Lettre d’un jeune malien aux jeunes maliens : Ne nous trompons pas de cible

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<<Dis-moi quelle jeunesse tu as, je te dirai quel pays tu seras>> disait le Président Wade. En clair, au regard de ce qui est en train de se passer sous nos yeux, l’avenir des pays d’Afrique en général et celui du Mali en particulier, sera et ne pourra être que ce que nous sommes entrain de vivre aujourd’hui, c’est-à-dire un pays dirigé et peuplé par une écrasante majorité d’hommes et de femmes profondément attachés au gain facile, massif, rapide et sans cause. Aujourd’hui, constatons-le avec regret : les jeunes excellent dans le comportement qu’ils critiquent à tout va. Ils censurent tout ce qui se passe sous leurs yeux.Ils critiquent tout et tous. Pourtant, ce sont les jeunes,qui, en majorité, élisent les personnalités publiques dont ils accablent la gestion. Ensuite, paradoxalement, ce sont eux qui développent un comportement d’indiscipline notoire sur tous les plans.  Illustration : Ce sont les jeunes qui violent les règles les plus élémentaires de la circulation. Ce sont eux qui soutiennent beaucoup de responsables à qui ils collent l’étiquette de corrompus.

Aujourd’hui, les jeunes rêvent tous de franchir la porte de la fonction publique pour aller se morfondre dans les labyrinthes des replis de l’Administration, guettant les opportunités et caressant le rêve d’inaugurer l’ère de l’opulence. Ils se trompent eux – mêmes et acceptent d’être trompés. Ils détournent le regard par peur de se mettre en face d’un avenir chargé d’incertitudes et d’angoisse et qui fonce irrésistiblement vers eux. Ils fonttout pour subir cet avenir. Rien n’est fait pour le dompter, le maitriser.

Par espoir de se faire caser quelque part ou de ramasser quelques miettes insignifiantes, ilss’offrent aux politiciens qui les instrumentalisent, les utilisent comme des mouchoirs kleenex sur la base d’un discours mielleux et illusoire pour mieux se positionner afin de mieux saccager les maigres ressources publiques,tel un éléphant dans un magasin de porcelaine ou à l’image d’un singe affamé dans un champ de maïs en début d’épiaison. Les hommes politiques bâtissent leur richesse sur les débris de l’avenir déjà fissuré, fracassé et balafré des jeunes. Ilsdisent aux jeunes ce qui les intéressent, ce qu’ils veulent entendre. Ils ne les disent jamais ce qui est utile pour eux. Ils les promettent la lune et les étoiles. Et ces derniers ne méditent jamais que les promesses électorales n’engagent que ceux qui osent y croire.

Il n’existe aucun moment ou aucune instance où l’on réfléchit et fait réfléchir les jeunes sur leur avenir, leur possibilité, la confiance en soi, les valeurs culturelles. Ceux qui nous dirigent ont tous peur de regarder les jeunes et de les dire la vérité, dans le blanc des yeux, même si cette vérité dérange. Le seul mot accroché sur leurs lèvres c’est : votez pour moi. Ils ne disent jamais aux jeunes ce dont ils ont besoin pour entrer avec sérénité, confiance, citoyenneté et compétence dans le monde de demain.Ce monde dans lequel ils sont déjà. Ce monde d’aujourd’hui qui est déjà celui de demain sera un monde d’excellence, de patriotisme ardent, de comportement citoyen, d’entreprenariat. Mais les jeunes ne maitrisent et ne sont rien de tout cela.

Les jeunes ne sont pas responsables de ce qui est entrain de les arriver mais ils seront responsables de ce qui arriveraaux générations futures. Or, si rien ne change dans les attitudes, les comportements, la façon de faire et le système, ces générations qui frappent déjà avec insistance aux portes de la vie ne trouveront ni valeurs ni richesse. Ils seront comme des étrangers dans leur propre pays.

La première responsabilité d’un dirigeant c’est d’éduquer, d’instruire et de former ses héritiers, d’en faire des hommes et des femmes conscients des exigences de citoyenneté et de patriotisme et prêts à assurer la relève avant la relève. Car tout héritier qui se sera strictement limité à l’héritage reçu aura échoué et ne sera pas digne d’avoir été le dépositaire du legs.La première mission d’un héritier c’est de conserver l’héritage reçu en le renforçant et en le valorisant. Mais cela exige que l’héritier soit bien préparé pour assumer et assurer ce rôle.

