Mawlid et rencontre mondiale des Soufis au Maroc : les pèlerins ont prié pour la paix au Mali

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Du 21 au 27 décembre 2015, s’est tenue à Madagh, dans le sud marocain, la 10ème rencontre mondiale des Soufis. Cette rencontre a eu lieu en marge de la célébration de la naissance du Prophète Mohammad (PSL), qui est le Mawlid. La rencontre de Madagh réunit chaque année les Soufis. Deux grands rendez-vous de la Qadiriya Bouchichiya dont les adeptes sont au Mali depuis des milliers d’années. 

Cette année, dans la délégation malienne, conduite par le Moukadam Zakaria Younoussa Maïga, il y avait le président du Haut conseil régional de Kayes, l’Imam Amadou Fofana ; le chercheur et Professeur d’arabe, Yacoub Doucouré ; Mahamane Haïdara, Boubèye Touré, Baber Tandina, Bakary Nimaga de Douentza. Sans oublier Mamadou Niang, l’Imam Komani Konta, Mariam Maïga, Lala Walet, Kounandi Sissoko, Diarra Mariam Traoré ; Bengaly Sissoko, Baba Moulaye Haïdara et Dena Parfait, Secrétaire général de la Fédération pour la paix universelle.

La délégation a pleinement participé à toutes les activités de la rencontre mondiale des soufis : les Zihara, la célébration de Al Mawlid qui était le clou des activités.  Le Professeur Yacoub Doucouré a fait une intervention en tant que conférencier, avant de gagner le prix de la meilleure poésie en arabe devant plus de 700 participants. Il a reçu son diplôme des mains de Jamel Al Qadiri Bouchichi, lors de la cérémonie de clôture de la 10ème  rencontre mondiale des Soufis.

La rencontre annuelle des sufis à Madagh est une initiative de la Qadiriya Bouchichiya qui prône le renouveau du soufisme. Les Zawiyas doivent jouer le rôle de juste milieu dans la transmission des valeurs de modération ; bannir tout extrémisme ou intégrisme religieux, tout en respectant les autres courants de la religion musulmane ; la création d’une Université pour l’apprentissage du Soufisme. Telles sont entre autres recommandations de cette 10ème rencontre mondiale des Soufis tenue au Maroc du 22 au 27 décembre 2015.

Cette rencontre (composée de 30 sessions) a été animée par des chercheurs, des théologiens, des docteurs, des professeurs et autres Imams. Autour des thèmes : «Le rôle des Zawiyas dans la transmission des valeurs de modération, de juste milieu et de beauté. Le Soufisme et la quête de sens». Elle a débuté le mardi 22 décembre 2015 à Madagh au Maroc. Plus de 30 mille participants composés de chercheurs, imams, érudits, universitaires, prêcheurs venus des 4 coins du monde prenaient à part à cette rencontre qui célèbre également la naissance du Prophète Mohamed (PSL). Le temps fort de ce regroupement a été la célébration de Mawlid ou la naissance du prophète Mohamed (PSL). Pour cette célébration de Mawlid et la rencontre mondiale des Soufis, plus de 300 mille personnes étaient à Madagh au Maroc ; 16000 agents de sécurité plus certains éléments de la gendarmerie royale ont été mobilisés pour encadrer les 300 milles participants.

La délégation malienne à Madagh a été reçue dès son arrivée, la même nuit, par le Shayk Sidi Hamza Bouchichi Qadiri. Lequel a demandé à tous les participants de prier pour le Mali. Lors de la célébration de Mawlid dans la grande Zawiya, des prières et bénédictions spéciales ont été dites pour le Mali. La délégation malienne a été très honorée par les Marocains pendant tout son séjour. Faut-il le rappeler, le Shayk Sidi Hamza, au moment de la crise malienne, avait donné des consignes que des prières soient dites pour le Mali. La Zawiya de Bamako a organisé une prière spéciale pendant toute la crise sur recommandation du Shaykh.

À la fin de la célébration de Mawlid Zakaria, Younoussa Maïga, Moukadam de la Zayiwa Qadiriya Bouchichiya du Mali, chef de la délégation malienne, s’est réjoui de la participation malienne. Pour lui, le Mali a été à la hauteur avec le professeur et chercheur en arabe, Yacoub Doucouré, qui a enlevé le premier prix de la poésie en arabe. En plus, la délégation a pu distinguer le Shayk Sidi Hamza Bouchichi, guide spirituel de la Qadiriya Bouchichiya, Jamel Al Qadiri et Moulaye Mounir Al Qadiri, tous ambassadeurs de paix universelle. Le Mali prépare déjà le Mawlid 2016 à Madagh tout comme la 11ème rencontre mondiale des Soufis.
Kassim TRAORE

