Mahamadou S. Coulibaly, ancien ministre de la refondation de l’état : Mémorandum aux autorités de la transition

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L’ancien ministre de la Refondation de l’Etat du gouvernement de Moctar Ouane, Mamadou Salikènè Coulibaly a produit une réflexion intitulée « Devoir de Conseil », pour ceux qui poursuivent la mission.

 

Dans les 24 pages de ce document, Mahamadou Salikènè Coulibaly a fait un tour d’horizon sur la situation que subit la nation malienne. Il déplore le fait que l’Etat malien, affecté par une crise multidimensionnelle qu’il surnomme « métacrise », voit une bonne partie de son territoire hors de contrôle malgré la présence et l’action de troupes étrangères. « Le mal originel de l’Etat malien est de s’être accommodé des découpages administratifs légués, en les substituant à la matérialité indélébile des territoires antérieurs », dit-il.

Il propose une distinction des territoires autochtones, préexistants, et qui vivent toujours, des divisions territoriales nées des différents découpages administratifs, du régime colonial à nos jours. « Les premiers sont les collectivités territoriales authentiques et permanentes. Les seconds sont plutôt des circonscriptions administratives, donc les collectivités publiques décentralisées modulables. N’ayant pas perçu l’utilité de la reconnaissance des territoires anciens dans l’équilibre et la stabilité de la Nation, on a pensé que les régions administratives et leurs subdivisions suffisaient à administrer, réguler et mobiliser. Il n’en est rien. La preuve, les populations, des cadres y compris, continuent à se considérer comme ressortissants de l’Adrar, du Bélédugu, du Bwatun, etc.», souligne-t-il.

Les villages, tribus, cantons, provinces, antérieurs à l’Etat qui ne les créent pas doivent être reconnus comme entités juridiques. Même dans le cas des zones de recasement et de peuplement à son initiative, c’est la volonté communautaire qui prévaut sur l’acte administratif, explique-t-il. Toutefois, il reste convaincu qu’une réforme hardie relative au statut des collectivités et à la réhabilitation des légitimités est de toute évidence la voie indiquée pour ordonner correctement les choses, ériger des institutions stables et mettre le Mali définitivement à l’abri des graves errements dans la gestion publique.

En termes de légitimité, l’ancien ministre, en abordant les avantages de la réorganisation territoriale, estime que celles-ci permettront de mettre 90 % de la population dans le processus de la décision nationale. « Elles constituent les gardiennes de la cité, des valeurs et du bien collectif. Et les organes représentatifs où elles siègent, du vestibule local au projet de Grand Vestibule de la Nation , sont les lieux de suivis, de contrôle et de reddition des comptes de tous les services et prestataires de l’Etat commis à l’exécution d’ouvrages et d’autres projets à leur profit », analyse M. Coulibaly.

Les avantages de la réorganisation territoriale cités par M. Coulibaly sont nombreux. Il s’agit de la reterritorialisation permettant d’éradiquer le spectre suspendu de la partition du pays et de renforcer son unité, d’assurer la présence et l’autorité effective de l’Etat partout sur le territoire, de trouver un terrain de dialogue et d’entente avec nos concitoyens insurgés, de renforcer l’école et la rendre plus viable, plus école de la vie que du bureau, de sauvegarder le patrimoine en péril, l’environnement y compris.

« Les découpages administratifs engagés sont porteurs de gros risques pour l’unité et la cohésion sociale. Il faut impérativement revoir ce processus de fond en comble. La refondation de l’Etat a du sens. C’est la reterritorialisation qui en est l’essence », s’inquiète l’ancien ministre.

 

Oumou Fofana

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