Or, comme le dit Platon « lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leur parole, lorsque les maîtres tremblent devant les élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus au -dessus d’eux l’autorité de rien ni de personne, alors c’est là en toute beauté et en toute jeunesse le début de la tyrannie » Alors, hélas, chez nous, nous vivons l’âge d’or de la démission des parents et de l’autorité pour tout ce qui concerne l’éducation, l’instruction et la formation des jeunes. Au lieu de réclamer ce droit des jeunes se contentent et se glorifient de la proximité qu’ils ont avec les hommes politiques.

Jusqu’à présent, on nous administre un enseignement général mais cela ne nous fait rien et il n’existe même pas un début de réflexionsur ce choix handicapant. On se focalise sur l’instruction et on méprise l’enseignement de nos valeurs suprêmes dans nos écoles ; cela ne fait rien à personne. Les croix de transmission des valeurs se brisent au vu et au su de tout le monde. Là aussi, personne ne dit rien. Last but not least, on ne pense pas à introduire dans le système éducatif la généralisation de l’enseignement des nouvelles technologies indispensables pour vivre son temps. Conséquence, nous ne connaitrons ni les valeurs, ni les technologies nouvelles. Terrible conclusion : ils entreront paralysés et désarmés dans ce monde de demain si cruel et si exigeant qui a déjà grandement ouvert ses portes.

C’est triste et effrayant de constater que toutes les valeurs citées plus haut dans cette lettre ne signifient plus rien chez nous. Que valent les antivaleurs que nous les avons préférées, à savoir, l’individualisme, l’égoïsme, le mensonge, le vol, le détournement, l’abus de confiance, le gain sans cause, l’attentisme, la dépendance, la flatterie etc. Ces contre-valeurs ont fini de se substituer aux valeurs si chères à nos valeureux ancêtres et qui ont fini de désagréger comme un château de carte sous l’œil indifférent de nos dirigeants et responsables de familles.C’est tout cela qui, malheureusement, fait qu’aujourd’hui, toute personne qui se retrouve au cœur de la gestion des affaires publiques va préférer les 20 millions qu’il peut recevoir à titre individuel aux 200 millions que l’Etat pourrait gagner. Or tout le monde le sait : si l’Etat est trop fort, il nous écrase. S’il est trop faible, nous périssons.

A la lumière de ce sombre tableau, à ce jour au Mali, il n’y a que deux alternatives : changer ou périr. Il nous faut donc nécessairement une véritable rupture. Mais qui pour prendre l’initiative de cette rupture ? L’Afrique est le continent, le seul qui croupit encore dans la nuit du sous-développement cultivant un pitoyable paternalisme et tendant éternellement la main aux autres. Dans cette Afrique du sous – développement et de la misère, certains pays ont déjà fini de toucher le fond. Le nôtre n’est pas loin de cette posture d’où il ne pourra sortir qu’avec l’implication des jeunes. Mais cela ne se fera jamais avec ce qu’ils sont en train d’apprendre maintenant, eux qui préfèrent suivre ceux qui les donnent un poisson à ceux qui les apprennent à pêcher en les indiquant la direction de la mer.

Aujourd’hui les jeunes ne semblent pas condamner la corruption, ce qu’ils dénoncent c’est de n’être pas introduits dans le système pour davantage perpétuer les mêmes pratiques. Même s’ils condamnaient la corruption, ils ne disposent d’aucun moyen conséquent pour la combattre. Aussi, ils préfèrent se payer un forfait ou un smartphone et s’éterniser dans des futilités au lieu de se rendre dans les rayonsde la bibliothèque ou encore ouvrir les sites d’apprentissage utiles des nouvelles connaissances. Ainsi au lieu de contrôler les nouvelles technologies et les réseaux sociaux, ils en deviennent les esclaves, ne réfléchissant et n’argumentant que par l’injure.

Si aujourd’hui les élections sont ce qu’elles sont au Mali c’est le fait des jeunes et des seuls jeunes. Pendant les consultations électorales on les voit nombreux, tout heureuxd’aborder des t-shirts, la casquette bien visée sur la tête assurant le spectacle avec une grande insouciance. Beaucoup parmi eux préfèrent monnayer leurs cartes d’électeurs alors que les autres ne jugent même pas important de se faire inscrire sur les listes électorales. Les rares parmi eux qui arrivent à le faire, ne votent pas. Le jour du vote, au lieu de sécuriser les bureaux de vote, dans l’indifférence quasi-totale, ils prennent tranquillement le thé en commentant l’actualité avec des arguments trop faibles et superficiels. Sachant que l’éveil des jeunes ne leur est pas bénéfique, les responsables politiques développent des stratégies savamment réfléchis pour les endormir à jamais et les mettre hors d’état de nuire.

