Editorial – Entre comparaisons et parallèles

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Le hasard du calendrier a voulu que les élections maliennes se déroulent dans la foulée des élections sénégalaises et presque dans le même temps que celles de la France. Ce qui pousse souvent les observateurs, même de façon involontaire ou inconsciente à dresser des parallèles entre ce qui se passe sous nos cieux et ce qui se déroule ailleurs. Avec ses 71% obtenu lors du Takokélen, ATT a repoussé très loin les limites de la victoire au premier tour de Me Abdoulaye Wade du Sénégal qui n’a pas pu faire mieux que 55%. Cette première comparaison réussie, quoi que, certains observateurs s’étaient mis dans la tête que puisque

ATT a fait comme Wade, son opposition c’est-à-dire le FDR ne peut faire que comme l’opposition de Wade. Ainsi ils se mettaient à rêver à haute voix de voir l’opposition boycotter les élections législatives. Mais malheureusement, rien ne se passe comme ils l’ont souhaité. Non seulement le FDR a reconnu la victoire de ATT mais il a annoncé sa volonté de participer aux législatives convaincu que la lutte est loin d’être terminée.

Nos observateurs qui ne manquent jamais d’idées ont tenté également des parallèles entre ce qui se passe en France et ce qui pourrait se passer ici. Dès sa victoire proclamée, Nicolas Sarkozy s’est embarqué dans des manœuvres avec pour conséquence évidente l’instauration d’une véritable confusion sur la scène politique française. Débauchant à tour de bras et dans presque tous les partis au nom de l’ouverture, il a pris le risque de mécontenter jusqu’à ses fidèles qui lui ont ouvertement demandé d’ouvrir jusqu’aux Sarkozystes. Preuve que le nouveau président français ne déroute pas seulement que ses adversaires. Ici chez nous, nombreux sont ceux qui pensent que ATT, avant même que d’annoncer son besoin de tout le monde, n’a pas le choix que d’ouvrir le champ au-delà de ceux nombreux et multiples qui l’ont soutenu et qui attendent forcément un retour sur l’investissement. Convaincus que ATT ne peut pas gérer le pays avec une opposition politique cinq ans durant, ils estiment qu’au risque de froisser l’ego de ses amis, ATT ira vers ceux qui sont dans le FDR. Il y en a par contre qui pensent qu’il pourrait faire exactement comme Sarkozy : aller à la chasse de ceux qu’il estime compétents, où qu’ils se trouvent, et cela par dessus la tête des partis politiques.

D’ores et déjà on peut affirmer que la confection des listes pour les élections législatives lui fournit une photocopie assez nette de la réalité politique malienne. La bipolarisation qui s’est opérée lors de l’élection présidentielle a volé en éclats au contact des contingences locales.

Ainsi on se retrouve avec des listes mixées et mélangées à souhait on y trouve tout le monde. Malgré les consignes des états majors politiques interdisant des alliances hors des limites des regroupements, on voit des listes où tout le monde est avec tout le monde : FDR, ADP, Mouvement citoyen, Société civile etc. Preuve que les clivages qui auraient dû se conforter au sortir de la présidentielle pour mieux asseoir les bases d’une véritable clarification politique n’ont pas tenu. A tel point qu’il est difficile pour ATT, comme pour n’importe quel citoyen de reconnaître les siens. Dans ces conditions le Président de la République peut-il faire comme son homologue français en ce qui concerne la nomination d’un Premier ministre dont la mission première est de conduire la campagne des législatives avec comme objectif principal obtenir une majorité parlementaire ? Ce serait difficile dans la mesure où les lignes ont bougé.

Peut-être même que cette situation favorise les plans de ATT qui ne souhaite pas qu’on lui fasse ombrage et qui ne veut rien devoir à personne. Par contre, ce qu’il pourrait faire en tirant les leçons de ce qui se passe en France, c’est de faire en sorte qu’on ait un gouvernement restreint. En France, Sarkozy a monté un gouvernement de 15 ministres, de quatre Secrétaires d’Etat et d’un Haut commissaire. Quand on sait que la France nous aide à joindre les deux bouts, elle pourrait bien apprécier qu’on fasse comme elle. Nous n’osons même pas imaginer tous ceux qui n’auront que leurs yeux pour pleurer en face d’un gouvernement resserré de 14 ou 15 membres.

Elhadj Tiégoum Boubèye Maïga

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