Envoyé spécial

Imam Amadou Fofana, président du Haut conseil islamique de Kayes :

 

«Le Mawlid à Madagh, c’est comme le pèlerinage à la Mecque»

«Nous sommes venus au Maroc grâce à la religion musulmane. Cette religion a de multiples tendances ou courants. Dans ces multiples tendances, chacun prie et adore Dieu à sa manière. Tout le monde le fait en fonction de sa compréhension de notre religion. Dieu a fait que nous, nous sommes de la tendance Qadiriya, c’est ce qui nous a conduits au Maroc. Nous sommes venus au Maroc dans une ville bénie, la ville s’appelle Madagh, qui se trouve à Barkhane, une région dans le nord du Maroc. Nous rendons grâce à Allah qui nous a permis de venir voir notre grand Shaykh, notre Wassila, qui montre le droit chemin vers Dieu. Depuis que nous avons quitté le Mali, nous n’avons rencontré aucune difficulté de Bamako à Casa, et de Casa à Madagh. Nous avons été bien accueillis, hébergés. Et on mangeait très bien. Nous sommes venus voir le grand Shaykh Sidi Hamza  Ibn Habass, c’est un fakir, un grand Monsieur, un Walidou. Il suffit de le voir pour s’en rendre compte. Ce qui est merveilleux dans tout cela, c’est que les gens sont venus de partout du monde. Il n’y a pas un coin dans le monde qui n’avait pas au moins un représentant ici. C’est comme le pèlerinage à la Mecque où tout le monde se rencontre. Il y a tous les pays africains, l’Europe, les USA, la Chine, le Japon, l’Australie, l’Océanie. Même les Indiens sont venus. Nous avons fait ensemble plusieurs activités, dont la 10ème rencontre mondiale du Soufisme. Nous-mêmes, nous avons fait des interventions sur le Mawlid. Nous avons également dit aux gens ce qu’ils doivent faire pour bien pratiquer la religion musulmane, l’adoration du Tout-Puissant. Nous avons eu d’intenses échanges ; nous avons rencontré le Shaykh Sidi Hamza. En le rencontrant, on dirait qu’on se connaissait il y a des années. La familiarité, la convivialité, l’aisance dans les propos et le bon accueil chez lui m’ont beaucoup marqué pendant tout notre séjour. Nous avons passé une très bonne fête de Mawlid. Maintenant, nous devons retenir qu’il y a un Walidou dans cette ville de Madagh, au Maroc, qui est Shaykh Sidi Hamza Ibn Habass. Je crois en Dieu, je croyais en Dieu, mais je me dis qu’il y a toujours des hommes sur terre que Dieu écoute ; des Walidou sont encore sur terre. La rencontre des Soufis a été un véritable moment de rencontre avec des Docteur, universitaires, chercheurs, imams, et grands érudits de ce monde, des grands connaisseurs de la religion musulmane. Nous avons eu tous les cas possibles d’école. Tout ce monde ne peut pas se réunir sur du faux, le mensonge, ou encore pour raconter leur vie. Ils ont parlé de Dieu, du Prophète (PSL), de long en large, afin que le public puisse en tirer profit.  Mais ce n’est pas non plus un public analphabète, mais connaisseur. Un autre fait marquant en dehors de la célébration de Mawlid, qui est unique, c’est le fait que Madagh ouvre ses portes à tout le monde, sans exclusion de religion. C’est quelque chose qui est rare dans nos rencontres. Nous sommes obligés de faire une bonne restitution de ce voyage. Nous ne sommes pas nouveaux dans la pratique de la Qadiriya, mais nous sommes venus nous raffermir davantage. À notre retour, nous allons dire aux gens que ce nous venons de faire ici, c’est le droit chemin, sans démagogie, sans mensonge. Si on aime Dieu, si on a quelqu’un qui peut nous conduire vers Lui, je ne pense que c’est une chance. La moisson a été bonne, nous allons partager les avantages avec tout le monde au retour. Nous allons aider les gens en leur disant qu’il y a la Vérité ! Ça, c’est le chemin de la Qadiriya. Que Dieu nous aide tous».

