Entre grèves et manifestations : IBK face à la colère !

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Le vent de la contestation souffle fort. Six mois seulement après son élection, le président Ibrahim Boubacar Keïta, fait face à une situation sécuritaire qui fait chaque jour des victimes (civiles et militaires) et un front social qui se dégrade quotidiennement.  

Le front social bouillonne ! De nombreux syndicats, associations et autres mouvements de la société civile affûtent leurs armes contre un président de la République et un gouvernement accusé par tous de non-respect des engagements pris lors de différentes négociations. Ainsi, l’école malienne vit, depuis plusieurs mois, une crise qui  perturbe  le bon fonctionnement de ce secteur stratégique.

Aussi, depuis le début de l’année, l’école est secouée par des grèves répétitives. Si, ce ne sont les enseignants qui débrayent, ce sont les élèves qui désertent les classes. Les syndicats de l’éducation signataires du 15 octobre (Syldef, Syneb, Syntec, Synesec, Synefct, Fenarec et la Section enseignement secondaire du Snec), après plusieurs sorties,  ont  entamé un nouveau mouvement d’arrêt de travail (15 jours), le lundi 11 mars 2019. Cette nouvelle grève intervient après l’échec des négociations entre le comité syndical et le gouvernement. L’association des élèves et étudiants du Mali (Aeem) a, de son coté, décrété un mouvement de grève de 3 jours (72 heures) dans les établissements privés. Pour de nombreux observateurs et acteurs de l’éducation, la multiplication des mouvements de grève fait planer le spectre d’une année blanche. Les classes devraient être fermées jusqu’au 05 avril prochain.

Sur les dix points de revendications des enseignants, trois restent toujours non satisfaits. Il s’agit des primes de logement, le décret d’indemnité des examens et concours et l’accès aux services sociaux de base.

Au même moment, l’Association des élèves et étudiants du Mali (Aeem) a déclenché, le lundi 11 mars dernier, une grève de 72 heures. A travers ce mouvement, les scolaires espèrent arrêter les cours dans les écoles privées pour que des mesures adéquates soient prises pour « sauver l’année scolaire ». Ce mouvement, explique-t-on, vise à « soutenir les enseignants ».

Outre cette grève, les enseignants grévistes ont organisé, le  mercredi 6 mars dernier, une marche de protestation. En effet, ils étaient des milliers à battre le pavé à Bamako, Tombouctou, Mopti, Ségou, Kayes et dans plusieurs localités du Mali. Objectif : exiger aux autorités la satisfaction de leurs doléances.

Gabriel Touré : L’ire des blouses blanches

Autre soucis en perspective pour le gouvernement ? Le préavis de grève de 48 heures (27 et 28 mars prochain) déposé, le 4 mars dernier, par  le  Comité syndical de l’hôpital Gabriel Touré. Ainsi, le tragique scenario de l’année 2017 où nos hôpitaux étaient devenus des mouroirs pour faute de médecins se dessine à nouveau si le gouvernement et les blouses blanches ne trouvent pas un terrain d’entente.

Selon le secrétaire général du Comité syndical de l’hôpital Gabriel Touré, Dr Loséni Bengaly, les doléances, portent  sur 13 points regroupés en trois axes prioritaires. Le premier axe porte, sur le respect des engagements pris par les gouvernants. « Il y’avait déjà des accords qui étaient en souffrance depuis très longtemps. Donc nous demandons leur application », explique Dr. Bengaly.

Quant au 2e volet, il concerne, l’instauration d’une bonne gouvernance hospitalière : l’assainissement, la transparente dans la gestion, la cessation des détournements de fonds, la fourniture d’équipements et  de matériels sanitaires facilitant le travail au personnel, ainsi que le paiement  de primes et de droits des agents de l’hôpital…

Le 3e axe ? Il  précise qu’il se porte sur l’amélioration des conditions d’accueil, de soins et d’hospitalisation.

Ce n’est pas tout, Gabriel Touré, faute de matériels devient un mouroir pour les patients. Ainsi, les blocs opératoires de l’hôpital sont fermés depuis plus d’une semaine à cause du manque de matériels indispensables pour les opérations chirurgicales.

