Santoutou Kanouté : Une carrière musicale de plus de 40 ans

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Dans une interview qu’il nous a accordée, Santoutou Kanouté, la voix du Khasso nous en dit plus sur lui et sa carrière musicale. Lisez plutôt.

Le Tjikan : Pouvez-vous nous dire qui est Santoutou kanouté ?

Je suis griot du Khasso à Kayes. Je suis le fils de Djeli Garan Kanouté et de Goundo Kanouté.  Mon père fut musicien, ma mère était artiste tresseuse. C’est elle qui tressait les dames à la biennale. Ses photos sont dans les archives. J’ai étudié à l’Institut National des Arts (Education musicale), je suis musicien  et j ai fait aussi les études sur la lecture du Coran. Je suis Technicien Supérieur  des Arts et médaillé du mérite national.

Comment vous portez-vous  sur le plan professionnel ?

Tout va bien, rien de grave, j’exerce deux fonctions, je suis dans l’administration et sur la scène musicale.  Je continue toujours sur la scène musicale.

Comment êtes-vous venu dans la musique ?

J’ai commencé comme tout griot en famille d’abord. J’ai commencé à jouer au N’Goni, de la guitare dans les années 1970. Après, j’ai commencé à jouer à l’orchestre Felou Star de Kayes, c’était après la biennale de 1976. C’est de là que je suis venu aux Messagers de la capitale en 1982. Et c’est là que ma carrière professionnelle a commencée. Le Felou Star était l’orchestre du  cercle avant de devenir régional. C’est cet orchestre qui représentait la région de Kayes.  Après les Messagers de la capitale, je suis venu à l’ensemble instrumental national, et après, j’ai encadré l’orchestre régional de Bafoulabé et j’étais aussi parmi les encadreurs de l’orchestre régional ensuite au Badema National  et actuellement à la Direction Nationale de l’Action Culturelle en tant que chef de section échanges culturelles.

Comment ont été vos débuts dans la musique ?

Difficiles parce que j’avais un grand frère qui faisait de la musique aussi. Lui il ne voulait pas que moi je le fasse. Mais il y avait un autre qui voulait que je fasse de la musique et qui  s’appelait Moussa Mory Sacko. C’est lui qui m’a beaucoup appuyé. C’est lui qui a chanté Mali Sadio qui a été aussi interprété par  Mangala Camara. Il m’a  encadré et m’a beaucoup aidé.

Est-ce que vous avez eu à produire des albums?

Bien sûr, j’ai produit six (06) albums. Le premier s’appelle « Santoutou », le deuxième « Mirador », le troisième « Hommage à Babani Sissoko », le quatrième « Donamba » dédié aux grands danseurs de Kayes, le cinquième a été distribué en France, l’album portait le nom du Khasso au Mali et en France. Le même album portait le nom de « Tananimeré » et le sixième c’est « Tadjokho » qui veut dire la succession.

Quels sont les principaux thèmes que vous traitez dans vos chansons ?

Des thèmes sociaux et éducatifs. J’ai chanté Maliba pour évoquer la grandeur du pays, pour semer le patriotisme. Je me suis référé à un morceau du Manding qui dit que  « Soundiata n’a pas fui à la guerre » ou « la mort vaut mieux que la honte ». J’ai chanté avec d’autres artistes sur la paix.

D’où est ce que vous tirez votre inspiration?

L’inspiration me vient selon les circonstances. Par exemple, ma chanson Maliba m’a été inspirée par la crise. Donc, étant dans la douleur, j’ai chanté le Mali pour faire connaitre  certaines vérités.

Est-ce que vous avez rencontré des difficultés durant votre carrière musicale ?

Le premier producteur qui m’a produit n’a pas été honnête avec moi. C’est ce qui m’a poussé à faire de l’autoproduction, mais la promotion n’était pas facile. Certains disaient  qu’il n’ya plus de musicien au Khasso parce que les Ousmane Sacko ne sont plus, mais moi, j ai fait de mon mieux et j’ai fait deux albums de dix titres entièrement en Khassonké. Notre problème est que les Khassonkés ne soutiennent pas leurs artistes et moi je souffre de cela.  Je suis un homme de terrain, un généraliste. Je fais toutes sortes de musique du pays que ce soit du Tamashek, du Bamananka et autres.

Quelle est la plus grande satisfaction que vous avez tirée dans votre carrière musicale ?

C’est quand j’ai été invité par le conseil de l’entente des Khassonkés de la France. Cela m’a beaucoup honoré et ils m’ont discerné le prix du meilleur artiste Kassonké.

Est-ce que vous tirez profit de la musique?

J’ai pu supporter toutes les charges de ma famille à travers la musique, la prise en charge de mes enfants et grâce à la musique, j’ai pu construire ma maison.

Vous êtes témoin au moins de deux générations d’artistes. Quelle est la différence entre l’ancienne et la nouvelle génération ?

L’ancienne génération se manifeste par  le patriotisme. Eux, ils ont chanté pour le pays et se considèrent comme hommes de caste. Ils cherchaient toujours à réparer, mais aujourd’hui, avec la nouvelle génération, c’est du n’importe quoi. Il n’ya plus de respect, les thèmes qu’ils développent, c’est du n’importe quoi et cela ne sensibilise pas. C’est une grande différence. Quels conseils donnerez-vous aux jeunes générations ?

Je reviens au mot dignité « Dambé ». Il faut connaître cela car une personne qui ne connait pas cela ne peut pas respecter son prochain. Il faut qu’elles viennent apprendre auprès des anciens. Il y a la diction, le côté vestimentaire, comment transmettre le message, quel thème aborder sans blesser un autre. Les griots doivent être des messagers pour le peuple .

Qu’est ce que vous pensez du piratage ? Avez-vous  été victime ?

Tous les artistes sont en train de souffrir à cause du piratage, surtout actuellement avec les clés USB, avec les cartes mémoire. Il faut que le Bureau Malien du  Droit d’Auteurs prenne l’exemple sur les occidentaux, qu’il les approchent et apprenne comment lutter contre ce fléau.

Il y a certains qui viennent  me dire qu’ils ont mes chansons dans leurs téléphones alors que c’est de l’argent que j’y ai investi. De l’argent que je ne vais pas pouvoir compenser. C’est pour cela que je me contente maintenant de mes  « Diatiguis » qui m’invitent lors de leurs  cérémonies de mariages et baptêmes car  j’ai arrêté de faire la production.

Avez-vous un message à l’endroit des autorités maliennes ?

Il faut que le gouvernement soutienne les artistes, que les opérateurs téléphoniques s’acquittent de leurs devoirs envers les artistes.

Propos recueillis par Fatoumata Fofana

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