Sortie de crise : la thérapie du Parena pour 2016

0

Le prĂ©sident du Parti pour la renaissance nationale (Parena), TiĂ©bilĂ© DramĂ©, Ă©tait le jeudi matin face Ă  la presse Ă  l’hĂ´tel Massaley d’ACI 2000 pour prĂ©senter les vĹ“ux du parti aux hommes de mĂ©dias, aux Maliens et leurs partenaires, au seuil du nouvel an. Occasion pour ce leader de l’opposition malienne de fustiger la gouvernance du prĂ©sident de la RĂ©publique, Ibrahim Boubacar KĂ©ita. En dĂ©nonçant le train de vie de l’Etat, M. DramĂ© a fait savoir qu’en 28 mois passĂ©s Ă  la tĂŞte de l’État, le prĂ©sident a parcouru  516. 636 kms lors de 83 voyages Ă  l’extĂ©rieur, soit trois voyages internationaux par mois. 516. 636 kms reprĂ©sentent 13 fois le tour de la terre (40.075 kms) et 552 fois la distance sĂ©parant Bamako d’Abidjan. Mais qui est intĂ©ressant chez TiĂ©bilĂ© DramĂ© et ses partisans, c’est qu’ils critiquent et proposent des solutions. Voici leur thĂ©rapie pour 2016

Les propositions du Parena pour 2016:

Le Parena invite le prĂ©sident de la RĂ©publique Ă  prendre la mesure de la gravitĂ© de la situation et engager des concertations nationales sur la restauration de la paix et de la sĂ©curitĂ©. Il pourrait utiliser la disposition de l’Accord d’Alger relative Ă  la ConfĂ©rence d’entente nationale dont l’objet pourrait ĂŞtre Ă©largi pour traiter les maux dont souffre le Mali.
Le PARENA rĂ©itère sa proposition d’Ă©laboration d’une stratĂ©gie nationale autonome de stabilisation et de sĂ©curisation du territoire. Il encourage le PrĂ©sident Ă  explorer la possibilitĂ© d’engager le dialogue avec les jihadistes maliens pour stabiliser le pays. Un tel dialogue a donnĂ© des rĂ©sultats sous d’autres cieux..

Le dĂ©fi des rĂ©formes institutionnelles et de la re-fondation de l’État:

Le quinquennat en cours aurait dĂ» ĂŞtre celui des leçons apprises de l’effondrement de l’État en 2012 et des rĂ©formes subsĂ©quentes.

Malheureusement, le prĂ©sident Ă©lu s’est donnĂ© d’autres prioritĂ©s.

L’Accord d’Alger que le PARENA considère comme une Ă©tape de la longue quĂŞte de paix et de stabilitĂ© au Mali nous oblige Ă  des rĂ©formes institutionnelles. Saisissons l’occasion pour doter notre pays d’institutions voulues de commun accord.

La ConfĂ©rence d’entente nationale est l’occasion de dĂ©battre de cette nĂ©cessaire re fondation de notre architecture institutionnelle globale.

La pĂ©riode intĂ©rimaire de 18 Ă  24 mois prĂ©vue par l’Accord d’Alger sera le temps de mise en Ĺ“uvre de ces rĂ©formes qui dessineront le visage du Mali post-crise:
– Engager la rĂ©vision de la Constitution en tirant les leçons de la crise et en tenant compte de l’Accord d’Alger,

– Moderniser notre dispositif Ă©lectoral,

– Renforcer les contrepouvoirs,

– Conforter l’indĂ©pendance de la justice,

– Renforcer les pouvoirs du parlement national et des assemblĂ©es rĂ©gionales,

– Organiser la sĂ©paration des pouvoirs, en particulier au niveau rĂ©gional.
– AmĂ©liorer l’Accord d’Alger,

Relancer l’Ă©conomie afin de crĂ©er la richesse et les emplois non seulement pour les jeunes mais aussi pour les moins jeunes. Les pères de familles sans activitĂ©s  et sans ressources reprĂ©sentent une tragĂ©die pour les familles et pour la sociĂ©tĂ©.

