Pr Mohamedoun Dicko, à propos de la conférence d’entente nationale : « Cet évènement doit donner un nouveau souffle de vie au Mali » « Une chance pour le Mali »

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Il est question de tenir courant premier trimestre de l’année 2017 les assises de la conférence d’entente nationale, telles que prévues dans l’accord de paix et réconciliation. Lesquels travaux devront passer au peigne fin la fameuse question de l’Azawad. Que signifie Azawad ? Cette rencontre qui se profile à l’horizon  suscite beaucoup d’interrogations. Pourquoi autant de réticence ? Pour en  savoir plus, nous sommes allés à l’école du Professeur Mohamedoun Dicko, historien émérite à la retraite. Premier secrétaire général de l’Adema/PASJ et aujourd’hui, président d’honneur du parti de l’abeille, le vieux Dicko, estime que l’Etat doit garantir l’unité du pays.

 Le Pouce : Quelle perception faites de la tenue de la conférence d’entente nationale qui se profile à l’horizon ?

Pr Mohamedoun Dicko : « Je pense que le Mali est dans une situation assez complexe, voire difficile de par même l’incompréhension de différents sujets qui se posent aujourd’hui sur notre pays. J’estime qu’on n’a pas besoin d’affrontement au sujet de  l’AZAWAD. D’abord, je me demande pourquoi le gens ont peur de l’AZAWAD.  Peut-être au départ, les groupes de rébellion avaient pour objectif d’appeler tout le nord du Mali, AZAWAD. Ce qui n’était pas correcte, parce que le nord appartient à différents peuples comme d’ailleurs tout le Mali. Ils ont voulu peut-être sauvegarder ce qu’ils croyaient être leur identité et avoir un espace pour ça. Je n’en fais pas un problème.  Les gens mélangent les choses à des fins personnelles. Beaucoup parle et se tape la poitrine sans savoir ce que signifie le mot AZAWAD. En réalité, c’est un cours d’eau asséché  qui se trouve entre Taoudéni et Tombouctou. Cela ne devra permettre de confondre toute la zone du nord Mali à l’AZAWAD. Ni l’administration coloniale, ni l’administration d’aujourd’hui, n’ont jamais identifié le nord comme l’AZAWAD. C’est le premier point de crispation.  Le deuxième point qui fait crispation, c’est que le fait que les groupes de rébellion ont voulu appeler tout le nord, AZAWAD, c’était une façon de diviser le Mali. C’est pourquoi, beaucoup d’hommes politiques pensent qu’utiliser ce terme va  donner une occasion de se détacher du reste du Mali. Je ne pense pas que cela soit possible, que le nord se détache du reste du Mali. Il y a tellement d’imbrications. L’histoire a renforcé entre nous des liens de sang, de mariages, de travail, d’économie. Même ceux qui avaient revendiqué la partition du pays savaient bel et bien que cela n’était pas possible. C’était une revendication maximale qui ne pouvait se concrétiser. Cette région du nord a beaucoup souffert. La plus part des populations de ces localités disait qu’on ne s’occupa d’elles et qu’on ne les aime pas. C’est tout l’Adrar des Iforas et une bonne partie des autres régions du nord. Depuis le régime coloniale, jusqu’à maintenant, il n’ya pas de grand investissements dans ces zones.  Après la première rébellion, Modibo Keïta a voulu corriger cela. Mais, il n’a pas eu assez de temps, parce que cinq ans à peine après le conflit, on le renversait. C’est dommage. Je pense que si le président Modibo était resté au pouvoir, on n’aurait pas vécu ce qui se passe aujourd’hui. Le président Keïta avait bien compris le problème. Les gens doivent comprendre que nous sommes des peuples différents. Cela ne veut pas dire qu’on ne  peut pas vivre ensemble. Il ya beaucoup de différence entre nous, mais chacun se sent chez soi. C’est ça l’essentiel. Il faudrait qu’on revisite sérieusement notre histoire. La vérité c’est que la majorité des Maliens ignore leur histoire. Mêmes les  historiens n’ont pas d’éléments pour pouvoir étudier  sérieusement en profondeur l’histoire du Mali. Nous travaillons avec les notes des administrateurs coloniaux et ce qu’on a de la tradition orale. Cela ne couvre pas tout le Mali d’aujourd’hui. Les griots parlent toujours de la culture mandingue. Les gens du nord ne se reconnaissent dans cette histoire mandingue. Ce qu’on a comme aujourd’hui comme, c’est que le Mali vit une crise profonde, parce que les uns et les autres viennent découvrir leur appartenance réelle. C’est ce problème que les gens n’arrivent pas à surmonter. Il faut  qu’on explique aux gens le vrai sens du Mali un et indivisible. Avec le dialogue, on peut amener nos frères-là à la raison. Il faut qu’ils comprennent que tout le nord n’est pas forcement AZAWAD. La région de Taoudéni est dans l’AZAWAD. Si on veut, on peut appeler la région de Gao comme le Songhoï. Ce que je dis n’engage que moi. Réfléchissons pour trouver une solution qui convienne à tout le monde. Ce qui est sûr, on est différent culturellement, mais il y a beaucoup de points qui nous unissent comme la religion, le mode  de vie, le mode vestimentaire, les liens de mariages. Il est difficile de casser tout cela aujourd’hui. Je suis convaincu que personne ne pourra casser cela ».

Le Pouce : Quelles sont vos attentes ?

