Transition : Moctar Ouane face aux défis

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Le président de la transition, Bah N’Daw, a procédé, le dimanche dernier, à la nomination de Moctar Ouane comme Premier ministre de la transition. Le diplomate de 64 ans aura la lourde mission de mener les réformes institutionnelles et constitutionnelles indispensables au bon fonctionnement du pays et d’organiser des élections libres et transparentes. Pourrait-il relever ces défis ? Son intégrité morale et son parcours professionnel plaident en sa faveur.

Le nouveau Premier ministre, Moctar Ouane, doit faire face à une crise multidimensionnelle. Presque tout est à faire en 18 mois de transition. Car le Mali en bute à une crise politique, sociale, économique, sécuritaire et sanitaire. Le nouveau Premier ministre a donc du pain sur la planche. En effet, il va devoir composer avec une classe politique divisée pour des intérêts personnels et égoïstes, mais aussi avec une junte militaire qui est passé maître dans l’art de brouiller les pistes. Donc, la tâche ne sera pas du tout facile pour le nouveau chef du gouvernement de transition qui doit mettre tout son poids dans la balance pour éviter d’être manipulé par les différents acteurs qui veillent sur leurs intérêts partisans. Il doit aussi prendre ses distances avec une junte qui tient à jouer les premiers rôles dans une démocratie en reconstruction.

Les chantiers qui attendent le PM sont énormes. L’économie a pris un sérieux coût durant ces derniers mois. Sa relance va prendre des mois, voire des années. En avril dernier, le Fonds monétaire international (FMI) a décaissé 200 millions de dollars pour soutenir l’économie. Toutefois, le climat social pourrait être tendu dans les prochaines semaines si les accords signés avec le Comité National pour le Salut du Peuple (CNSP) ne sont pas respectés. Il s’agit, notamment, de l ‘application de l’article 39 qui induit une revalorisation salariale pour les enseignants.

Mais, la question urgente reste aussi les réformes institutionnelles et constitutionnelles. Les élections législatives contestées d’avril dernier ont été le détonateur de la crise politique malienne. Le premier ministre Moctar Ouane doit être en mesure de céder son fauteuil après des élections transparentes avec à la clé un fichier électoral consensuel, quête qui fait partie des soucis majeurs des Maliens et de la classe politique nationale. Parce que la bonne organisation du scrutin rassurera les populations d’un pays qui aura frôlé la catastrophe.

Ibrahima Sangho, spécialiste des questions électorales et de gouvernance, préconise la relecture des textes qui encadrent les élections au Mali : “La relecture des textes, c’est d’abord par rapport à la Constitution du 25 février 1992 qui a donné des pouvoirs exorbitants à la Cour constitutionnelle. Pour qu’on puisse avoir un organe unique de gestion des élections, il faut enlever les prérogatives qui sont contenues dans la Constitution à la Cour constitutionnelle“.

Autre chantier urgent pour Moctar Ouane, la gestion de la crise du nord avec une stratégie claire sur l’accord d’Alger et le retour de la paix et la fin des affrontements intercommunautaires au Centre, la refondation de l’Etat-nation, la préservation de l’intégrité territoriale du Mali avec le retour effectif de l’administration sur l’ensemble du territoire national.  Les multiples scandales financiers qui ont fait l’objet d’articles de presse mais qui n’ont jamais fait l’objet de procédures judiciaires devant les juridictions compétentes doivent faire l’objet d’enquêtes.

Alors, arrêtons tout de suite les longs discours et les procès d’intention. Il faut se mettre au travail. Même s’il y a des craintes, le nouveau PM doit pouvoir faire face à ces immenses chantiers, lui qui est réputé intelligent et honnête. Si l’on s’en tient à sa biographie, il doit pouvoir, en effet, relever ces défis.

Mémé Sanogo

 

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