Dans les coulisses politiques de la visite d’IBK à Ségou : Le président IBK face à sa majorité présidentielle à Ségou : « Pourquoi ne défendez-vous pas le bilan, bec et ongle, faits contre dires ? »

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En marge des cérémonies protocolaires de sa visite dans la Cité des Balanzans, le président de la République a rencontré la Majorité Présidentielle avec laquelle il n’a pas été tendre. C’était le mercredi dernier 9 décembre au gouvernorat de la ville de Ségou. Au cours de la rencontre, le président IBK a abordé 3 grands sujets : la gestion de la crise au septentrion malien, la conduite à adopter par la Majorité présidentielle face à une Opposition politique qu’il a qualifiée de vorace et de bien organisée ; et l’état dans lequel l’Armée malienne se trouverait actuellement. Le président se souvient des débuts difficiles de son mandat où on lui prédisait « le pire des destins ». Par rapport à la crise au septentrion malien, il expliqua qu’il a fallu au départ effectuer un « travail d’information et d’explicitation de la réalité malienne » car, selon IBK, il fut un moment où « la Communauté Internationale s’était même interrogée si le Mali ne se livrait pas à un génocide » contre ses peaux blanches : « On nous a vilipendé, traité de tous les noms d’oiseaux » a-t-il ajouté. Sur le sujet, il termina en reconnaissant l’imperfection  de l’Accord pour la paix et la réconciliation de Bamako issu du processus d’Alger, mais argua, qu’il offre « un cadre propice » pour la pacification. Sur le plan politique, il exhorta la Majorité présidentielle « à prendre du poil  de la bête » face à la force grandissante de l’Opposition.  « Aucune raison que vous rasez les murs,… pourquoi ne défendez-vous pas le bilan, bec et ongle, faits contre dires » a-t-il martelé. Il a également ajouté : « n’ayez pas peur ! Sachez-vous ouvrir ! ». Autant de propos qui prouvent que le président IBK veut derrière lui une Majorité de poigne et non un soutien enfermé dans un mutisme qui ne l’arrange point.

De Ségou, IBK rassérène sur l’état de l’Armée malienne

« Notre Armée monte en puissance,… grâce à des pays amis, nous nous équipons » a lâché le Chef de l’Etat sur la Grande muette malienne. Il a exprimé toute sa tristesse lorsqu’il vit l’état dans lequel les soldats maliens combattaient au front, dans un état « pitoyable », « une honte » selon IBK. Une situation qu’il ne comprend nullement car « l’Armée a, tout de même, toujours eu son budget ». Des comptes doivent être rendus sur le sujet a dit IBK, ému et irrité de l’affront qu’a constitué la violation de l’intégrité territoriale du Mali.

IBK remet sur la table le débat sur l’avion présidentiel, un « fabuleux outil de travail » contre celui de « danger volant » d’ATT. « Vous ne m’avez pas élu pour me suicider ?! » 

En fin de rencontre, le Chef de l’Etat s’est prononcé sur d’autres sujets, beaucoup plus légers. Par rapport au nouvel avion présidentiel, le président le qualifia d’un « fabuleux outil de travail ». Sur l’ancien avion, il dira que le Sénégal et la Côte d’Ivoire avaient le même, qui se trouvent tous deux au garage aujourd’hui. Ces deux pays en plus d’autres comme le Niger ou encore le Tchad, ont fait le choix de l’achat d’un avion présidentiel flambant neuf. Alors pourquoi pas le Mali, s’est étonné IBK qui qualifia l’ancien engin de « danger volant ». Il ajouta ironiquement : « vous ne m’avez pas élu pour me suicider ?! ». Deuxième sujet, celui des logements sociaux, l’une des ardentes doléances des ségoviens qu’ils jugent trop petits : « c’est des cages » a-t-il lancé en présence du ministre en charge de l’habitat, Dramane Dembélé qui devra prendre toutes les dispositions pour qu’à l’avenir, les maliens aient « des logements plus dignes ».

La mouvance présidentielle, plus animée par l’ADEMA que le RPM ?

Durant toute une semaine, la ville des 4444 balanzans aura vécu au rythme effréné des lancements de travaux de chantiers et des inaugurations diverses d’infrastructures de développement attendus pour  améliorer la qualité de vie des populations de toute une région. Mais ce qui n’aura nullement pas échappé au regard attentif d’un observateur politique averti, c’est la grande mobilisation, pas très loin de la démonstration de force,  que la mouvance présidentielle a réussi dans la quatrième région  en donnant ainsi une  âme populaire et festive à la visite de terrain du Chef de l’Etat. A un moment de grande conjecture pour beaucoup de nos compatriotes surtout ceux vivants en zone  rurale, c’est une prouesse.  La mobilisation aura été beaucoup plus grande que celle atteinte, trois mois plutôt, dans la région de Sikasso qui a pourtant eu l’honneur d’accueillir la première descente de terrain du président IBK à l’intérieur du pays, surtout dans sa région natale. Mais la surprise fut ce constat de taille. L’accueil des grands jours dont a fait l’objet le président de la République et sa suite n’est pas, en grande partie, le fait du parti présidentiel le RPM, comme on aurait pu le penser. Surprise, l’« honneur » est revenu à l’ADEMA-PASJ de Tiémoko Sangaré, un autre parti membre de la Convention pour la Majorité Présidentielle (CMP). En effet, sur la plupart des affiches souhaitant la bienvenue à IBK, singulièrement dans les villes de Ségou, Macina ou encore de Niono, l’on pouvait clairement lire le nom de l’ADEMA-PASJ ; au point qu’un journaliste étranger membre de la délégation présidentielle à Ségou, ne sachant rien des arcanes de la politique malienne, aurait très certainement mis sa main au feu en pariant sur l’ADEMA comme étant  le parti du président en tournée que le RPM qui s’est fait plus timide. Mais, au-delà de la surprise que doit-on en comprendre ? Le RPM serait-il réduit  à Ségou à la seule ombre et au charisme éloquent de son président ? Est-ce aussi l’un des signes annonciateurs de cette fusion tant souhaitée par certains de voir les abeilles et les tisserands unir leurs forces pour constituer le fameux front de gauche au Mali ? Ou tout simplement, faut-il mettre ce travail de mobilisation à l’actif de la coordination régionale ADEMA de Ségou ? De toute évidence, le candidat, membre de la section ADEMA de Ségou et porte drapeau de ce parti aux dernières élections présidentielles, le Ministre Dramane Dembélé, l’enfant de Pelengana, serait aux dires de certains à l’origine d’une telle artillerie de masse. En tous les cas, la grosse mobilisation a été attribuée par beaucoup d’analystes politiques à l’expérience dans l’organisation de ce genre d’événement au Parti de Alpha Oumar Konaré, de Dioncounda Traoré, du Pr Ali Nouhoum Diallo et de l’ancien Ministre El Madani Diallo.  Les éclairages des  jours, mois et années à venir nous édifieront sur ce qui se trame à l’ombre de la CMP et sur l’avenir de la Gauche au Mali.

De notre envoyé spécial à Ségou                                                                                                                  

Ahmed M. Thiam

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