Djimé Kanté président de l’AGSS : “Ils ont tout perdu”

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Parmi les structures qui aident les déplacés de Bamako, Association Globale Santé et Solidarité, AGSS. Djimé Kanté, son président, revient sur la situation des déplacés internes et ce qu’ils font pour les soulager. Entretien.

Mali Tribune : Qui sont ces déplacés ?
Djimé Kanté : 99 % sont des Maliens et les reste sont d’autres nationalités, telles que les Ivoiriens, les Burkinabés, les Nigériens, des Guinéens, nos voisins de la sous-région qui étaient installés dans les localités où il y a eu des crises. Ces déplacées sont pratiquement des Maliens, peulhs, dogons, bozos, senoufo, minianka, toutes les ethnies du Mali.

Mali Tribune : Ils viennent d’où ?
D. K. : Essentiellement des 4ème et 5ème régions du Mali. Et ils en viennent de la sous-région, qui ont trouvé refuge sur le sol malien lors des attaques. Ces déplacés sont constitués de plusieurs vagues. La première est arrivée au début des attaques des terroristes au nord du pays en 2012. Ils n’étaient pas nombreux et étaient éparpillés dans plusieurs localités du Mali. La plupart était installée chez des parents ou des connaissances. Mais la grande vague a commencé lorsque les conflits ont pris une autre tournure et a embrasé le centre du Mali. Ce qui fait que depuis bientôt 4 ans, certains sont venus s’installer chez leurs parents. La majeure partie s’est installée sur les immondices, vers le marché de bétail de Faladiè. Et quelques-uns éparpillés dans tout Bamako. A chaque attaque dans le centre ou le nord du pays, les déplacés se multiplient.

Mali Tribune : Depuis quand sont-ils à Bamako ?
D. K. : Ça va faire bientôt 4ans qu’ils sont à Bamako.

Mali Tribune : Qui sont ceux qui leur portent assistance ?
D. K. : Les autorités maliennes. Également les organisateurs de la société civile, des ONG, des voisins, des personnes de bonne volonté, un soutien qui vient de partout. Les premiers qui leur sont venus en aide avant même que l’opinion nationale soit informée, c’était les voisins, l’aide ne manquait pas de leur côté : des couvertures, de la nourriture, de l’argent pour leur prise en charge médicale. Et c’est après que nous sommes venus. Nous avons fait des vidéos qui ont été partagées un peu partout sur les réseaux sociaux pour informer l’opinion nationale des conditions de vie de ces personnes. Et cette manière de faire a suscité des altercations entre nous et les autorités locales, notamment la police qui n’était pas d’accord avec notre façon de faire et la direction nationale du développement social, les autorités sanitaires, et beaucoup d’autres. Aujourd’hui, au vu de la mobilisation générale, je pense que nous avons atteint notre objectif.

Mali Tribune : Sont-ils bien installés surtout en cette période d’hivernage ?
D.K : Ils sont mal installés, très mal même. D’abord il faut reconnaitre que ce sont des personnes qui n’aiment pas du tout Bamako. Ils préfèrent de loin leur milieu naturel, leur tente, leur case, leur pâturage, et tout cela leur manque. Une personne qui n’est pas dans son environnement naturel et habituel n’est pas à l’aise dans un autre. Ils y’a des déplacés qui ont perdus la vie à cause de leur situation sanitaire, et le plus souvent ils meurent de malnutrition et des maladies respiratoires. Ils sont confrontés à des maladies, des difficultés, comme l’incendie qui est survenue au camp des réfugiés de Faladiè qui a fait beaucoup de dégât. Ils y ont perdu le peu de bien qu’ils avaient, leur bétail, matériel, habitat. Et ceux de Yirimadjo, sont dans les mêmes conditions, et d’autres sont vers Sénou, et par rapports aux autres camps eux ils sont bien installés.
A cause de l’incendie qui a rasé le camp de Faladiè, une importante vague a quitté là-bas pour s’installer à Sokoniko, au centre Mabilé. Là-bas, il y a la Protection civile, le comité local de développement et d’autres services de l’Etat. Leurs conditions sont acceptables, parce qu’ils ont l’eau potable, et l’électricité.
Il faut que les autorités tiennent leurs promesses. Les déplacés ont besoin de plus d’aide et de soutien pour améliorer leur condition de vie. Et ces personnes veulent vraiment retourner chez elles. Or, sans la paix, leur retour est incertain. Donc l’Etat doit tout mettre en œuvre pour que ces conditions soient réunies. Multiplier les actions en leur faveur. Ils ont tout perdu, et le minimum qu’on puisse faire, c’est de les mettre à l’abri et malheureusement ce n’est pas le cas.

Billet: Loin du foyer
Plus 300 000 personnes sont toujours déplacées au Mali des années après la crise, qui a contraint des milliers de familles à fuir leur foyer.
Depuis 2012, la situation sécuritaire et humanitaire dans le pays est très instable en raison de l’insécurité croissante provoquée par les attaques terroristes, les conflits intercommunautaires et les violentes attaques perpétrées contre les civils dans le nord et le centre du pays. Le Mali se trouve actuellement à un tournant et le moment est venu pour toutes les parties prenantes de se pencher sur la reconstruction du pays, le relèvement précoce et la résilience à moyen et le long terme des personnes affectées par le conflit et la crise humanitaire, selon un rapport du HCR.

Déplacés internes : Se reconstruire loin de chez soi

Au Mali, le nombre de déplacés internes se multiplie depuis l’occupation du Nord par les rebelles.

Depuis le début des affrontements entre les rebelles et l’armée dans le nord du pays en début 2012, des milliers de personnes ont fui leur domicile. Ces affrontements ont plongé le sort de la population civile dans un avenir incertain, déjà vulnérable et touchée par la sécheresse et l’insécurité alimentaire qui frappent les régions du Sahel.

La situation s’est empirée le 22 mars 2012, avec le coup d’Etat perpétré par certains éléments des forces armées maliennes. L’organisation rebelle touareg appelée Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et ses alliés islamistes ont profité de cette occasion pour déclarer la sécession du nord du Mali. Cependant, les islamistes n’ont pas tardé à écraser le MNLA et à prendre le contrôle de la majeure partie de la région, y compris Tombouctou.

Les services essentiels ne sont plus assurés auprès de la population et des violations des droits de l’homme ont été signalées. Du fait de la présence de groupes lourdement armés, les organisations humanitaires n’ont quasiment plus accès au nord du Mali. Une situation qui a entraîné le déplacement interne de plus de 204 000 personnes, tandis que des centaines autres se sont réfugiés dans des pays voisins, tel que la Mauritanie, le Niger, le Burkina Faso.

A Bamako précisément à Faladiè, des déplacés se sont installés sur le dépôt d’ordure près du marché à bétail. Ils en ont fait leur domicile, et sur le site, vivent, pas moins de 400 familles, dont 173 hommes, 227 femmes, et 524 enfants. Et tous vivent sous des tentes et hangars sans plus. Ces enfants ne sont pas scolarisés. Depuis leur arrivée à Bamako, leur scolarisation est restée sans suite.

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