Birahim Soumaré, ex-ambassadeur du mali en Turquie : « On doit se féliciter »

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Depuis l’arrestation des 49 militaires ivoiriens sur le sol malien, Bamako est en froid avec Abidjan. Comment a-t-on pu en arriver là ? Peut-on parler d’une crise ou tension diplomatique entre les deux capitales ? Birahim Soumaré, ancien ambassadeur du Mali en Turquie et analyste en stratégie internationale nous livre son point de vue. Entretien.

 Mali Tribune : Peut-on parler d’une crise ou tension diplomatique entre Bamako et Abidjan dans l’affaire dite des 49 militaires ivoiriens ?

Birahim Soumaré : En réalité je vois plus une tension diplomatique, un incident diplomatique qu’une crise. Parce qu’une crise diplomatique, c’est beaucoup plus difficile à gérer. On est arrivé à un paroxysme où c’est la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays qui allait se faire. Mais pour le moment, la tension est due à l’introduction des forces ivoiriennes qu’on qualifie côté malien de « mercenaires » parce que non identifiés à l’aéroport. Pas de lettre de mission. Une non-application des procédures administratives et policières règlementaires qui permettaient l’identification du voyageur ou de l’équipage qui débarque à l’aéroport de Bamako. De l’autre côté, selon les autorités ivoiriennes, des soldats dûment mandaté pour faire une action de service de surveillance sur le sol malien depuis 2019.

Mali Tribune : La méditation togolaise vous paraissez-t-elle efficace pour une sortie de crise ?

B. S.: La médiation togolaise est quelque chose de nécessaire et utile. Je crois qu’on doit se féliciter du fait que le Président togolais ait encore accepté de jouer ce rôle-là. Je dis encore une fois, parce que lorsqu’il y a eu les sanctions qui ont été imposées à notre pays alors que les textes même de la Cédéao et l’Uémoa l’interdisent, c’est le Président du Togo qui a accepté de venir jouer la médiation entre nous, la Cédéao et l’Uémoa.

Mali Tribune : Depuis le renouvellement du mandat de la Minusma, rien n’allait plus entre le Mali et la mission onusienne. Pourquoi ?

B. S.: C’est un acte de souveraineté qui n’empêche pas la présence de ces forces-là. Le ministre des Affaires étrangères du Mali a indiqué qu’il y aurait une réunion entre le Mali et la Munisma pour réappliquer convenablement les décisions qui donnent ordre aux différentes forces de pouvoir se mouvoir sur notre territoire. Le Premier ministre en a fait aussi cas. Ce qui est important, c’est le fait que le Mali malgré qu’il soit toujours avec la Munisma est soucieux du contrôle de toutes forces armées sur son territoire national. Cela ne doit pas être vu comme un acte de défiance vis-à-vis des Nations unies ou de la Munisma, mais comme un acte de collaboration de travail partagé entre les autorités maliennes et la communauté internationale qu’on a le grand plaisir d’accueillir ici pour travailler à la résolution de la crise sécuritaire qui empoisonne nos populations et qui tend à s’étendre un peu partout en Afrique et dans le monde. C’est un acte tout à fait normal.

Mali Tribune : Selon vous, quelle stratégie de sortie de Transition après la levée des sanctions de la Cédéao ?

B S.: la venue du médiateur de la Cédéao la semaine dernière au Mali s’inscrit dans une dynamique de sortie de crise. Nous avons présenté un chronogramme, le processus de révision constitutionnelle et institutionnelle est engagé. Dans ce cadre, la Charte de Transition est respectée. Je crois que c’est une voie idoine pour une sortie rapide de cette crise. Cependant la crise sécuritaire prendra beaucoup plus de temps, d’énergie, de coopération avec les pays de la sous-région. Dans le cadre de notre grand pilier de notre diplomatie qui est le bon voisinage probablement, les autorités vont se saisir de cela pour renforcer soit de façon bilatérale les liens de coopération à la fois militaire et tactique pour pouvoir lutter contre le péril des groupes armés terroristes qu’on accuse de djihadistes.

Mali Tribune : Depuis 1960, on assiste à une série de coups d’État. Comment éviter ces cycles de coups d’État au Mali ?

B.S : Depuis 1968 dirions nous, nous sommes un peu pris dans le cycle des coups d’Etat comme si c’était des cycles indicatifs des blocages à la fois politique, sociale et économique. Ce qui fait qu’il y a rupture sur la scène politique et institutionnelle. Cela traduit plus un symptôme que la cause principale. Je crois qu’il est important que les maux que nous utilisons comme refondation, revoir le Mali, rebâtir un nouveau Malien, se saisir des grandes priorités économiques, sociales et culturelles de nos pays que ça ne soit pas des déclarations un peu en l’air.

 Propos recueillis par

Ousmane Mahamane

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