Bakary Nimaga de la Zawiya Qadiriya de Douentza :

«Personne n’aura le paradis sur terre, mais il faut suivre les Shaykh…»

«Je suis transporteur, chef d’escale de Bani Transport à Douentza, et je suis de la Qadiriya. Nous sommes venus à Madagh pour célébrer la naissance du Prophète Mohammad (PSL). Madagh est distant de la capitale marocaine de plus de 800 Km. Je ne suis pas à mon premier séjour à Madagh, pour la célébration de Mawlid. Mais j’avoue qu’il fait très froid ici. C’est pourquoi nous avons pris des dispositions nécessaires pour y faire face. Quand nous sommes arrivés, la première chose qu’on a constatée, c’est l’accueil, il était chaleureux. On sent la paix, l’entente, l’amour. Sinon comment comprendre que c’est un rendez-vous pour lequel les gens viennent du monde entier, mais personne ne se sent mal à l’aise. Les repas, les toilettes, les rencontres, les lieux de culte, tout est parfait. Il y a une harmonie parfaite entre tous les participants, plus de 300 mille personnes. Les gens viennent et passent des jours ensemble dans la parfaite harmonie, dans les prières, bénédictions, recueillements sur les tombes ce qu’on appelle la Zihara. Des retraites de prières et bénédictions dans la nature où tout le monde dit Lahilala.  Pour ce qui est de la célébration de Mawlid, nous nous sommes retrouvés dans la grande salle, la grande plus grande, avec le Shaykh Sidi Hamza. Malgré son âge, il était présent. Il est venu pour que les gens puissent le voir. Voir  quelqu’un comme le Shaykh Sidi Hamza, c’est très important. La célébration de Mawlid n’est pas comprise par certains qui disent qu’on ne doit pas la fêter. Mais fêter Mawlid a un sens, ça n’a pas commencé par nous. Bien avant la naissance du Prophète (PSL), on a fêté sa naissance. Cette fête a beaucoup d’importance, beaucoup d’avantages. Ça nous permet  de célébrer l’unicité de Dieu, de reconnaître un Seul Maître du monde. On ne peut avoir accès à Dieu sans passer par le Prophète (PSL). Aujourd’hui, il y a des chefs spirituels qui continuent ce travail. Dans  chaque activité humaine, il y a un chef et des subalternes. Les gens doivent accepter cela. Le travail des Shaykh, c’est de montrer le droit chemin, le chemin vers Dieu, aux fidèles musulmans. On doit aussi respecter les Shaykh qui sont nos chefs. Personne n’aura le paradis sur terre. Mais il faut suivre les Shaykh qui sont sur la trace du Prophète (PSL), pour avoir le Paradis».

Boubèye Touré, directeur régional d’EDM à Kayes, disciple de Sidi Hamza :

«Il n y a aucun extrémisme,  toutes les  extrémismes sont bannis dans cette voie»

«Je suis disciple de Sidi Hamza depuis plus de 30 ans. En réalité, ce que nous pouvons dire simplement de cette voie, c’est une voie de paix, une voix d’humilité et surtout une voie d’action. Alhamdouliha, les actions sont très différentes de la parole. Nous sommes nés musulmans, nous avons trouvé la religion musulmane dans nos familles, nous pratiquons la religion musulmane, mais quand nous étions arrivés à la voie, c’est autre éducation que nous avons reçue. C’est dans cette voie que nous avons appris que nous avons vécu que les musulmans sont des frères. Quand nous venions au Maroc, on s’embrassait ; les Marocains se mettaient à notre disposition comme s’ils nous connaissaient il y a très longtemps. Il n’y a pas de problème d’âge, il n’y a pas de vieux, il n’y a pas de jeunes. Il n’y a pas de différence, il n’y a aucun écart entre