Drissa Diabaté, initiateur et promoteur du festival Mandé Foli : « J’ai initié ce festival pour l’unification des Communes du Mandé »

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Le Mandé seul constitue 13 localités et toutes, conviées à la rencontre, ont répondu à l’appel. Imaginez si les ressortissants des 13 Communes se retrouvent dans la ville de Siby et qu’elles sont bien accueillies, cela voudra dire tout simplement qu’aucun autochtone ne se sentira étranger chez les autres le jour où un des nôtres ira chez eux. Donc le plus important est qu’on se donne la main pour avancer ensemble dans la paix, l’unité et la fraternité.

Mali-Tribune : Avec tous les nombreux festivals qui se tiennent à Siby, pourquoi un de plus ? Qu’est-ce qui fait la particularité de votre festival qui en est à sa première édition ?

Drissa Diabaté : Le festival Mandé Foli a pour particularité et originalité les instruments de musique que nous ne retrouvons plus, des instruments que nos ancêtres jouaient, qui sont en voie de disparition. Pour que le Mali-Koura soit une réalité, il faut que nous revenions à nos us et coutumes. Pour moi, c’est une belle manière de nous retrouver. Surtout autour du thème « Rôle, importance et les menaces qui pèsent sur les instruments de musique traditionnels du Mandé ». En ce qui concerne le Mandé, nous avons énormément d’instruments qui sont abandonnés, délaissés car de nos jours, lorsque l’on se rend à une activité ou même les cérémonies du Mandé, on n’entend plus ces instruments. Je trouve cela très dommage.

Mali-Tribune : Quels sont donc ces instruments ?

D D. : Je commence par le Bolon qui, avec le Sinbi, se trouve uniquement à Kela, une ville du Mandé et malheureusement aujourd’hui on ne connaît qu’une personne qui joue de cet instrument. La question qui interpelle : qui va assurer la relève au décès du seul instrumentiste qui sait le jouer ? Ma crainte est que cet instrument disparaisse à jamais. Pour dire simplement que mon premier objectif en organisant le festival Mandé Foli c’est que désormais chaque artiste ou instrumentaliste du Mandé ajoute le Bolon à ses outils pour qu’il ne disparaisse pas.

Le deuxième instrument c’est le Sinbi, qui par contre, est quand même dans beaucoup de villes du Mandé. Ceux qui chantent pour les chasseurs au Mandé sont appelés sèrè et ce sont eux qui jouent le Sinbi en plus de leur instrument de base le Donso ngoni. C’est vrai que c’est toujours présent, mais pas comme avant. On a plus tendance à le voir avec les sèrè.

Mon souhait est que l’on puisse retrouver le Sinbi dans toutes les villes du Mandé. Il y avait au Mandé un autre instrument que l’on appelle Crocoto qui aujourd’hui n’existe qu’à Siby et c’est d’ailleurs ma troupe musicale qui continue à le jouer. C’est un instrument fait de bois. Un morceau de bois de 50 centimètres sur lequel on fait deux trous et qui se joue avec deux petits bâtons. Le Crocoto est fait avec différents arbres et il en faut trois pour jouer convenablement. Ce qui est étonnant avec ça, c’est que chacun sort une sonorité particulière. Nous avions dans le Mandé ce qu’on appelait Tandounou qui était gardé uniquement chez le chef du village et qui était utilisé pour annoncer les grands évènements tels que les décès. On n’entend plus cet instrument.

Après tous ces instruments, il y a le Djèbrenè, qui est un instrument joué par les forgerons (noumou). Ça se confectionne avec la peau d’animaux et de la calebasse. C’est un instrument sacré car même pour le sortir lors des évènements il faut prévenir les forgerons pour qu’il fasse le nécessaire. Tous ces instruments étaient au festival sauf le Daro. Je ne sais pas s’il existe quelque part d’autres, mais je ne l’ai vu qu’à Siby. Il y a un village derrière Siby que l’on appelle Niambaly. Le Daro vient de ce village et est joué par les Finèw. C’est seulement cet instrument qui n’a pas pu être au rendez-vous du Mandé Foli. Mais on espère qu’il sera présent à l’édition prochaine.

Mali-Tribune : Quelles sont les mesures que vous avez prises pour la sécurité et également en ce qui concerne la pandémie à Covid-19 ?

D D. : Toutes nos autorités ont fait le nécessaire pour mobiliser le maximum de porteurs d’uniforme en plus de nos jeunes bras valides pour la sécurité des festivaliers pendant les deux jours. Pour l’aspect sanitaire la disposition des sièges était faite de sorte que la mesure de distanciation soit respectée.

Mali-Tribune : A combien estimez-vous les festivaliers pour cette première édition ?

D D. : Je ne pourrais dire exactement un chiffre, mais les gens sont venus du Sénégal, de la Guinée, de partout des villes du Mandé, mais aussi de beaucoup de régions du Mali. Nous estimons à 5 000 personnes si l’on s’en tient aux réservations et autres.

Mali-Tribune : Quel impact le festival a eu sur l’économie locale ?

D D. : Beaucoup de commerçants nous ont fait des retours positifs. Cela nous montre à suffisance que l’impact a été positif. Le festival a permis aux hôtels et aux appartements de faire des recettes ainsi que les magasins et les restaurateurs.

Mali-Tribune : Quels sont vos points de satisfaction ?

D D. : Pour une première édition, vraiment nous sommes satisfaits sur beaucoup de plans à commencer par la population du Mandé qui est sortie massivement. Il y a surtout l’aspect instrumental qui m’a comblé car c’était ça l’objectif principal. Les sponsors nous ont accompagnés comme ils ont pu.

 

Propos recueillis par 

Aminata Agaly Yattara

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