L’armée malienne a 55 ans

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Célébration du 55è anniversaire de l’armée : Le chef de l’état a salue la « la renaissance progressive »

A 50ans un homme  a déjà  l’âge de la maturité voire d’autonomie. A cet âge il  ne devrait  plus être à la  charge ni  des parents ni d’aucune autre personne. La bonne intelligence et le leadership du président  Modibo Keita  l’ont conduit à lancer  l’armée malienne sur la voie de son autonomie. Grace  à sa grande et pertinente vision, le président Modibo avait doté la jeune armée naissante d’idéologie et d’équipement pour assurer la sécurité d’un pays qui venait de proclamer son indépendance à peine quelques mois. Le président Modibo a toujours perçu et défendu que l’armée est une composante indispensable à la souveraineté d’un pays, surtout su Mali naissant. C’est son gouvernement qui a demandé aux troupes françaises d’évacuer toutes les bases militaires qu’elles occupaient en territoire malien le 20 janvier 1961. Voici ce qu’il déclarait : « Les troupes de l’ex-puissance coloniale ne peuvent stationner sur le territoire de l’ex-colonie aux cotes des troupes du jeune Etat » (cite dans Modibo, 2015, Cauris Livres, p.47). Pendant son régime, cette jeune armée a su relever les défis sécuritaires de la jeune nation malienne. Le choix des hommes pour le  leadership  des forces armées, leur formation  idéologique et technique leur garantissaient nécessairement la réussite sur tous les fronts. Pour s’en convaincre, voici ce que déclarait un journaliste français en 1964 « On est frappé par le souci de bien faire, par la volonté de mettre sur pied un pays qui marche…Les fonctionnaires travaillent infiniment plus que dans bien des pays voisins et ceux de haut grade sont débordés par la tâche » (cite dans Modibo, 2015, Cauris Livres, p.46) Dans la vision stratégique du président Modibo  Keita,  le Mali devrait être le leader dans la sous-région, voire en l’Afrique en matière d’armée. Malheureusement ce processus a été interrompu par une classe  d’hommes politiques mal inspirés aidés par quelques officiers sans vision. Par leur manœuvre, ils ont ainsi bloqué l’avancée de notre armée. Ils ont fini par la dévaloriser, voire la prostituer, puisque désormais l’avancement en grade était lié à l’accointance avec les leaders du jour. C’est pourquoi sans compétence ni savoir, des hommes sans scrupule ont été promus à toutes sortes de grades auxquels on  peut penser.

Avec l’avènement de la démocratie, ce fut le  comble lorsque le professeur Alpha Oumar  Konaré accéda à la présidence de l’Etat. En effet, cet intellectuel hors pair et apprécié par plusieurs, s’est laissé prendre  dans le piège d’un idéalisme  démocratique pour démolir notre armée, déjà boiteuse sous le régime du monopartisme, au  nom d’un nouveau type d’armée qu’il voulait créer, l’armée pour la  paix. Ce projet d’armée pour la paix n’a pu donner le résultat escompté. Les forces armées maliennes sont devenues progressivement  des moutons qu’on conduit à l’abattoir puisqu’elles ne sont ni formées ni équipées.

L’l’ère du président Amadou Toumani Touré, a davantage plongé l’armée dans l’immobilisme intellectuel. Elle a été désormais le nid et le refuge des fils d’officiers.  Difficilement un autre fils du pays, sans « bras long » au sein des forces armées, ne pouvait rêver être militaire. Et lorsque le pays n’était plus dans des dispositions pour assurer la sécurité au Nord ces fils de colonel et de généraux ont simplement abandonné le pays à ses ennemis. Seuls ceux qui avaient encore quelques bribes de conscience  nationale se  sont sacrifiés pour le  pays.

Aujourd’hui, notre armée qui a reconquis  le territoire est à féliciter. Les militaires n’avaient pas d’équipement adéquat, ils n’avaient que leur âme et leur courage pour affronter l’ennemi qui a été équipé par quelques-uns de ceux-là mêmes qui prétendent aider le Mali à former son armée et à restaurer l’intégralité du territoire national. Aujourd’hui  alors que nous célébrons les 55ans d’existence de notre armée nationale, nous avons le devoir de nous interroger sur le bien-fondé des forces armées étrangères, notamment celle française, qui par essence n’agit que déblayer le terrain pour l’exploitation économique et la satisfaction des intérêts capitalistes français. Nul doute que « la présence prolongée de la force française au Mali n’a d’autre but que d’assurer les conditions permettant à  la  France d’assouvir ses désirs capitalistes. » En célébrant les 50ans de l’armée malienne, pourrait-on espérer que le souvenir de ceux  qui sont tombés en libérant la patrie, puisse être une nouvelle source d’inspiration et de motivation pour la jeune génération ? Il  est important, voire impératif que les autorités politiques et militaires   agissent de manière à renforcer  la formation et l’équipement des forces  armées, les rendant ainsi capables d’assurer la défense et la sécurité du territoire national. Aussi ne devraient-elles pas  oublier les  veuves et les orphelins des militaires tombés sur le champ de  l’honneur.

J.DJIRE

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