les gens, tout le monde est frères. Quand nous n’étions pas encore dans cette voie, on savait les mauvais comportements qu’on avait. Aujourd’hui, Alhamdoulilahi, tout le monde nous apprécie. Tout le monde se rapproche de nous et nous pose beaucoup de questions. Dans la voie, l’essentiel, c’est d’écouter et de pratiquer. Nous avons pratiqué des invocations et ce sont ces invocations qui nous ont transformés petit à petit, jusqu’à là où on est, ou pratiquement des modèles religieux pour les gens. La voie et ses effets se rapportent à tous les niveaux. Dans nos entreprises (EDM), je suis connu pour ma pratique de la religion. Je ne me mêle de quoi que se soit jusqu’au niveau de la direction générale. Les gens me consultent pour les médiations. Quand on est dans les regroupements, c’est moi qu’on nomme chef de village. Quand je suis dans les directions régionales, c’est moi le représentant des directions régionales. La direction me consulte pour beaucoup de choses. Dans ma famille, mes frères, mes sœurs, tout le monde les connaît, je les ai transformés. Au niveau de ma communauté, les Touré, on me nomme comme responsable. En fait, la voie assagit tout simplement. Aujourd’hui, le monde entier a besoin de la voie. Ce que nous avons connu, ce que nous connaissons aujourd’hui, comme perturbation, en réalité, n’a aucune solution, si ce n’est pas passé par l’éducation de ce grand maître. Que Dieu nous a mis à notre disposition. Pour le monde entier, Sidi Hamza est un éducateur parfait. Il nous a appris, à aimer tout le monde, toutes les créatures. Il disait que les créatures, toutes les choses sont bien créées et toutes les choses sont à leur place. En réalité, les défauts que nous lisons sur les choses ne sont pas sur les choses, mais existent en nous. Si ces défauts n’existaient pas en nous, on n’allait jamais les lire sur les choses. Dieu a parfaitement créé toutes les choses. La rencontre de Mawlid que nous avons vécue est sans commentaire. Nous avons passé des moments agréables comme d’habitude avec tous nos frères venus du monde entier. Il y avait toutes les communautés qui étaient représentées : les musulmans, les chrétiens, les non musulmans, tout simplement les humains. Avant qu’on ait une religion, on a été l’espèce la plus privilégiée. L’Homme, c’est la seule créature qu’Allah a créée par ses propres mains. Sinon toutes les choses ont été créées par Dieu, il l’a dit. Quand il a besoin de faire une créature, il le dit en ça se réaliser. L’homme, l’être humain seul, a bénéficié de cet avantage. Et Dieu lui a confié la nature. Avec Sidi Hamza, on a appris cette leçon, on l’a pratiquée et on continue à l’appliquer. Nous prions pour le monde entier, qu’il découvre ce que nous avons découvert, la chose dans laquelle nous sommes utiles à notre société. Nous sommes utiles à nous-mêmes et nous sommes utiles à au-delà,  nous sommes utiles à notre environnement. En réalité, la voie, tout le monde en a besoin. Je n’ai pas vu quelqu’un qui a fait 5 ans ou 6 ans dans la voie, qui continue à fumer, et qui continue à s’accrocher à un excitant, qui détruit son organisme. En réalité, c’est une voie aussi de détachement, c’est une voie de juste milieu. Il n’y a aucun extrémisme ;  tous les  extrémismes sont bannis dans cette voie. C’est ce que je peux vous dire, ce qui nous a été enseigné par le grand maître, le Shaykh Sidi Hamza».
Baber Tandina, l’un des premiers disciples de Sidi Hamza :