L’École:  rationaliser les activitĂ©s des Missions universitaires rĂ©cemment crĂ©Ă©es, Ă©viter qu’elles donnent naissance Ă  de nouvelles universitĂ©s thĂ©matiques, privilĂ©gier  la crĂ©ation de missions universitaires dans les rĂ©gions frontalières ( Kayes, Sikasso et Gao ) pour favoriser la coopĂ©ration avec les universitĂ©s des pays voisins et impulser l’intĂ©gration sous-rĂ©gionale.

Les femmes: elles sont la moitiĂ© de l’humanitĂ©, elles sont l’avenir de l’homme, comme l’a chantĂ© le poète. Nous devons tout Ă  nos mères, Ă  nos Ă©pouses,  à nos sĹ“urs, des origines de la vie Ă  la mort, elles jouent un rĂ´le unique et irremplaçable. Reconnaissant ces rĂ©alitĂ©s incontestables, nous devons avoir un consensus pour accroĂ®tre leurs responsabilitĂ©s dans la citĂ©.

Dans le monde rural: mettre fin Ă  l’arbitraire et aux interfĂ©rences du gouvernement dans les organisations paysannes,  renouveler les coopĂ©ratives de producteurs de coton selon les règles de l’OHADA. Nous  affirmons notre solidaritĂ© avec les cotonculteurs traduits en justice Ă  Koutiala par la direction de la CMDT.

La DĂ©fense et la sĂ©curitĂ©: commandant des troupes au front en 2012-13, le gĂ©nĂ©ral Didier Dacko avait parlĂ© de ” putrĂ©faction” de l’armĂ©e.  Il,savait sans doute de quoi il parlait. Il est indĂ©niable que la mauvaise gouvernance est une des principales causes de cette “putrĂ©faction”.

Mais il ne semble pas que nous ayons tirĂ© des leçons suffisantes des causes profondes de l’affaiblissement des FAMAS. Nos forces auraient Ă©tĂ© en meilleur Ă©tat si les ressources qui leur sont destinĂ©es sont utilisĂ©es Ă  bon escient.. Chacun a en mĂ©moire l’affaire des contrats de Guo-Star en 2013 et les dĂ©tournements de milliards auxquels, elle a donnĂ© lieu.

Lors du Collectif budgétaire de juin 2015, le budget de la défense et de la sécurité a été porté de 183 à 281 milliards. En 2016, ce budget a été ramené à 213 milliards.

Le PARENA invite le prĂ©sident de la RĂ©publique et le Gouvernement Ă  Ă©difier l’opinion sur cette baisse inexpliquĂ©e des ressources affectĂ©es Ă  la dĂ©fense et Ă  la sĂ©curitĂ© du pays.

Conclusion: lutter contre l’impunitĂ© et sortir de l’immobilisme.

En ce dĂ©but d’annĂ©e, le MALI donne l’impression d’un pays qui a baissĂ© les bras. Le leadership est plongĂ© dans un grave immobilisme. Il n’y a pas d’enthousiasme Ă  relever les dÄ—fis. Le pays s’enfonce dans la crise.

Le Mali nous a tout donnĂ©. Nous avons un devoir vis Ă  vis de notre pays. Individuellement et collectivement, nous n’avons pas le droit de croiser les bras et d’adopter l’attitude du spectateur quand le pays va mal.

Mobilisons-nous, utilisons tous les moyens dĂ©mocratiques pour amener le prĂ©sident de la RĂ©publique Ă  sortir de l’autisme et de l’immobilisme, Ă  changer de cap.

Mesdames et Messieurs les journalistes,

Permettez-moi de saluer le courage avec lequel vous accomplissez votre métier.

Les femmes et les hommes de presse sont partie intégrante du peuple. Ils souffrent et luttent avec le peuple.

