Sahel : la France en perte de vitesse

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Une Classe dirigeante aux antipodes des réalités internationales, une classe politique prétentieuse et inculte, une culture qui s’affaisse, une économie moribonde et surpassée par les revendications internes, une image ternie auprès des alliés et un doute persistant sur ses capacités à relever les défis de l’heure, voilà l’image que renvoie la France du Général De Gaulle, de Mitterrand ou du bien-aimé Chirac. La France est décrédibilisée partout et son rayonnement n’existe que dans les souvenirs. Elle perd du terrain partout et particulièrement en Afrique, continent où survivent la plupart de ceux qui voulaient encore y croire. La question du Sahel est venue mettre à nu les tares que le souvenir de la gloire passée cachait encore aux yeux profanes. Les pays occidentaux qui s’adossaient sur sa connaissance du terrain et des hommes, dans cette partie du monde, sont ahuris par l’amateurisme des services français et de leurs décideurs qui perdent du terrain dans l’espace et dans le cœur des africains. Les quelques chefs d’Etat encore prétendus fidèles à la France, n’en sont en fait que ses obligés, craignant pour leur sort face à des peuples de plus en plus indomptables et de moins en moins naïfs et faciles à duper. Le bon sens, n’est plus la chose la mieux partagée, en matière de politique française. Voilà le regard d’experts indépendants sur la France.

Si l’on pouvait attribuer le début de ce déclin à la vision criminelle de Sarkozy de vouloir, coûte que coûte, faire taire Kadhafi à qui il a pris beaucoup d’argent, comme un vulgaire voyou, le reste de l’histoire est bien partagé par ses successeurs à l’Elysée.

François Hollande d’abord. Hollande avait vu juste de répondre par l’affirmatif au cri de détresse lancé par le président malien par intérim, quand les hordes barbares menées par Iyad Ag Ghali se dirigeaient menaçantes vers Bamako, avec dans leur tête un projet des plus macabres : Réduire la Démocratie malienne en une nuit sans fin de supplices et d’intolérance. Juste après, il commit le pire des péchés qui allait engendrer tout le reste. La France libéra Gao et Tombouctou, y désarma contre promesse d’intégration dans les forces maliennes, la jeunesse Songhay qui avait vaillamment résisté aux hordes terroristes. Ensuite la France et SERVAL continuèrent leur chemin, seuls vers Kidal, et firent exactement le contraire face aux mouvements Touaregs. Mieux ils remirent en selle le MNLA, désarçonné quelques mois plutôt par ses alliés, sur fond de contrôle du pouvoir. Celui-ci les paya en monnaie de singe : il a tranquillement renoué les relations avec les vrais maîtres des lieux, offrit une virginité à beaucoup d’entre eux, en faisant juste changer le nom de leurs organisations et en les invitant dans un processus politique de dupes qui n’en finit pas de révéler ses artifices.

Emmanuel Macron ensuite. Macron vient tout de bonne foi, mais totalement lié par le sentier tracé par ses prédécesseurs. Totalement innocent, il répète ce qu’on lui dit dans les couloirs de l’Elysée, il se laisse embobiné sans discernement par la voie tracée des médias français, complices dès le début de la forfaiture de Sarkozy (RFI en première ligne). Il tombe dans le piège et se fait avoir par des lobbies tapis dans la sphère médiatique française et qui ont tout fait pour étouffer les vraies voix du Sahel. Il ignore superbement les mises en garde des plus lucides de ses compatriotes sur le dossier malien et sahélien que sont les Nicolas Normand, les André Bourgeot et autres Rouillet. Sa politique sahélienne viciée dès le début et basée sur le mensonge originel ne pouvait qu’échouer en causant à la France discrédit et opprobre.

Aujourd’hui, beaucoup de ses alliés sont déçus et le cachent à peine. Beaucoup refusent poliment mais fermement de s’engager dans les forces qu’elle propose pour le terrain et regardent d’un très mauvais œil sa politique injuste à l’égard des communautés autochtones qu’elle veut marginaliser. De grandes puissances européennes et occidentales tournent le dos aujourd’hui à la politique française au Sahel. Qui en refusant de participer à la mort-née force Takuba, qui en voulant plier bagage ne voulant point être complice d’injustices et d’échecs cuisants qui s’en suivront, chacun a ses raisons de s’éloigner d’une machine en panne aveugle et avançant droit dans le mur.

Par ailleurs d’autres puissances gagnent de l’estime dans le cœur du Sahel et de l’Afrique, car leurs interventions ailleurs, basées sur le soutien véritable aux populations ont fait tache d’huile. Les relations secrètes se nouent, des stratégies se mettent en place. La France est la seule responsable de son isolement futur.

Beaucoup s’interrogent sur la capacité des experts sécuritaires de Paris. En effet comment comprendre que Labezzanga, frontière malienne d’avec le Niger, zone en pleine insécurité, soit abandonné, ses populations sans secours à quelques kilomètres des bases les plus importantes de BARKHANE que sont Gao et Niamey. Que renvoie-t-on comme message ?

Comment comprendre que l’armée nationale n’ait pu pénétrer à Kidal qu’après un discours de 10 secondes de Macron et cela après 5 ans de tentative des autorités maliennes, des centaines de morts et autant de veuves et d’orphelins. L’arrivée de l’armée malienne parait aujourd‘hui comme un non-évènement aux yeux de l’opinion au Sahel et au Mali, (malgré tous les efforts   de propagande de RFI et de ses correspondants qui s’égosillent à trouver les mots qu’il faut) parce que nous ne le devons pas à un processus politique normal, mais à la seule volonté de ceux qui la tiennent depuis toujours : les soutiens français. A l’heure du divin INTERNET, personne n’est dupe en Afrique et chaque smartphone dépasse en soi le plus grand consortium communicationnel. Seul les médias qui veulent se couvrir de ridicule tentent encore de vouloir berner à la place de l’information vraie.

Comment comprendre que les nombreux crimes de guerre commis sur les soldats maliens depuis Aguelhoc puissent être tenus en silence voire enterrés, ainsi que les crimes contre l’humanité perpétrés dans les villes alors sous occupation. Comment comprendre le silence des médias français si prompt à dénoncer le moindre faux pas en Afrique.

Aujourd’hui, et au regard de tout ce qui précède,  mieux que le Sahel, c’est la méthode française qui est à l’étude, à la fois chez ses alliés occidentaux et chez ses potentiels adversaires du reste du monde. Chacun regarde avec intérêt comment la France se comporte, ce qu’elle fait, avec qui et à quel dessein. La venue au Sahel des différentes puissances continuera de plus belle, favorisée par l’incapacité française à pacifier ses anciennes colonies ou anciens protectorats à travers le monde. Les peuples africains maitres de leurs terroirs feront leur choix et iront là où leurs intérêts et la justice sont sauvegardés.

Sidi Diarra

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