«Personne n’est supérieur au plan spirituel à un autre»
«Cette rencontre a été une satisfaction pour tous. Nous avons vu Moulaye Moumir Al Kadiri Bouchichi faire une très bonne introduction de la rencontre mondiale des Soufis, qui était à sa 10ème édition cette année. Dans son brillant exposé, il a mis l’accent sur l’importance de fêter la naissance du Prophète Mohammed (PSL), et le rôle que peuvent jouer les Soufis dans l’éducation du citoyen. Il a même parlé de l’importance que peut jouer le soufisme dans l’écologie. C’est dans ce cadre qu’il a parlé de la COP22 qui doit se tenir à Marrakech, en 2016, où la Qadiriya Bouchicha fera une intervention, pour montrer le rôle que peut jouer le soufi dans l’amélioration de l’environnement et de la qualité de la vie. Il dit aussi que les efforts qu’ils sont en train de faire, en tant que petit-fils du Prophète (PSL), ne veulent pas dire qu’ils ont un agenda particulier. Ils n’ont aucun agenda. Leur mission, c’est de servir l’humanité, tous les peuples. Surtout les peuples épris de paix et de liberté. Il a bien expliqué que personne n’est supérieur au plan spirituel à un autre, alors que ça, c’est le comportement des extrémistes. Il ne faut pas être extrémiste ; il faut aimer tout le monde, parce que nous sommes tous des créatures de Dieu. C’est ce qui a touché tous les participants à la 10ème rencontre mondiale des Soufis, même si le temps ou le moment le plus important était la célébration de Mawlid.»

 

Mahamane Haïdara Chérif, participant : «Je peux dire que c’est ça l’islam authentique»

«Il y a une satisfaction réellement morale. Je commence par remercier tout le monde, merci au Shaykh Zakaria Younoussa Maïga, le Muqaddem du Mali, très humble, qui nous a toujours commenté le Maroc. Et tout ce qu’on a vu reflète ce qu’il nous a dit. Je le remercie très sincèrement parce que c’est un homme que j’ai eu à découvrir. Ce n’est pas du tout un regret. Il faut le saluer et saluer toutes les bonnes volontés qui sont là aujourd’hui, pour la célébration de la fête de Mawlid. Je crois qu’à travers tout ce qui a été dit, je n’ai vécu que de l’amour, le respect d’autrui. Je n’ai vécu qu’une entente, une harmonie parfaite avec tous les musulmans qui sont de tous les bords ici. Je souhaite que chaque année, on puisse vivre le même événement, avec la même vigueur. L’image que je garde de cette rencontre, de ce voyage, de cette grande célébration de Mawlid, elle est grandiose. En réalité, ce que je peux dire, c’est ça l’islam authentique. Il y a un islam authentique qui fait que quelque part les gens se retrouvent. C’est la communion. Il y a un vivre ensemble très intéressant qui n’existe nulle part.  Ça rend grand, c’est un apprentissage. Pour ceux qui ne sont pas habitués à ce genre de chose, c’est un apprentissage. Je pense que le Maroc est un véritable cas d’école.»

