La Cité des Askias renaît

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Après plusieurs mois d’occupation, le moins que l’on puisse dire aujourd’hui, c’est que la plus grande ville du Nord-Mali sa chaleur et son ambiance d’antan.

 

Aéroport de Gao, en ce vendredi 24 février 2014, l’Antonov de la Minusma à bord duquel nous fîmes le trajet Bamako-Ségou se pose aux environs de 9h avec sa vingtaine de passagers. Curieux de fouler ce sol que nous n’avions pas eu l’occasion de revisiter depuis deux ans à cause de la crise au Nord et de l’occupation, nous avions ému de constater de découvrir de visu ce qu’était devenu cette ville qui nous a vu grandir.

 

 

C’est, donc sans surprise, que nous fîmes l’un des premiers passagers à s’empresser pour descendre du zinc des soldats de la paix.

Premier constat: les impacts de balles sur les murs du hall principal. Rien d’étonnant, la prise de ce lieu stratégique a donné lieu à des combats entre les occupants et la force Serval en début 2013. Des forces Serval qui sécurisent encore – et pour un moment encore, comme le souhaite la majorité des habitants de la Cité des Askia – l’aéroport. Pour y sortir, comme pour y entrer, il faut montrer patte blanche au niveau de 3 check-point, ou se faire accompagner par un véhicule estampillé « UN ».

 

 

En effet les Serval ont pris carrément position autour de l’aéroport dont l’intérieur est plutôt géré par la Minusma. Pour y accéder, il faut d’abord passer un premier contrôle tenu par l’armée malienne. A une vingtaine de mètres de ce dernier, c’est la France qui prend le relais à travers les forces Serval. De jeunes militaires armés jusqu’aux dents contrôlent les papiers de voyage, les raisons de votre visite à l’aéroport. Le dernier est même installé sur un mirador superbement installé à l’entrée de l’aéroport. Comme pour dire qu’en termes de sécurité à Gao, la France assure.

 

 

A notre arrivée, nous n’eûmes aucun souci de contrôle, nous fîmes que constater l’import dispositif sécuritaire qui entourait ce lieu. Et pour cause, un responsable de la Minusma eu la gentillesse de nous accompagner jusqu’à la sortie où nous attendait sur place un frère (militaire de son état). A bord de son véhicule, et après les salutations d’usage, c’étaient les questions de routine, telles comment va la ville? Comment se comportent tous ses militaires «déversés» sur votre ville? Il me laissa constater les donnes de moi-même. Moi qui imaginais des militaires à chaque coin de rue de la ville, des patrouilles à n’en pas finir, une ville occupée, je fis surpris de constater la discrétion et le professionnalisme avec lequel l’armée malienne, la Minusma et Serval tenait la ville, et la joie de vivre que dégageait chaque habitant que je rencontrais.

 

 

Gao ne ressemble pas à une ville sous occupation. Loin de là et elle n’en est pas une. On dirait à peine qu’elle a vécu tous les affres qu’on sait il y a quelques mois. Dans certains quartiers, on n’a même comme l’impression que rien ne s’y est passé. Tellement la vie reprend normalement, tellement les populations ont repris quasiment leurs anciennes activités quotidiennes. Même dans les quartiers du centre ville, vers l’ancien gouvernorat, la mairie, où les combats ont fait rage, seuls les impacts de balles et les bâtiments écroulés vous rappellent les moments difficiles de l’occupation que cette belle ville a connu. A part ça rien («bafo», comme on dit en langue songhaï), les populations vaquent librement à leurs occupations.

 

 

Mieux, les nuits sont redevenus chaudes. Les bars, restaurants, cabarets et autres coins de détente ont ré-ouverts et les jeunes et autres noctambules s’adonnent à cœur joie. Même les soirées publiques populaires ont repris dans la ville. Toute la nuit, l’animation de ces rencontres populaires envahit la ville comme pour prendre une revanche sur un passé récent ou narguer ceux qui croyaient instaurer un régime de charia sur une ville islamisée depuis des millénaires.

 

 

Ce qui est surtout touchant dans cette ville désormais, c’est le dynamisme de la jeunesse et l’économie qui reprend. Et tout cela dans un contexte de sécurité totale. Assurée, comme nous le disions, par le minusma et Serval. Deux structures qui, en plus de rassurer les populations, offrent du boulot aux jeunes, les occupent et les met à l’abri de l’oisiveté et la tentation. En plus de cela, ils apportent régulièrement leur soutien aux couches socioprofessionnelles les plus vulnérables du pays. Telles ces radios de proximité qui ont bénéficié récemment d’équipements.

 

Makan Koné (envoyé spécial)

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