Pr MOHAMEDOUN DICKO « La conférence d’entente nationale sera la bienvenue. On a l’impression que le Mali. On tripatouille.  Les serviteurs de l’Etat font beaucoup d’activités. Mais, néanmoins tout le monde constate que le Mali est bloqué. On n’avance pas, on tourne en rond sans avancer. On tourne autour du pot. Des discours se tiennent. Des actions véritables ne se font pas voir. Il faut sortir de cela.  Je pense que la conférence  permettra de résoudre  cette question. Seulement, il faut tenir une conférence ouverte, une conférence où les gens auront la possibilité de s’exprimer librement. Il faut que l’Etat vienne à cette conférence avec des propositions bien étudiées. L’Etat a l’obligation de garantir l’unité qu’on a toujours eue, même s’il y a eu des moments du relâchement. A ce titre, l’Etat doit tout faire pour que nous continuions à  vivre ensemble. A mon avis, les groupes n’ont pas réellement la volonté de se détacher du reste du Mali. Ils veulent que leur situation s’améliore. La conférence d’entente nationale ne doit pas se dérouler autour de la seule   question de l’Azawad. Ça ne sera pas normal. Ce n’est pas le seul problème social. La conférence doit être le cadre idéal pour discuter  des vrais  problèmes qui bloquent le Mali et qui minent le développement  des populations. Les gens semblent avoir retrouvé leur identité propre qui ne leur était  pas reconnue. Il y a une renaissance de la société. Chacun veut retrouver ses racines, ses origines. Je crois que la conférence d’entente nationale est un évènement  qui doit  donner un  nouveau souffle de vie au Mali. La conférence d’entente est une chance pour le Mali, si, elle est bien organisée. Il ne faut pas de la pagaille. Il ne faut pas en avoir peur. Il faut l’affronter. L’Etat doit se préparer pour affronter cela. Ce ne sera pas pour imposer, mais pour amener un débat positif et qui sauvegarde l’unité de notre pays. Si l’Etat s’implique, en faisant appel à toutes les compétences, les griots, les historiens, les politiques, la société civile,  ce sera une réussite. Tous ces gens s’occupent du malien.  Il ne faudra pas que la préparation de la conférence se  limite aux seuls cabinets ministériels. En tant que citoyen malien, je souhaiterais que cette conférence amène  les Maliens  à se retrouver à être ensemble. Etre ensemble ne veut pas dire se soumettre à quelqu’un, mais, c’est se dire la vérité. Aujourd’hui, les Maliens veulent dire ce qu’ils pensent. Au sein des groupes rebelles, il y a des gens instruits, des docteurs et autres. Ces cadres qui viennent du nord veulent dire ce qui se trouve dans leur ventre. Ils veulent que leur région se développe sur tous les plans  comme le reste du pays. Il faut qu’on se fasse confiance. Personne à lui seule ne peut garantir l’unité du pays. C’est une œuvre commune et concertée. On peut garantir l’unité du Mali dans la compréhension, dans  un débat fraternel. Nous devons savoir que le Mali reste un territoire de migration.  C’est pourquoi, il faut œuvrer pour renforcer le vivre ensemble dans l’unité ».

Entretien réalisé par Jean Goïta

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6 COMMENTAIRES

  1. Cher journaliste, votre professeur émérite n’a aucune légitimité universitaire.
    La politique et la culture intellectuelle ne font pas bon ménage.
    Des universitaires au Mali, il n’en manquent pas.
    Pourquoi ne pas alors partir à la rencontre des vrais universitaires?

  2. ON A AFFAIRE À DES GENS QUI NE NOUS AIMERONT JAMAIS. POUR EUX LE MALI EST LE SEUL PAYS OÙ DES BLANCS SONT DIRIGÉS PAR DES NOIRS. O KÈLÈ BÈ BAN ?

  3. ENTENTE SUR QUOI. ON NE S’ENTENDRA SUR RIEN IL FAUT UN RÉFÉRENDUM. SOIT LA FÉDÉRATION SOIT LE LÁCHAGE DE KIDAL.

  4. Evitons des mesurettes qui nous ont toujours conduit à des crises (une plaie ne guérit jamais sur du pus).
    Mettons à plat les problèmes du pays, sortons des critiques stériles, faisons des propositions concrètes de solution aux maux qui minent notre patrie.
    C’est à ce prix que des réformes structurelles permettraient de sortir notre pays du gouffre.
    Par exemple, exiger des participants à cette conférence d’entente nationale de soumettre préalablement des propositions concrètes sur chaque thématique à débattre avant le jour J; cela permettrait d’éviter de perdre du temps dans des commentaires et rhétoriques stériles comme on en a l’habitude dans ce genre de forum.

  5. Dixit Professeur Mohamedoun Dicko, historien émérite à la retraite: …” Il faut qu’on explique aux gens le vrai sens du Mali un et indivisible. Avec le dialogue, on peut amener nos frères-là (les rebelles, NDLR) à la raison. Il faut qu’ils comprennent que tout le nord n’est pas forcement AZAWAD. La région de Taoudéni est dans l’AZAWAD. Si on veut, on peut appeler la région de Gao comme le Songhoï….”, je le complète en proposant de “désazawadiser” le Nord du Mali en le fractionnant en plusieurs Unités territoriales géographiques et historiques dont les appellations sont ancrées dans le subconscient histoirique de chacune des composantes ethnologiques du Nord:
    – Adagh pour Kidal
    – Songhoï pour Gao
    – AzawaK pout Ménaka
    – Aklé-Azawa pour Taoudéni
    – Issa-Ber (Boucle du Niger) pour Tombouctou
    – Gourma pour la zone entre la boucle du Niger et le Burkina
    – Macina pour la région de Mopti
    – et patati-patata!

    Sincèrement

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