La formation, l’éducation, l’instruction, le temps de tenir aux jeunes un discours sincère, véridique et responsable est une sur-priorité mais ceux qui doivent le faire ne le feront jamais. A la place de cette obligation citoyenne, ils continueront à les tenir un discours démagogique et machiavélique. Et comme le dromadaire qui ne voit jamais sa bosse, les jeunes ne voient pas leurs insuffisances et ne mesurent jamais le niveau de leur égarement. Par conséquent, ils risquent de ne jamais prendre conscience de cette situation. Or, la prise de conscience de l’existence d’un problème est le tout premier pas vers sa solution. Tout cela pour dire avec une bonne dose de pessimisme que si rien n’est fait, si les jeunes continuent sur ce chemin, le développement du Mali ou de l’Afrique ne sera véritablement entamé qu’à la fin des temps.

Je ne suis pas habilité à donner des leçons, mais je pense que c’est le moment de catalyser une réflexion sur un sujet qui devait susciter un débat intellectuel de qualité. Je n’ai ni la prétention encore moins le culot d’indiquer la voie à suivre. Mais en tant que jeune, je ne peux manquer de partager une angoisse qui tétanise beaucoup de personnes, face à un avenir de plus en plus sombre. Plus qu’un devoir, c’est une obligation salvatrice, pour tout jeune, tout citoyen malien j’allais dire, d’élever la voix pour alimenter un débat qui, ailleurs, aurait pu être retenu comme le plus important point d’un dialogue national. Le temps de définir et d’offrir aux jeunes les outils indispensables pour se sentir confiants et prêts à redorer le blason du Mali de 2020 est arrivé pour ne pas rater le précieux rendez-vous sous l’arbre à palabre de la civilisation du donner et du recevoir.

Abdoulaye Maiga

Interne en Pharmacie

Tel : (+223) 71134285

E-mail : [email protected]  

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2 COMMENTAIRES

  1. Bonjour Abdoulaye ,
    j’aurai aimé beaucoup discuté avec toi , te connaitre d’avantage, car le Malien aujourd’hui surtout nous les jeunes font le contraire de tout ce qu’on raconte malheureusement.
    Tu as été pertinent dans ta lettre adresse a la jeunesse . vous savez, la plus part des internes ne votent jamais, encore moins ceux de la Pharmacie;
    Cette jeunesse que vous évoquez dans la lettre, je suis vraiment désolé.

