Chronique du web : Agriconomie ou les nouvelles technologies au service de l’agriculture

0

Mon grand-père était agriculteur et, aux dires de ses contemporains, ses greniers étaient toujours pleins. Son plus grand bonheur et sa fierté à lui étaient de consommer du tô (met traditionnel) préparé à base de récoltes vieilles d’au moins deux ans. Il ne connaissait pas la météo ; la direction du vent, le pullulement de certains types d’insectes, le vol des oiseaux, l’apparition précoce ou tardive de certaines herbes ainsi que d’autres faits empiriques constatés sur de longues années lui servaient de météo.

Mon père a pris la relève. Son chemin a croisé celui des animateurs et vulgarisateurs du développement rural ; et en ces temps de volontarisme politique de l’époque socialiste, la radio rurale fut un compagnon inestimable des paysans qui maîtrisaient mieux les questions de calendrier agricole, d’intrants et de facteurs de production.

Aujourd’hui, mon aîné est à la peine sur un lopin familial qu’il bêche  plus par tradition que par vocation. Chez nous comme ailleurs, l’agriculture a beaucoup évolué, mais laisse en rade une pléthore de petits propriétaires familiaux qui disparaissent progressivement.

L’agrobusiness sera le modèle dominant du système de production et, dans bien des cas, le propriétaire d’hier sera l’ouvrier agricole d’aujourd’hui. Entre nous, on ne pourra pas dire du tout que sa situation s’est améliorée. Il évoquera avec une pointe de nostalgie et d’amertume les années où il avait un titre de propriété virtuel sur un lopin familial et les dépendances y rattachées dont il pouvait jouir à volonté.

Cela, les européens l’ont vu venir depuis plusieurs siècles et ont pris des dispositions appropriées pour sécuriser les propriétés foncières qui ne peuvent être aliénées que pour raison d’intérêt public et contre fort dédommagement. Ils disposent d’archives, de cadastres et de toutes sortes de dispositions qui protègent la propriété.

Si certains fermiers américains survolent leur exploitation par hélicoptère, l’agriculteur européen, lui, peut se rendre sur sa propriété en costume-cravate, au volant de son tracteur, de sa voiture et tient une comptabilité digne d’une entreprise cotée en bourse. Et ce n’est pas tout ; le métier d’agriculteur a très tôt compris tout le parti qu’il peut tirer des nouvelles technologies qui lui rendent la vie plus facile.

En France, de nombreuses startups se sont installées et travaillent étroitement avec les agriculteurs.  Agriconomie est de celles-là, une plateforme en ligne qui vise à permettre aux agriculteurs d’optimiser leurs achats. Pour cela, l’agriculteur peut s’appuyer aujourd’hui, rien qu’en France, sur une grande variété d’outils numériques et de nouvelles technologies proposés par différentes entreprises tout au long de la chaine de production. Pour PaolinPascot, cofondateur et CEO d’Agriconomie, « c’est prendre les bonnes décisions au bon moment ».

A ce rythme, moi j’ai envie de finir ma carrière dans l’agriculture. Selon l’article de Frenchwebpubié le 11 juillet dernier, Mimosa promeut le financement participatif au service de l’agriculture et de l’alimentation.Naïo Technologies et Ecorobotix, pour leur part, se spécialisent dans la robotique pour faire gagner du temps aux agriculteurs et de leur retirer des tâches répétitives et pénibles, tout en respectant l’environnement. Weenat, lui, fournit des solutions de météo connectée mobiles. Quant à Ynsect, il élève et transforme des insectes en ingrédients destinés à la nutrition animale.

Mais tout n’est pas de produire ; il faut réussir à vendre à un prix rémunérateur. Comme écrit mon confrère de Frenchweb, « piloter sa ferme vise à accompagner les agriculteurs dans la gestion de la volatilité des prix des matières premières ». Pour cela, Perfarmer promet d’aider les agriculteurs dans leur stratégie de commercialisation et de vendre leurs récoltes au bon prix.

Et la majorité de ces startups sont regroupées au sein de La Ferme Digitale, association qui regroupe aujourd’hui 29 entreprises issues du monde agricole. La plateforme est présidée par PaolinPascot, cofondateur et CEO d’Agriconomie. Son ambition est d’accroître les performances économiques et environnementales des agriculteurs français via le numérique et les nouvelles technologies. Un travail qui devrait être facilité par l’aisance avec laquelle le monde agricole évolue aujourd’hui avec le monde numérique. « Les nouvelles technologies et le numérique lui permettent de simplifier son quotidien. Le métier d’agriculteur est très complexe, il faut prendre des décisions à longueur de journée, et des décisions qui sont souvent liées à des facteurs externes comme la météo, les cours des marchés, des sujets géopolitiques… », souligne M. Pascot.

« Le monde de l’AgTech se présente ainsi de plus en plus comme un rempart face aux situations économiques difficiles que connaissent les agriculteurs. Les nouveaux outils à leur disposition – des drones aux objets connectés en passant par les plateformes d’agrégation de données agricoles – ont un but principal : optimiser leur production, leur temps, et donc leurs revenus ».

Paolin Pascot confesse : « l’agriculteur est un serial entrepreneur qui doit gérer un environnement ultra complexe, parce que ce n’est pas qu’un agriculteur sur son tracteur en train d’effectuer des travaux dans ses champs ; c’est aussi un comptable, un manageur, un mécanicien ».

Prochaine étape pour l’AgTech, selon  PaolinPascot, c’est l’augmentation de la création de valeur pour le monde agricole via le numérique et la technologie, en incitant les startups à collaborer davantage avec les grands groupes industriels pour créer toujours plus d’innovations pertinentes pour les agriculteurs.

Agriconomie est une jeune pousse fondée seulement en 2014 ; déjà elle revendique plus de 50 % d’agriculteurs français utilisateurs de son service et 10 % de clients. A la longue, l’entreprise envisage d’apporter de nouvelles pierres à l’édifice en développant son offre d’optimisation des achats d’engrais, de semences, de pièces détachées et de nutrition animale.

En 2019, Agriconomie revendique 80 personnes et devrait atteindre bientôt la barre des 100 employés. Déjà présente en France et en Belgique, l’entreprise s’attaque à l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. Son site en français,agriconomie.com, a une version anglaise depuis peu. Ce qui en dit long sur son ambition de gagner des parts de marchés. Toutes choses qui devraient inspirer notre agrobusiness.

Serge de MERIDIO

Commentaires via Facebook :

PARTAGER

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here