C’Ă©tait le cas Ă  la fin des annĂ©es 1980 avec les Boubacar Keita-Doyen ( paix Ă  son âme),  Alpha KonarĂ©, feu Abdoulaye Barry, Sadou Yattara, Belco Tamboura ou feu Chouaidou TraorĂ© qui ont pris des risques en exprimant courageusement l’aspiration profonde du peuple Ă  la libertĂ©.

C’Ă©tait le cas en 2012, quand les auteurs du coup d’État ont tentĂ© d’instaurer une nuit noire au cours de laquelle agressions et atteintes  à l’intĂ©gritĂ© physique, arrestations arbitraires, menaces et intimidations Ă©taient le lot des journalistes qui avaient refusĂ© le viol de la constitution. Les escadrons de Kati ont cherchĂ© Ă  semer la mort dans les rangs de la presse. Saouti HaĂŻdara et Abdramane Keita ont payĂ© un lourd tribut Ă  la barbarie. Chahana Takiou a Ă©tĂ© harcelĂ© par la SĂ©curitĂ© Militaire. Boukari Daou a Ă©tĂ© emprisonnĂ© comme Sambi TourĂ©, Birama Fall, Hamèye CissĂ© l’ont Ă©tĂ© il y a quelques annĂ©es Ă  la suite d’articles sur une dissertation scolaire. En 2015, Lacine Diawara et Moussa MallĂ© Sissoko ont Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©s Ă  la suite d’une manifestation contre le projet d’accord d’Alger.

C’Ă©tait aussi  le cas en octobre 2015, quand, Ă  Paris et Ă  Bamako-SĂ©nou, l’on a tentĂ© de remettre en cause les libertĂ©s sur lesquelles repose le cadre dĂ©mocratique et rĂ©publicain de notre pays. Avec les autres forces vives, les journalistes se sont dressĂ©s contre l’autoritarisme, contre les menaces et les invectives, contre les  tentations dictatoriales  sommeillant chez certains responsables maliens.

Depuis un quart de siècle, les femmes et les hommes de presse opposent une rĂ©sistance digne d’Ă©loges aux tentatives de musèlement et de remise en cause des droits dĂ©mocratiques du peuple. Ils mĂ©ritent un hommage appuyĂ© de tous ceux qui sont attachĂ©s Ă  la libertĂ© et Ă  la justice.

Mesdames et Messieurs,

Nous entrons en 2016 dans l’annĂ©e du 25 ème anniversaire de la rĂ©volution dĂ©mocratique de mars qui a donnĂ© naissance Ă  la 3 ème RĂ©publique! Un quart de siècle!

Le temps du souvenir, le temps de s’arrĂŞter pour faire le bilan, pour rĂ©flĂ©chir sur le parcours, sur notre parcours, sur nos Ă©checs, nos fautes, sur les  avancĂ©es et progrès.
Le temps de se souvenir des pionniers sans lesquels, il n’ y aurait pas eu de presse libre, sans lesquels,  il n’y aurait pas eu mars 1991.

A tous, à nos martyrs un déférent hommage en ce début du 25 ème anniversaire.
Hommage aux journalistes morts au Mali parce qu’ils  aimaient ce pays et Ă©taient venus rendre compte de ses rĂ©alitĂ©s: je pense en particulier Ă  mon amie Ghislaine Dupont et Ă  son collègue Claude Verlon morts Ă  Kidal, au Mali, le 2 novembre 2013.

Que 2016 soit l’annĂ©e de la vĂ©ritĂ© sur les circonstances et les auteurs de leur assassinat. OĂą en est l’enquĂŞte malienne? Que fait la justice malienne pour traquer la vĂ©ritĂ©?

Mesdames et Messieurs les journalistes,

Vous avez démontré, tout au long des 25 années écoulées votre attachement à la liberté et à la démocratie.

Ensemble célébrons la liberté, célébrons mars et son esprit en 2016!

Je vous remercie.

Bamako, le 7 janvier 2016.

PARTAGER