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Mamadou Niang, l’un des disciples de Sidi Hamza : «C’est une voie qui est fondée uniquement sur la recherche de Dieu»

«Je remercie Dieu de nous avoir conduit les pas jusque dans cette Zawiya près du Shaykh Sidi Hamza. Je suis un ancien de la Tarika depuis les années 1970. En tant qu’étudiant à l’institut national de statistiques de Rabat, j’ai fait la connaissance du Shaykh. Dieu merci depuis ce temps, j’ai eu la chance de faire mes études, à fréquenter la voie. Après j’ai continué les études universitaires à l’extérieur, en France et aux Etats Unis. Mais j’ai toujours fréquenté la Zawiya. Chaque année, selon ma disponibilité, selon mes moyens, je viens voir le Shaykh ; je viens participer aux festivités de Mawlid, et même souvent pour fêter l’Aïd El Fitr. Au moins deux fois dans l’année, je viens à Madagh. On remercie Dieu de nous avoir mis dans cette voie parce que c’est une voie qui est fondé uniquement sur la recherche de Dieu. Il faut connaître son créateur. Dieu nous a créés uniquement pour la prière, pour le suivre, pour sa connaissance. Cette voie n’est que ça, c’est une voie Mohammadienne. C’est une voie du Prophète Mohammad (PSL). C’est pour cela que je me suis attaché à la recherche spirituelle dans cette voie, dans laquelle on a une éducation. Une éducation spirituelle qui permet d’abord d’acquérir les caractères nobles souhaités. Parmi ces bons caractères nobles, il y a la crainte d’Allah, il faut craindre Allah, comme on le dit. Si tu cherches un compagnon, un ami, cherche celui qui craint Dieu. En ce moment tu as fait un bon choix pour l’amitié. C’est pourquoi je suis toujours à l’aise, quand je viens ici à Madagh, pour rencontrer le Shaykh, pour rencontrer Sidi Jamal son fils, pour rencontrer Sidi Mounir, son petit-fils, et pour vivre auprès des autres frères des autres fokara. Les fokara, ce sont les adeptes de la Tarika. Ils viennent du monde entier. La France, malgré la crise, a envoyé une vingtaine. L’Asie, les Etats-Unis, le Canada, les fokara viennent de partout. L’Afrique noire,  n’en parlons pas. Les pays limitrophes aussi, la Libye, l’Algérie, la Tunisie, même l’Egypte et des pays du Golf, c’est pour montrer la véracité que cette voie elle est universelle. Elle regroupe des hommes sincères qui veulent trouver Dieu. Depuis des années, nous vivons et respirons ce que vous venez de vivre comme ça. Pour la petite histoire en 2010, je suis venu dans le même vol que certains participants du Niger. C’est un vol de la RAM qui faisait Niamey-Bamako, Bamako-Casa. Ces Nigériens venaient pour la première fois rencontrer le Shaykh, dans l’avion chacun disait oui, nous avons vu beaucoup de Shaykh, on va seulement augmenter l’expérience dans les rencontres des Shaykh, sinon vraiment rien ne peut nous impressionner dans la rencontre d’un Shaykh. Ça causait, dans l’avion. Dieu merci, quand ils sont arrivés ici à Madagh, la première rencontre avec le Shaykh, le plus âgé, qui était un ancien député des années 1960 au Niger. Quand il a vu le Shaykh, il a compris que son cœur a capté une lumière, qu’il l’a mise à pleurer. Toute la nuit, il n’arrivait pas à se dessaisir de l’image qu’il avait reçue. Il a fait trois jours avec nous, il refusait de manger, parce que pour lui à son âge, quelqu’un qui a 80 ans a perdu tout son temps, il se disait si je savais. Je devais commencer par Sidi Hamza et c’était que je devais me limiter à lui. C’est pour dire ce caractère d’attraction universelle que ce Shaykh a en lui. C’est un seul cas que je vous cite, sinon j’en connais des centaines. Il y a des gens qui sont venus ici, qui ont défilé, ils ont eu la même impression. Se dirige vers Shaykh Sidi Hamza ce qu’il a choisi pour l’accompagnage pour qu’ils soient des musulmans avec des valeurs musulmanes. L’islam, c’est la paix, l’amour, c’est l’accompagnage, la modestie, c’est ce que Sidi Hamza enseigne. L’immunité, parce que dans l’islam il n’y a jamais de violence. Le jihad commence par soi-même, tue en soi ce qui vous rend violent, tue en soi ce qui vous dévie de la concentration vers Dieu, c’est ça l’islam. Comme le dit un adage : «avant de tuer quelqu’un il faut tuer en soi d’abord ce qui te rend négatif» ; c’est ce que tout le monde ne peut pas faire. Il est plus facile de s’adresser à quelqu’un, de l’accuser, de le tuer, mais il est plus difficile de tuer en soi ce qui te rend négatif. Si l’humanité est éduquée en fonction de ce que nous voyons ici, il n’y aurait jamais de violence sur cette terre ; l’amour va être plus développé que la haine, l’être humain est à respecter. L’être humain est à aimer, parce que c’est Dieu qui l’a créé de sa main, c’est ce qui a fait de l’homme l’être le plus valeureux sur cette terre. C’est pourquoi ça ne mérite pas d’être détruit ; l’être humain ne mérite jamais d’être marginalisé. Vous avez que ce sont des centaines de milliers de personnes qui se rencontrent ici, comment entre eux ils s’embrassent, comment entre eux ils se rendent service, ils s’aiment. Ce sont les mêmes valeurs qui continuent entre eux partout où ils seront, que ça soit dans les lieux de travail, dans la vie sociale, dans la vie familiale, que ça soit dans les cercles d’amis. C’est ce même comportement qui est demandé  aux musulmans, aux croyants ; le même avec les valeurs morales qui sont souhaitées. Donc c’est pour  dire qu’on ne peut pas être  musulman sans avoir un éducateur, et cet éducateur est choisi par Dieu lui-même, pour continuer l’éducation que le prophète Mohammad (PSL) nous a léguée. Il faut avoir un éducateur, pour continuer à cultiver les valeurs d’amour, de crainte d’Allah, des valeurs de respect des autres, des valeurs exemplaires. Si vous ne recevez pas cette éducation, c’est difficile, parce que quand l’homme se remplit d’Allah, le Satan aussi, qui est à côté lui, veut avoir sa part. C’est pourquoi ceux qui disent qu’ils peuvent faire leur éducation spirituelle dans les autres, ils se trompent. Ce n’est pas dans le discours, c’est dans le vécu. S’ils font leur examen de conscience comme le dit Sidi Mounir, ils trouveront que leur acheminement est bloqué par leur propre comportement, parce que ça ne sert à rien de regarder le côté négatif des autres. En oubliant que vous-même vous avez un côté négatif que vous n’arrivez pas à maîtriser. Voilà résumé l’éducation spirituelle de Sidi Hamza.»
Zakaria Younoussa Maïga, représentant de la voie Qadiriya Bouchicha au Mali :

