Financement approprié du secteur privé : Les mécanismes qui font défaut au Mali

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A l’occasion de sa rentrée annuelle, le REAO-Mali a réuni de nombreux économistes qui ont mis le doigt sur les obstacles à l’épanouissement des entreprises.

Lorsque vous rencontrez ou discutez avec des entrepreneurs maliens, ils affichent leur volonté de développer et même de s’internationaliser leurs activités. Certains d’entre eux ont, malgré les maigres fonds de départ, pu bâtir des empires financiers grâce à leur sens des affaires. En dépit de ces cas de réussite – qui sont loin d’être isolés, nos entrepreneurs souffrent d’absence de financement adapté à leurs besoins d’investissement. Pour trouver des solutions adéquates à ce mal, le Réseau de l’entreprise en Afrique de l’Ouest (REAO – Mali) a choisi le thème : «Mécanisme de financement d’une économie émergente : quels chaînons manquants au Mali ?», pour célébrer, vendredi dernier, sa rentrée annuelle 2019.

Animée par l’ancien Premier ministre béninois, Lionel Zinsou, cette thématique a réuni autour du Premier ministre Dr Boubou Cissé, des magnats du secteur privé malien, des diplomates étrangers, des partenaires techniques et financiers et autres spécialistes venus de divers secteurs d’activités.

Souhaitant la bienvenue à ses invités, le président de REAO a justifié le choix du thème par le fait que l’importance du secteur des finances dans le développement de l’activité économique se mesure par une mobilisation accrue de l’épargne pour un accroissement des financements à long terme et par une contribution positive à la balance des paiements. Or, les difficultés d’accès au financement constituent, à en croire Houd Baby, des défis majeurs à surmonter par le secteur privé au Mali, car ils (les défis) «retardent la réalisation de grands projets structurants par le secteur privé et constituent un handicap au développement de plus de 90% des PME/PMI».

Le décor ainsi campé, l’hôte du jour a esquissé quelques réponses à la problématique posée. Pour lui, les chaînons manquants sont : les fonds de capital risque, les sociétés de financement d’achat de crédits, la société de caution budget, les fonds de capital amorçage, etc. M. Baby a aussi rappelé la nécessité de la création d’une caisse de dépôt et de consignation qui avait été recommandée par le CNPM, lors de sa deuxième rentrée économique. L’occasion était alors opportune pour le conférencier d’attirer l’attention de l’assistance sur le fait que l’Afrique est le continent le moins financé de tout l’univers. Pour étayer ses propos, Lionel Zinsou a rappellé que le total des actifs financiers (addition des actions, des titres de propriété des entreprises, des obligations, titres de dettes etc) dans le monde correspond à quatre fois le Produit intérieur brut (PIB) du monde, citant le rapport biannuel de la Banque mondiale sur la stabilité financière. En Afrique, c’est une fois le PIB. Il est réduit à 0,7% si l’on enlevait l’Afrique du Sud : intermédiaire entre un pays développé et un pays africain en matière de financement de l’économie.
Paradoxalement, l’Afrique est, selon lui, le continent où l’endettement public est le plus faible et à qui l’on reproche pourtant le surendettement. Rapportée au PIB, la dette du Mali est, à titre d’exemple, moins de 40% : un taux extrêmement modéré, comparée à celui de certains pays développés où il atteint les 100% à 200% du PIB. De même, nos banques étaient dans l’incapacité de faire des crédits à longs termes.

A la suite du conférencier, des participants ont réagi dans les débats. La directrice des opérations de la Banque mondiale au Mali, Soukeyna Kane a pointé du doigt la faiblesse du cadre règlementant les affaires, la non diligence dans le traitement des dossiers judiciaires, le manque de capital humain, etc. Pour l’entrepreneur Ben Ba, il manque une banque de l’industrie où l’Etat aura une garantie qui permettrait d’avoir accès facilement au financement. Elle a aussi plaidé pour la disponibilité en abondance de l’énergie fiable et viable.

Avant de parler des efforts accomplis pour faciliter l’accès du secteur privé au financement, Dr Boubou Cissé a décelé, comme chaînons manquants, la carence des fonds d’autofinancement de la part des entrepreneurs et de ressources sur le marché financier sous-régional. Pour lui, l’Etat a, dans le but de résoudre l’insuffisance de fonds, mis en place des fonds de garanti et d’investissement en renonçant à une partie de la fiscalité qui est logée dans un compte afin de permettre de financier le secteur privé.

Aussi, des taxes ont été également associées, avant de les réduire. Une opération test consistant à réduire la TVA à 9% au profit de 20 produits fabriqués localement, est en cours, a annoncé le Premier ministre. Il a ajouté que, suite à la notation positive de notre pays par deux agences à la notoriété internationale, l’Etat compte résoudre les difficultés de financement de la dette intérieure, en levant des fonds sur les marchés financiers.

Quant au processus de mise en place de la caisse de dépôt et de consignation, il se poursuit, a rassuré le Premier ministre Cissé, ajoutant qu’il sera approprié de fusionner les cadres de concertation existants, en vue d’améliorer davantage le cadre règlementaire des affaires et d’optimiser le dialogue public-privé.

Cheick M. TRAORÉ

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