Rétrospection Le grand charivari

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Une version assez courante dans la classe politique : Avec la nouvelle Constitution, le parlement est affaibli, et l’exécutif, notamment le président de la République, acquiert des supers pouvoirs, à la dimension d’une monarchie absolue ou d’un régime ultra présidentiel.

Une autre version non moins courante : les réformes en vue ne renforcent pas les pouvoirs du président de la République, au contraire, elles favorisent le pouvoir législatif.

Une version assez courante dans la classe politique : une nouvelle constitution crée automatiquement une quatrième république.

Une autre version non moins courante : avec la nouvelle constitution en vue, il ne s’agit ni plus ni moins que d’une simple révision constitutionnelle.

Qui a raison ? Qui a tort ? Ainsi va le Mali du couple exécutif, Amadou et Mariama.

Sans entrer dans une discussion entre technocrates politiques et techniciens du droit, n’étant ni l’un ni l’autre, nous nous permettons simplement le droit de relever certains faits. Principalement le déficit chronique de communication et le manque de concertations. Car, dans un cas comme dans l’autre, il ne s’agit essentiellement que de cela. A croire que les uns et les autres ne savent pas réellement dans quoi ils s’embarquent avec tant de légèreté. Pourtant, de récents événements auraient pu et dû inciter les autorités à avoir plus de sens des responsabilités. En effet, en 2008, ce n’est pas si loin que ça, le silence observé par le gouvernement, les partis politiques et les organisations de la société civile a coûté au Mali un formidable progrès en matière de promotion et protection des droits et libertés des couches défavorisées que sont les femmes et les enfants. Ce silence a coûté au Mali un Code de la personne et de la famille très novateur. Le silence, mais aussi le laxisme et la permissivité, ont occasionné des débordements verbaux et physiques qui sont de véritables atteintes à l’autorité de l’Etat et à la dignité des Institutions de la République.

Aujourd’hui, le gouvernement, les partis politiques et les organisations de la société civile retombent dans la même erreur en gardant le silence et en laissant un boulevard pour des interprétations diverses et variées sur les mêmes sujets. Pourtant, nul n’est besoin de mage ou d’oracle pour comprendre que ce genre de réformes aussi importantes pour le présent et l’avenir de notre pays ne peuvent être entreprises sans un minimum de préalables. Parmi lesquels des sessions d’explications et de concertations de la base jusqu’au sommet. Il est bien bon de déposer le projet de texte sur la table de l’Assemblée nationale, dont les députés sont pour la plupart réfractaires aux restitutions à la base, c’est-à-dire des députés qui sont coupés des militants qui les ont élus, et qui auront le dernier mot dans le processus de validation dudit projet, par un référendum. Il est bien bon également, pour ces députés, d’inviter et de consulter quelques personnalités de la classe politique sur le projet de constitution.  Lesquelles personnalités, dans un désordre total et dans la plus parfaite contradiction, se contentent de «s’expliquer» dans les colonnes de journaux lus par une très petite minorité d’une population ravagée par l’analphabétisme, l’inculture, la déscolarisation et la pauvreté. Et dans cette cacophonie inouïe, le couple exécutif, Amadou et Mariama, se tait.

Et au lieu de donner mission à ses ministres de donner les explications nécessaires au peuple appelé à voter par référendum, le président de la République se contente de compter sur une classe politique versatile et calculatrice. Selon certaines mauvaises langues, Amadou Toumani Touré compte, encore, sur les partis politiques représentés à l’Assemblée nationale pour faire passer «ses» réformes. Il s’offrirait même le luxe de se mêler d’aplanir les divergences internes de ces partis politiques pour avoir leur soutien. Si cela s’avérait, le chef de l’Etat aurait déjà oublié ou n’aurait pas compris les leçons de 1991 et de 2008. A savoir que quand cela est nécessaire, le peuple ne laisse plus la classe politique fixer les règles du jeu.

Mais ayant toujours  été lucide et perspicace, sur bien des sujets, ATT a déjà compris tous les enjeux qui se rattachent à un projet de constitution confus, mal expliqué, mal défendu, et contesté par une large majorité. Et dans ce cas, à quoi joue-t-il ? Pourquoi entretient-il la confusion ?

 

Cheick TANDINA


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