Le Sénégal adopte une loi sur un tribunal spécial pour juger Hissène Habré

Commentaires fermés [-] Texte [+] Email Imprimer


L’ex-dictateur tchadien, Hissène Habré, quittant la cour de Dakar sous escorte policière, le 25 novembre 2005.

C’est une étape vers un jugement d’ Hissène Habré. L’Assemblée nationale sénégalaise a voté le 19 décembre une loi qui autorise la création de chambres spéciales composées de magistrats africains au sein de l’appareil judiciaire sénégalais. Cette loi ouvre la voie à un éventuel procès de l’ancien dirigeant tchadien, accusé de crimes contre l’humanité, crimes de guerre et torture durant ses huit années au pouvoir, de 1982 à 1990. Jusque là, le président sénégalais Macky Sall s’est engagé à le juger, et la création de ces chambres spéciales fait suite aux accords signés entre le Sénégal et l’Union africaine.

Avec notre correspondante à DakarCarine Frenk

Député et avocat de Hissène Habré Maître El Hadj Diouf aura tout tenté pour convaincre ses collègues pour ne pas voter la loi. Il soulève des problèmes de délégation de pouvoir au moment de la signature de l’accord avec l’Union africaine. Il dénonce aussi le financement du procès :

« Le criminel, le putschiste, Monsieur Idriss Déby Itno qui était le patron des services de sécurité du Tchad à l’époque, a promis 2 milliards pour juger ou faire juger son ennemi juré Hissène Habré. Quelle justice ! Injuste, oui ! ».

Le PDS, l’ancien parti au pouvoir d’Abdoulaye Wade a choisi de s’abstenir. Son patron Ousmane Ngom déclare : « Il y a une telle précipitation que nous courons de gros risques. Le procès peut tomber à l’eau et quelle honte pour le Sénégal si le procès était annulé pour des questions de procédure ou des questions d’illégalité ».

Les députés du groupe majoritaire Beno Bokk Yakaar ne sont pas de cet avis. Il faut juger Hissène Habré au Sénégal . Pour le député Cheikh Seck , c’est aux Africains de juger leurs dirigeants : « Cela permettra aux chefs d’Etat qui sont en fonction de faire attention et de savoir que demain , ils pourront répondre de leurs actes. Et qu’il n’est plus permis ni à eux chefs d’Etat ni à quiconque citoyen de quelque pays que ce soit de faire ce qu’il veut ».

Cette fois, on n’a jamais été aussi près d’un procès Habré. L’ancien chef d’Etat tchadien vit en exil au Sénégal depuis plus de 21 ans mais n’y a toujours pas été traduit en justice.

 

rfi / 20/12/2012