Lettre à mon oncle Bass

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Cher oncle,

Bonjour !

La lettre que je t’écris aujourd’hui sera bien particulière. Car cette fois-ci et pour une fois, je ne te parlerai point de la marmite familiale, en « jachère » depuis quelques jours. Ni de ces nombreuses bouches qui peuplent la concession familiale, ni même de grande mère, aux cheveux complètement jaunis par la misère.

Je ne te parlerai pas non plus, cher oncle, de mon désespoir toujours croissant et qui m’oblige à préparer mes valises pour m’en aller d’ici.

Cette fois, mon cher Bass, je veux parler de politique.

Honnêtement, je ne m’y connais pas. Surtout qu’en plus, la politique au Mali, c’est dire ce qu’on ne fait pas et faire ce qu’on ne dit pas. Qu’on n’ose pas dire…

Mais, essayons quand même, tout en conservant ce qu’un digne Malien a de plus sacré : la sincérité de la pensée et la véracité des propos.

D’abord, je t’invite à t’incliner comme moi, sur la mémoire de ces frères et sœurs (en majorité des Maliens d’en bas) arrachés à l’affection des leurs et de nous tous, il y a aujourd’hui 27 ans, par le boucher national et ses sbires.

En effet, te souviens-tu cher oncle, de ces journées fatidiques des 20, 21, 22, 23, 24 et 25 Mars 1991 ? Dur, dur pour la mémoire ! Mais, nous avons l’obligation de nous en souvenir.

Parce que, ce fut tout un peuple, particulièrement celui d’en bas, excédé par l’injustice, la répression, la tyrannie, l’arrogance de GMT et de ses valets, qui avait décidé d’affronter, (mains nues), les chars de combat, les BRDM, les fusils d’assaut.

Parce qu’en mars 1991, c’est ce bas peuple que nous constituons, qui avait accepté de sacrifier ses enfants pour se libérer.

Parce que, cher oncle, c’était nous, les crève – la faim, les sans emplois, les petits Maliens de toujours, qui avions servi de boucliers et d’appâts aux « acteurs du mouvement démocratique » et autres héros auto proclamés.

Parce que, cher oncle, la victoire de 26 mars 1991 est l’œuvre exclusive des Maliens d’en bas. Ceux qui pourtant continuent de patauger dans la boue.

C’est vrai qu’après le 26 Mars 1991, nous avions tous cru en ces hommes et femmes portés par nos soins sur les piédestaux du pouvoir.

C’est vrai aussi que l’espoir était permis. Car, à partir de 1992, Alpha National avait résolument engagé le pays sur la voie de la construction nationale, de la solidarité et de la justice. Malgré les actes de sabotage, de vandalisme, les crimes crapuleux que commettaient les ennemis du peuple, tapis dans l’ombre.

Oui, cher oncle, le peuple malien d’en bas avait encore des raisons d’espérer, lorsque, Alpha National en démocrate sincère, respectueux de ses engagements vis-à-vis du peuple et de ses Enfants assassinés, remettait les clés de Koulouba à son successeur, donnant ainsi la chance à d’autres, de pouvoir continuer la construction nationale.

Hélas, notre victoire nous a été volée, de la manière la plus ignoble. Qui  sont-ils ces voleurs ? Nous les connaissons tous et je m’en vais cher oncle, te les citer.

Ceux qui ont volé notre victoire, ce sont ces gens-là qui, en notre nom, se sont hissés dans les hautes sphères de l’Etat et dans d’autres institutions pour piller l’économie nationale à leur seul profit. Eh oui, cher Bass, nous (les Maliens d’en bas) sommes trahis. Par tous ceux-là qui, au nom d’une réconciliation nationale, ont assassiné une nouvelle fois nos martyrs, profané leur tombe et réhabilité les assassins et les commanditaires des tueries de mars 1991.

Nous sommes trahis par nos prophètes d’hier, nos héros auto-proclamés, ces hommes et femmes gueulards patentés devant l’éternel, démagogues à outrance et autres politiciens de bas-étage qui, en échange de strapontins et autres petits privilèges, s’asseyent honteusement sur les tombes de nos morts et piétinent l’idéal pour lequel les fils du pays ont donné leur vie.

Et, que dire des membres de cette association dite de Défense des Victimes de la Répression (ADVR) ?

Walahi Bilahi, cher oncle, eux aussi ont trahi nos morts. Eux qui, en principe, se devaient de protéger la mémoire de nos martyrs. Hélas, après avoir partagé les quelques millions à eux offerts par la République, ils se sont éclipsés dans la nature.

A quoi bon donc, ces marches hypocrites dites d’hommage à nos morts ? Ces dépôts de gerbes de fleurs sur les tombes à Niaréla ?

Puisque, nos morts sont vraiment morts, assassinés de nouveau.

Qu’on leur laisse donc reposer en paix ! Mais, Walahi, Bilahi, je jure, ceux qui pensent désormais que le Mali d’en bas s’est définitivement résigné ont tout intérêt à se réveiller de leurs illusions. Sinon, leur réveil sera brutal et infernal…

Nous, les Maliens d’en bas, avons du cœur et savons en faire usage au moment opportun.

Je le dis pian !

A la semaine prochain Inchallah !

Par ton petit Ablo.  

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