Autre point chaud pour le régime, c’est cette manifestation programmée pour les 18 et 19 mars prochains, par des policiers. Ceux-ci donnent de la voix pour exiger l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. La Coordination des syndicats de la police réclame la satisfaction d’une série de revendications dont le paiement des perdiems de l’élection présidentielle ; le rappel de la prime globale alimentaire de la dernière promotion des élèves sous-officiers de la police ; le dédommagement des policiers victimes des événements de Kidal ; la dotation complète de tous les policiers en arme individuelle et en tenue. A défaut de la satisfaction à 100% des doléances, la Coordination des syndicats de la police nationale composée de : SPN-SYNTADE, SPN-CSTM, SYNAPOL, SNOP, et APN promet de tenir un sit-in le 18 mars prochain à 07h 00 devant la DGPN (Direction générale de la police nationale), et pour le 19 mars 2019, devant le ministère de la Sécurité et de la protection civile.

Le malaise social gagne du terrain…

Ça grogne  aussi au niveau de la Caisse malienne de sécurité sociale. Là, le syndicat, très remonté, a déposé un préavis de grève le 28 février 2019. Pourquoi ? Les syndicalistes dénoncent l’interférence de l’administration dans les affaires syndicales. Aussi, se plaignent-ils, de : « l’imposition du secrétaire général sortant, non moins chef de protocole de la directrice  de ladite administration comme représentant du personnel en violations des décisions de l’instance suprême qu’est le congrès ». Face à cette situation, la Coordination des comités syndicaux demande, dans son préavis, la cessation sans délai « des violations » de la liberté syndicale et le respect des décisions du SYNTADE. Très remontés, les syndicalistes sont allés jusqu’à demander le relèvement de la directrice générale de la Caisse malienne de sécurité sociale. « Nonobstant la prise en compte de ces observations, la coordination exige : le relèvement immédiat de madame la directrice générale pour la quiétude, la sérénité, l’enthousiasme et l’efficacité dans l’exécution de nos tâches quotidiennes qu’elle a largement contribuées à mettre en mal depuis avril 2018 », lit-on dans le préavis de grève.

Le syndicat avait observé une grève de 72 heures, le 6 mars dernier. En cas de non satisfaction, il projettera une autre grève de 120 heures à partir du 25 mars prochain.

Le malaise social s’étend aussi aux associations des personnes handicapées qui se sont vus sévèrement réprimé, le 11 mars dernier, alors qu’elles tentaient de manifester devant la primature pour réclamer leurs droits. Les raisons de leur manifestation, selon les personnes en situation de handicap, sont : le refus, depuis mars 2012, du gouvernement malien de respecter la loi permettant l’intégration spéciale des personnes handicapées à la fonction publique en compensation de la discrimination dont fait l’objet les personnes handicapées à l’ accès à l’emploi dans plusieurs domaines ;  le fait que le ministère de la Solidarité et de l’Action Humanitaire Hamadoun Konaté n’a respecté aucun de ses engagements ; le non-respect des engagements pris en juillet 2018 par le Premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga, afin de régler en une semaine les problèmes des personnes handicapées. Ainsi, ils projettent un autre sit-in, le lundi prochain, devant la primature.

Même colère perceptible du côté des retraités qui courent derrière le paiement de leurs pensions. Du jamais vu !

 Des cheminots décidés à mourir…

Malgré le décès de 07 d’entre eux, ces cheminots qui observent une grève de la faim depuis le mois de décembre 2018 comptent poursuive  leur mouvement.  Ils dénoncent «  l’inertie » des autorités face aux difficiles conditions de vie et de travail des cheminots qui n’ont pas perçu de salaire depuis  plusieurs mois. Aussi, les cheminots s’insurgent contre l’absence d’une vraie politique ferroviaire. Les travailleurs de Dakar-Bamako ferroviaire demandent l’organisation des assises sur le chemin de fer.

Au cours de la grève de la faim, 7 cheminots grévistes ont perdu la vie. Le dernier décès est survenu, le mardi 12 février dernier, à Kita, dans la région de Kayes.

La situation sociale traduit donc un  grand malaise,  un état de crise profond qui nécessite que le gouvernement  prenne  des mesures  qui tiennent en compte la grogne croissant.

Mémé Sanogo

 

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