«Il y a au Maroc, un maître vivant, un simple homme, qui est la solution de l’humanité»

«La voie Qadiriya Bouchicha est une voie islamique soufi, la Qadiriya. Dans notre pays, on peut dire que la Qadiriya est l’une des voies de l’islam, qui ont emmené l’islam en Afrique. Je peux dire même dans le monde entier, c’est une voie de paix et d’amour, d’entraide et de générosité. C’est pourquoi moi, je suis très satisfait pour tous les participants qui sont là, qui ont vécu de l’amour, du respect de l’autre, pendant ces 3 ou 4 jours. Je suis aussi satisfait d’être venu avec des compatriotes, des Maliens, qui viennent pour la première fois. Pour voir l’islam que leurs ancêtres, leur grand-père ont vécu chez nous. L’islam était comme ça : l’amour, le respect, l’entraide qui ont maintenant tendance à disparaître. L’humanité maintenant, on voit que c’est l’obscurité qui règne, la déchirure, parce que tout simplement, on a oublié l’amour : s’aimer. Tout le monde court derrière le matériel, le pouvoir. On ne fait plus attention au plus petit, c’est l’argent qui est la référence ; c’est le matériel,  alors que l’amour est plus grand que tout ça. C’est ce que notre Prophète (PSL) nous a enseigné : l’amour, aimer les autres. Je suis vraiment satisfait d’être venu avec une équipe, choisie miraculeusement par Dieu, qui pourra à leur retour dans notre pays, montrer chacun dans sa famille, dans ses relations. J’ai vécu quelque chose au Maroc dans la Zawiya Qadiriya Bouchicha, qui s’appelle l’amour.  Je souhaite et demande à Dieu de donner la possibilité à tout le monde d’avoir la chance de venir vivre cet événement, cet amour dont l’humanité a vraiment besoin. Et qui est la solution à tous les problèmes de nos familles, des pays, parce que Dieu, c’est l’amour, et c’est par amour qu’il a créé le monde pour se faire connaître. Si cet amour disparaît, le monde doit disparaître. Si tout le monde comprend ça, tout le monde doit se ressaisir par la grâce d’Allah et aimer l’autre. Nous, nous vivons ça chaque année depuis 40 ans. On demande à nos frères qui sont venus, surtout ceux qui ont le secret de la communication, de dire ça à nos frères, pour que tout le monde comprenne qu’il y a quelque chose ici au Maroc. Un maître vivant, un simple homme, qui est la solution de l’humanité. Je rends grâce à Allah, je prie pour notre pays, un pays qui n’est pas riche ; le Mali n’est pas un pays riche, mais notre richesse, c’est lé générosité, c’est l’amour. Que tous les Maliens sachent ça et qu’on se ressaisisse pour venir à ça ! Et de travailler, parce que les Maliens, on n’a maintenant oublié le travail. Tout le monde veut avoir de l’argent sans fournir d’efforts ; tout le monde doit se mettre au travail. Ici, c’est un lieu béni, nous avons profité pour prier pour notre pays, le Mali. Les autres participants ont fait des prières et des bénédictions pour le Mali pendant la crise. Et, cette année, ce qui a été fait, vous l’avez assisté. C’est le monde entier qui est ici, et c’est le monde entier qui a prié pour le Mali à la demande du Shaykh. Ce n’est pas petit ! Nous disons qu’Allah fasse que le Mali trouve sa grandeur d’avant, qui est le respect de l’autre, l’amour, le partage, qui est la générosité, surtout le travail et l’honnêteté. Je remercie tous ceux qui sont venus, parce que quand on leur a dit de venir, ce n’était pas évident. Pace que c’est trop long, il fait froid, mais on les remercie de nous avoir crus. De nous avoir suivis. Je suis très satisfait de toute l’équipe. Tout le Mali est là : on a des maîtres, des chercheurs, imams, journalistes, des jeunes et femmes, et toutes les ethnies du Mali sont là, c’est un choix divin. Le Mali est pluriel, un et indivisible, qu’Allah emmène la paix dans notre pays, l’amour, le travail et surtout l’entraide. Nous prions pour les autorités maliennes, nous prions pour le président et son équipe, on demande à Allah de les soutenir afin qu’ils puissent sortir ce pays de ce gouffre. Je prie pour tous les Maliens, que le monde ait l’amour de ce pays, se réveille pour donner à notre pays l’image que nos ancêtres ont toujours donnée. Je pense à Soundjata Keïta, Kankou Moussa, Askia Mohamed, Samory, qui ont fait la grandeur de ce pays. Qu’Allah nous aide, qu’Allah nous aide, qu’Allah nous aide encore !»

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Yacoub Doucouré lauréat du prix mondial  de la meilleure poésie :

«Je demande à tout le monde, partout où il se trouve, de défendre notre pays»

Le Professeur Yacoub Doucouré a fait une intervention en tant que conférencier, avant de remporter le Prix de la meilleure poésie en arabe devant plus de 700 participants. Il a reçu son diplôme des mains de Jamel Al Qadiri Bouchichi, lors de la cérémonie de clôture de la 10ème  rencontre mondiale des Soufis. Nous avons eu un entretien lui.

10ème rencontre mondiale des Soufis, célébration de Mawlid au Maroc, les activités ont pris fin. Quelles sont vos impressions ?

