Atteinte aux symboles de l’Etat à Kidal : le Mali doit exiger la renégociation de l’Accord

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Signé en 2015 entre le Mali et les groupes armés, l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale issu du processus d’Alger peine à ramener la paix. C’est pourquoi, sa renégociation devient plus que jamais nécessaire.

maliweb.net – Les jeunes et les femmes ont profité de la visite des députés à Kidal, le 17 juillet, pour profaner le drapeau et s’attaquer à tous les symboles de l’Etat. Ce qu’ont suscité l’indignation et la désolation à Bamako et à travers tout le Mali.

Le gouvernement, la médiation internationale et les partis politiques de la majorité comme de l’opposition, tous ont condamné sans réserve, l’acte ignoble que rien ne saurait justifier.  Les groupes armés signataires de l’Accord  ne sont pas restés en marge.

La plateforme estime que l’atteinte des symboles de l’Etat est« contraire à l’esprit et à la lettre de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali issu du processus d’Alger et invite les manifestants de Kidal à plus de retenue et de patience ».

Si la plateforme condamne sans équivoque, la  Coordination des mouvements de l’Azawad, (CMA) pour sa part, émet des réserves. « En attendant de comprendre ce qui s’est réellement passé, la Coordination des Mouvements de l’Azawad condamne vigoureusement les actes qui se sont produits ce jour à Kidal, actes contraires à tous les efforts qu’elle déploie de manière constante », écrit la CMA dans son communiqué.

L’Accord remis en cause

L’atteinte aux symboles de l’Etat est une violation de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale issu du processus d’Alger, où les partis signataires (CMA et Plateforme), s’étaient engagés à respecter l’unicité de l’Etat et l’intégrité du territoire. Elle est le couronnement d’une série d’acte de sabotage posée par les membres de la CMA. On se souvient du refus d’un responsable de la CMA de chanter l’hymne national du Mali, le 25 mai à la résidence du représentant de l’Union Africaine au Mali.

La profanation du drapeau doit être une occasion pour le Mali de remettre en cause l’Accord pour la paix et exiger sa renégociation. Surtout que plusieurs observateurs s’accordent à dire qu’il est impossible de l’appliquer à l’état actuel. C’est certainement ce qui explique son manque d’appropriation  par le peuple malien qui, dans sa grande majorité, récuse le document. C’est d’ailleurs à cause de l’Accord que beaucoup de personnes affirment s’opposer à la révision constitutionnelle. « Il n’est pas question de réviser la Constitution pour l’adapter à l’Accord pour la paix », martèlent-elles.

Cette renégociation est d’autant plus justifiée que la mise en œuvre de l’Accord piétine, quatre ans après sa signature. Dans son dernier rapport publié le 22 mai 2019, couvrant la période de janvier à avril 2019, le centre Carter, l’observateur indépendant estime que « le processus de paix est dans l’immobilisme ». A cela s’ajoute l’apparition de nouveaux acteurs (non signataires de l’Accord)  et la recomposition des groupes armés. Faut-il rappeler que le Mouvement pour le Salut de l’Azawad (MSA), autrefois membre du CMA, a regagné la Plateforme.

La CMA, une feuille de paille

L’évènement de Kidal du 17 juillet pose par ailleurs la question de la maîtrise de la ville de Kidal. Selon plusieurs observateurs, la 8e région administrative du Mali est contrôlée par Iyad Ag Aghaly. Cela est attesté par la CMA, qui dans son communiqué rappelle « qu’un autre acte de vandalisme de plusieurs monuments à l’effigie des emblèmes de la CMA s’est opéré la veille, exacerbant davantage la tension au sein des organisations de la jeunesse ».

De deux choses, l’une : soit la CMA joue au dilatoire, soit elle n’est qu’une feuille de paille. Cette seconde hypothèse est de plus en plus partagée par les analystes qui estiment que le Mali n’a pas signé l’Accord avec les vrais acteurs. C’est pourquoi, ils invitent l’Etat à ouvrir dans les meilleurs délais un dialogue avec Iyad Ag Galy.

L’espoir que l’Accord pour la paix a suscité s’est fondu comme du beurre au soleil. C’est pourquoi, sa renégociation devient plus que jamais  nécessaire.

Abdrahamane Sissoko/Maliweb.net

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