Editorial : Des hussards au pouvoir

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« Nous allons faire en sorte que la promotion des cadres ne soit pas liée à leur coloration politique ». Voilà ce que le candidat ATT proclamait au moment où il sollicitait les suffrages des Maliens. Charmante déclaration de foi qui ne pouvait qu’enchanter tous ceux que le fait majoritaire avait écartés de la gestion des affaires et qui se demandaient comment rebondir. Merveilleuse perspective pour ceux dont la compétence et le militantisme étaient plus que douteux et qui attendaient le rn

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« messie » auquel ils pourraient s’accrocher afin de s’arracher à leur train-train fait de déceptions et de frustrations. A la fin du mandat du Président ATT, peut-on affirmer que la promotion des cadres maliens a répondu au vœu du candidat ?

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Une fois élu, ATT s’est retrouvé avec une situation qu’il n’avait certainement pas envisagée et pour laquelle il ne s’était visiblement pas préparé : se retrouver avec tout le monde. Les partis politiques regroupés au sein de l’ACC et le Mouvement citoyen dont le désir de revanche était à la hauteur de leur incapacité à exister autrement que par ATT. Espoir 2002 qui souhaitait avoir les commandes du pays pour avoir voté pour ATT au second tour. Et l’Adéma qui est sorti premier en tant que parti politique et dont certains responsables et militants avaient choisi ATT au détriment de leur candidat. Dans cette situation où il ne fallait frustrer personne plus qu’il n’en faut, le Président de la République a oublié son vœu et a laissé chacun faire à sa guise. Avec bien entendu la part belle à ses amis du Mouvement citoyen. Et la palme revenant à la famille.

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La République a été prise comme un fromage où chaque trou devait être occupé ; et quand il n’y avait plus de trou, il fallait en creuser. Les partis s’en sont donnés à cœur joie. Hormis le quota qui revenait à la famille, selon les règles d’une loi non écrite faite d’allégeance et de courbette, les cabinets ministériels, les directeurs nationaux, et même les postes subalternes sont occupés par des militants de partis. Le vice qu’on se promettait de combattre est devenu une vertu pour tous. Même les verrous posés pour préserver certains postes réservés aux commis de l’Etat (comme secrétaire général de ministère), ont sauté devant la boulimie de ceux qui se comportent ni plus ni moins comme d’authentiques parvenus. Ceux que leurs partis ne peuvent pas insérer disposent d’au moins deux voies de recours : le Mouvement citoyen et la famille.

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Les amis de ATT se comportent comme des hussards. Pour eux, l’Etat c’est ATT. Et comme ATT est leur protecteur, tout leur est permis car tout leur est dû. C’est ainsi que toutes les directions nationales et générales, presque toutes les DAF des ministères, sont aujourd’hui gérées soit par leurs militants soit par des cadres reconvertis, obligés de hurler avec les loups pour être épargnés. Au hasard, on peut citer la Sotelma, l’INPS, la Direction nationale de l’Enseignement de Base dont le responsable vient de créer une coordination du Mouvement citoyen à Kati, la Direction nationale de la géologie et des mines dont le directeur clame depuis peu sa volonté de faire réélire ATT au premier tour etc. Ainsi les Maliens assistent impuissants et résignés à l’embrigadement et à la caporalisation (il n’y a là aucune référence au fait que ATT est général) de l’Administration par le Mouvement citoyen.

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Pour la famille, nous l’avons écrit dans un de nos précédents éditoriaux, tout va d’elle et tout revient à elle. C’est elle qui arbitre et c’est elle qui décide. Dès qu’un cadre se sent menacé, il cherche à s’adosser à la famille. Un cadre lorgne-t-il un poste « intéressant » qu’il trouve immédiatement des entrées au niveau de la famille. Un cadre cherche-t-il à durer à son poste qu’il se trouve des liens, même élastiques, avec la famille. La famille est devenue un épouvantail pour faire peur à ceux qui tentent de marcher dans les clous. La famille est devenue un bouclier pour ceux qui cherchent à contourner les normes et les procédures. La famille est devenue une soupape de sécurité pour tous ceux qui ont compris que c’est le seul et unique poste de commandement opérationnel. Quand les beaux-frères sont bloqués, on fait appelle à Mabo ; quand celle-ci est impuissante, ce qui est rarement le cas, on monte voir Lobbo. Et à ce jeu, les beaux-fils ne sont pas les plus manchots. Chacun y va de sa pression, de son trafic d’influence, de ses prétentions etc.

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Et ATT dans tout ça ? Il regarde et il laisse faire. Histoire de se ménager une porte de sortie et de clamer qu’il n’est au courant de rien.

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Elhadj Tiégoum Boubèye Maïga

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