Yacoud Doucouré : Ce qu’on peut dire, après ces activités, elles représentent quelques  grandes importances. La première est le fait que le Soufisme  traduit ce qu’on souhaite aujourd’hui dans le monde. Je veux dire la recherche de la paix, la fin des guerres sanglantes, les effusions de sang à ne pas finir dans le monde, la fin de la mésentente et des conflits dans le monde. Tout ce que nous voyons dans la religion musulmane, la mauvaise utilisation de la religion musulmane, même dans d’autres religions, la seule chose ou pratique religieuse qui peut mettre un terme à tout cela, c’est le retour au soufisme. Quand je dis le soufisme, je parle du vrai soufisme «Haqiqa». Le soufisme bien tamisé, sans saleté, la recherche de Dieu, ne pas parler de soi-même. Quand vous parlez de vous-même là dedans, ça sera deux. Dieu n’aime pas cela. Dieu est contre la dualité, religieusement parlant. Ce que vous pouvez avoir là dedans, en adorant Dieu, ce qu’il vous donne, c’est ça votre part. En adorant un seul Dieu, sans ajouter autre chose, ce que vous gagneriez dans cela, c’est pour vous. Le contraire n’est pas une bonne chose, faisant l’adoration de Dieu en pensant à vous-même, vos intérêts, la belle vie, le bonheur sur terre, ce n’est pas l’adoration de Dieu. Ce n’est pas le vrai soufisme, parce que le vrai soufisme ne demande pas les bonheurs du monde, les places, les postes et les avantages sur terre. Non, ce n’est pas le vrai soufisme «Haqiqa». Le vrai Soufi ne parle jamais de lui-même, ne demande jamais les grandes fonctions, les bonheurs et avantages du monde. Non, jamais de la vie ! Il parle de Dieu et de Dieu seul, pas plus, pas moins. C’est ce que nous avons vu ici. Tous les intervenants, personne n’a parlé de lui-même ; aucun conférencier, tout le monde dit Dieu, Dieu, et Dieu. Après Dieu, on nous parle du Prophète Mohammad (PSL), cela pour nous permettre d’avoir accès à Dieu. On ne peut rien sans le Prophète (PSL), c’est pour cela aussi que les Shyahk entrent dans la danse, parce qu’ils nous conduisent vers le Prophète (PSL) et vers Dieu. C’est ça leur rôle. Mais actuellement, ceux qui appellent les gens vers eux-mêmes, en tant que Shaykh, c’est ce qui a tout gâté. Le vrai Soufisme est fait pour Dieu seulement ; ce qu’on appelle Ahadia, koulhou Allahou, et on dit Lahilahalila, nuit et jour. Ça veut dire que tout ce qu’on fait dans le Soufisme, est dédié à Dieu. C’est ça la voie du Prophète (PSL) lui-même. Il y a des milliers de hadiths et témoignages qui illustrent cela. Juste vous dire que nous avons vu le Soufisme tamisé, propre et clair.

On peut dire que tout parfait ici ; le Soufisme propre est ici ?
Oui, nous l’avons vu et vécu. Mais chaque œuvre humaine est imparfaite, nous sommes des humains. Dieu même a fait le monde ainsi, rien sur cette terre n’est parfait à 100%. Ce sont les paroles du Prophète (PSL) aussi. L’être humain fait beaucoup d’erreurs, il est fait comme ça. Les erreurs sont pareilles chez nous tous, nous commettons des erreurs comme vous, les adeptes, disciples, les Shaykh font des erreurs comme ces disciples. Seul Dieu est parfait. Pourquoi nous faisons des erreurs, c’est pour montrer que nous sommes des esclaves de Dieu ; nous sommes sales ; nous commettons des péchés à longueur de journée. Seul  Dieu est propre, il est vérité, il est le Tout-Puissant, Lahilahila. Après Dieu, nous venons au Prophète (PSL). Sur le plan de la religion, il ne se trompe pas, mais quand on sort du cadre de la religion, pour parler d’autres choses, il y a des choses à dire. Mais il n’est pas comparable à nous autres.
Qu’est-ce que vous recommandez après les activités ?

L’entente, la paix et l’amour que nous avons vu sur place, ici. Si on parvient à faire ça, chez nous au Mali, et même partout dans le monde, le thème central, c’était le juste milieu. Le juste milieu veut dire être au milieu, c’est-à-dire de ne pas aller vers les radicaux ; il ne faut pas non plus suivre ceux  qui négligent trop la religion ; il faut rester au milieu. Ne pas aller du côté des radicaux, ne pas ajouter aussi ce qui n’est pas l’islam, c’est ce qui s’appelle «Wassakiya». On a vu ça aussi avec le Prophète. Je souhaite que nous parvenions à faire la même chose chez nous. Voir toute chose en bien, en beau. Voir la beauté de Dieu sur les choses. Il y a des choses que nous voyons, qu’on croit être vilaines, ce n’est pas vrai. Ce qu’on qualifie de vilain, c’est une beauté chez Dieu. La  vilenie a un sens chez Dieu, que nous ignorons ici-bas.  En résumé, on peut dire que la justesse, la beauté et le juste milieu ont dominé nos débats. Ce sont ces choses qui manquent à l’islam chez nous. C’est pourquoi les choses ne sont pas faciles.

Vous avez été premier en poésie arabe basée sur les concepts du Soufisme, dans la catégorie des grands chercheurs (700 chercheurs venus du monde). C’est un honneur ?

Je suis content pour le prix, mais ce n’est pas mon prix, c’est le prix du Mali. Parce qu’on a dit que c’est un chercheur qui est venu du Mali. Si on a eu ce prix mondial, qu’on appelle Alamou, ce n’est pas le prix d’un seul pays, mais du monde entier. Si cela a été donné au nom du Mali, c’est un honneur et une fierté pour mon pays, le Mali. Ma poésie a été primée devant les grands Shaykh, chercheurs, docteurs et autres imams du monde, et dire que c’est le travail d’un Malien ! Je demande à tout le monde, partout où il se trouve, de défendre notre pays. Qu’on défende l’islam partout ! Je vous remercie.

Kassim TRAORE

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