  2. Mr abdoulaye maiga
    Il n’est pas propre à la jeunesse malienne de ne pas s’intéresser à la politique de son pays.
    Tous les pays du monde dénoncent le manque d’intéressement des jeunes à la politique.
    CE NE SONT PAS LES JEUNES QUI SONT EN CAUSE, MAIS LA QUALITÉ DE NOTRE SOCIÉTÉ FAÇONNÉE PAR VINGT TROIS ANS DE DICTATURE MILITAIRE ATROCE ET CORROMPUE.
    Les jeunes sont le fruit de la qualité de société façonnée à un moment donné de la société.
    Passer son temps à prendre le thé, fuir les bibliothèques a été dénoncé par le ministre de l’éducation de la transition ISSA NDIAYE en 1991.
    Il a informé notre génération que celle des années 1970 envahissait les bibliothèques chaque fois qu’il en avait le temps, que la notre, non seulement fait trop de grèves, mais qu’elle n’en profite pas pour se cultiver dans les bibliothèques.
    ISSA NDIAYE, enseignant depuis les années 1970,a fait cette plainte aux élèves et étudiants qui ont participé à la révolution de MARS 1991.
    CETTE GÉNÉRATION INCULTE N’EST PAS CELLE FORMÉE PAR L’ÈRE DÉMOCRATIQUE PUISQU’ON ÉTAIT DANS LA PHASE DE TRANSITION QUELQUES JOURS APRÈS LA CHUTE DE MOUSSA TRAORÉ.
    Il suffit de constater la pauvreté de vocabulaire de cette génération entre quarante et cinquante ans, même des ministres, pour comprendre qu’on ne lit pas.
    Cette inculture est le résultat de l’exercice du pouvoir par les officiers subalternes à partir du 19 novembre 1968.
    ON A COMMENCÉ À DONNER PLUS D’IMPORTANCE À LA RICHESSE MATÉRIELLE QU’À CELLE INTELLECTUELLE.
    La génération des années 1970 enviait des personnes qui avaient la possibilité de remplir leurs bibliothèques de maison de livres de qualité et créait une amitié pour en bénéficier.
    La nôtre, celle qui est née fin 1960,début 1970,enviait les personnes qui avaient la possibilité de s’offrir des voitures, d’arracher les femmes d’autrui, de construire des maisons,quelque soit son niveau d’étude.
    NOTRE GÉNÉRATION EST LE FRUIT DE L’ABSENCE DE LA PRATIQUE POLITIQUE PENDANT VINGT TROIS ANS.
    MODIBO KEITA s’en est inquiété,en prison, dans une lettre envoyée à un de ses ministres.
    Cette inquiétude s’est réalisée.
    C’est ce que tu es entrain de dénoncer Mr l’interne en pharmacie ABDOULAYE MAIGA.
    Je me rappelle aussi en 1991,quand SOUMANA SACKO a décidé que les bourses, au lycée,seront données aux plus méritants, les élèves ont marché rejoindre la cour de la primature.
    Je n’y étais pas, mais un camarade qui était présent m’a raconté qu’il désignait tour à tour les élèves pour leurs demander s’ils ne peuvent pas être parmi les plus méritants.
    LE PREMIER MINISTRE EXPRIMAIT SON ÉTONNEMENT DE CONSTATER LES ÉLÈVES MARCHÉS POUR UN ACTE QUI CONSISTAIT À CRÉER LA COMPÉTION NÉCESSAIRE À ÉLEVER LEUR NIVEAU D’ÉTUDE.
    Il vient de constater que la COMPÉTITION INTELLECTUELLE a disparu dans ce pays.
    On nous dit aujourd’hui que, c’est pendant l’ère démocratique, que l’école a été dévalorisée.
    On le sait tous IL EST PLUS FACILE DE DÉTRUIRE QUE DE CONSTRUIRE.
    On dit aux hommes politiques, qui ont combattu la dictature militaire, de construire, en est temps record dix ans pour ALPHA OUMAR KONARE, ce qui a été détruit pendant vingt-trois ans.
    Non seulement qu’il est difficile de REFAÇONNER L’ESPRIT, il faut le faire dans le cadre d’une société aussi façonnée à privilégier le matériel,l’intérêt individuel.
    C’EST POURQUOI TRENTE ANS APRÈS, LA SITUATION C’EST ENCORE PLUS DÉGRADÉE.
    Pour s’intéresser à la politique, il faut avoir la notion d’intérêt général.
    Pour la jeunesse, elle se cultive à la maison par l’éducation des parents, à l’école par des cours d’éducation civique.
    On est guidé à favoriser nos intérêts individuels car c’est la société qui est façonnée ainsi.
    ON DÉNONCE QUAND ON CONSTATE SES INTÉRÊTS MENACÉS.
    On se fait manipuler facilement car on est inculte sur tous les plans car la quête de l’argent facile est la seule préoccupation.
    IL Y A PLUS DE DIPLÔMÉS ANALPHABÈTES QUE D’HOMMES CULTIVÉS.
    Sous d’autres cieux, la jeunesse est dénoncée pour son désintéressement à la politique, chef nous elle est dénoncée pour se faire manipuler par les hommes politiques.
    Si cette génération entonne qu’il faut que les aînés laissent la place aux jeunes, c’est pour exprimer qu’ils ont trop mangé, qu’il faut laisser la place
    MOUNTAGA TALL a dit dans une émission qu’il était le plus jeune sur la scène politique en 1991.
    On lui a pas laissé la place, il l’a pris.
    C’est toujours cet ESPRIT D’INTÉRÊT INDIVIDUEL qui pousse à dire laisser la place aux jeunes.
    Les vieux sont écartés naturellement quand on pose des actes qui séduisent la population par la constance à défendre des IDÉES destinées à résoudre les préoccupations de la population.
    Une jeunesse versatile entretient les vieux.
    OSER LUTTER,C’EST OSER VAINCRE!
    La lutte continue.

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