution définitive aux problèmes existants. Le respect de  l’accord certes mais les réalités du moment devraient amener les décideurs à faire preuves de discernement et choisir les priorités qui sont aujourd’hui la sécurisation totale des personnes et de leurs biens ; une réponse urgente à toutes les grognes sociales  et un dialogue inclusif avec une opposition qui peine à digérer sa défaite. Autant de défis qui attendent d’être relevés ne donnent pratiquement aucune chance à ce projet d’atteindre ses objectifs. Autrement l’urgence n’est pas le découpage administratif mais plutôt la restauration de l’Etat qui est largement fragilisé.

Amadingué Sagara

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