Au rythme de la politique : La prorogation des mandats passe à l’assemblée nationale : Sur fond de passe d’armes entre l’Adéma et le RPM

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Déclaration de l’assemblée nationale du maliEn dépit de leur appartenance à la même mouvance politique -la majorité présidentielle- la vielle rancœur entre le parti des lAbeilles et son excroissance devenue majorité continue de résister à l’érosion du temps ainsi qu’au contexte. Les deux formations se regardent toujours en chiens de faïence et le moindre enjeu -ou ce qui apparait comme tel- est susceptible de déclencher des hostilités sur fonds de règlement de comptes partisans.

La loi de prorogation exceptionnelle des mandats des collectivités a donné lieu, Vendredi,  à un levée de boucliers très latent depuis le début de la 4e législature marquée par une nette suprématie du parti présidentiel, le Rassemblement pour le Mali.

La prorogation des mandats, qui s’était déjà heurtée aux vives contestations, y compris du département de tutelle, est l’objet du dépôt N° 2015-68/5L arrivé à l’Assemblée nationale sous forme d’un article unique libellé comme  suit : «Les mandats des conseils communaux, des conseils de cercle, des conseils régionaux et du district sont prorogés à titre exceptionnel, à compter du 27 Octobre 2015». Mais, la procédure législative a dû relever des insuffisances à cette formulation, inspirant par conséquent aux députés près d’une demi-dizaine d’amendements ayant fait l’unanimité ou presque au sein des différentes composantes parlementaires.

Il s’agissait pour la représentation nationale d’encadrer la prorogation des mandats de garanties temporelles qui puisse éviter le recours permanent de l’Exécutif à une caution législative pour faire fonctionner les collectivités. Ainsi, l’article principal du projet gouvernemental a été modifié pour prendre en compte, non seulement le début de la prorogation des mandats, mais également son extension jusqu’à l’installation des nouveaux conseils des collectivités territoriales.

Si cette retouche substantielle fait l’unanimité, il n’en est pas, pareillement, pour les motivations de la mesure. Pendant que tous croyaient que la polémique autour de la loi a été définitivement tranchée par le gouvernement majoritaire à l’Assemblée nationale, des appréhensions et amertumes devaient rebondir de plus belle à la faveur des débats sur le rapport présenté par la commission parlementaire en charge de l’administration territoriale et de la décentralisation. Cette dernière a en fait égrenée un long chapelet de motivations qui imposent une préférence à la prorogation des mandats au lieu d’une organisation d’élections ou encore d’une installation des délégations. Insécurité résiduelle, absence de l’administration ainsi que du collège électoral dans la partie septentrional, etc. Voilà autant d’arguments jadis défendus par une majorité écrasante de la classe politique lors des concertations avec la tutelle et qui ont fini par l’emporter auprès des hautes autorités en conseils des ministres.

Quid du recours aux délégations ? Selon les explications fournies par le ministre de la Décentralisation, qui a défendu la loi devant les députés, l’option des délégations spéciales, en plus de n’être pas assez prisée auprès des potentiels partenaires des collectivités, n’est tout simplement pas réaliste dans un pays encore non sécurisé sur au moins deux tiers de son territoire.

Ces explications n’auront visiblement pas été persuasives au point d’empêcher que  des voix dissidentes faussent l’unanimité tant espérée autour de la loi à travers cinq parlementaires Rpm ouvertement affichés contre le projet gouvernemental. A défaut d’empêcher le vote de la prorogation des mandats, ils ont mis à nu la nature sournoise qui caractérise les rapports entre mastodontes de la majorité présidentielle faite de cohabitation au forceps sur fond de calculs et d’intérêts politiques quasiment conciliables.

Les protagonistes de cette adversité, à la grande satisfaction de l’opposition, dont ils furent la risée, l’ont étalée par le biais d’une passe d’armes sans commune mesure ayant mis à nu dans toute la dimension de la solidité de leurs barrières d’incompatibilité.

Les hostilités ont été déclenchées par le député Rpm de la Commune III, Pr Ouattara, avant d’être exacerbées par l’un de ses camarades élus de Kéniéba. L’Honorable Sissoko, c’est de lui qu’il s’agit, ne s’est point encombré de pudibonderie pour exprimer haut et fort son opposition à la loi, dénonçant des enjeux autres que ceux développés par le ministre et la commission parlementaire saisie sur le fond du dossier. Il estime en clair que derrière les arguments évoqués se cache une discrète intention d’éterniser la majorité sortante des conseils de collectivité à des fins de financements publics des partis politiques, malgré la volonté du peuple de sanctionner par le changement la gabegie caractéristique de leurs gestions.

Le vote de la loi de prorogation est donc contraire à la dynamique d’alternance exprimée par les Maliens en 2013, en a–t-il conclu, en mentionnant par ailleurs la peur bleue des conseils sortants d’aller aux élections.

Ces allusions ne sont pas tombées dans une oreille de sourd. Car, la réaction n’a pas tarder à venir du côté du quatrième vice-président de l’Assemblée nationale, le député Adéma, Hamada Sokouna. L’élu de Yélimané, prenant sur lui les déclarations du collègue et allié du Rpm est systématiquement monté au créneau pour soutenir que la prorogation des mandats ne repose sur une motivation autre que la nécessité de permettre le fonctionnement des collectivités et  l’expression d’un élan patriotique contre le risque de cautionner une division du pays. Organiser des élections partielles sans les régions septentrionales consacre tout simplement la scission, a laissé entendre l’honorable Sokouna, avant que deux de ses camarades de même obédience, Sékou Fantamadi Traoré et Aziza Mint Mohamed, ne renchérissent successivement : l’un pour défendre la puissance électorale de l’Adéma, l’autre pour évoquer les raisons objectives qui sous-tendent la prorogation des mandats.

De quoi alimenter davantage la polémique du côté de son collègue du Rpm, l’honorable Kouyaté de Kolokani, qui a enfoncé le clou en insistant longuement sur la mauvaise gouvernance caractéristique de  la gestion des conseils de collectivité majoritairement contrôlés par les alliés de l’Adema. Et, Mohamed Tounkara de Kati de marteler à son tour qu’une prorogation peut faire obstacle au confort de la majorité Rpm mais ne l’empêchera jamais.

La députée Rpm, lue à San, L’honorable Fatoumata Niambali, a beau jeu de calmer les ardeurs partisanes en rappelant -un précédent- que l’épisode risque de créer entre alliés de la majorité parlementaire. Il se trouve que la révélation de ses contradictions aura déjà été accomplie.

 

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