Adoption de la loi sur la promotion du genre au Mali : l’indifférence des leaders musulmans

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Qui ne dit mot, consent ? Cette question mérite d’être posée face au silence plus que troublant des organisations musulmanes par rapport à l’adoption par les députés de la loi portant promotion des femmes dans les instances de décision. Les leaders religieux qui ont toujours eu leur mot à dire sur les questions importantes de la nation comme on l’a vu de par le passé, ont préféré gardé un silence de carpe concernant cette loi sur un domaine aussi sensible qu’est le genre.

Initiée et défendue par madame le ministre de la Promotion des Femmes, le vote  de cette loi a eu lieu  jeudi soir  très tard dans la nuit à l’Assemblée nationale par  115  voix pour, 22 voix contre et 0 abstention. Contrairement à d’autres lois ordinaires, cette loi a été votée  par les députés à bulletins secrets, par peur de se voir remarquer par les leaders religieux très souvent craints dans la gestion de la vie sociopolitique au Mali.

La loi accorde 30% des postes aux femmes dans les instances électives et nominatives. Désormais, la recevabilité d’une liste de candidature est soumise à la proportion maximale de 70% de femmes ou d’hommes.

Elle a été initiée suite aux inégalités entre hommes et femmes dans le monde. Selon le rapport annuel sur « l’écart entre les genres » publié par le Forum économique mondial, sur les 109 pays étudiés, 103 ont réduit les disparités entre hommes et femmes, mais 6 dont le Mali ont connu une détérioration des perspectives offertes aux femmes.  C’est dans ce contexte que le parlement malien a adopté cette loi relative à la promotion des femmes dans les instances de décision.

Les statistiques de l’Assemblée nationale font état de 8 maires sur un total de 703. Sur les 10774 conseillers communaux, on ne compte que 927 femmes. De même, les conseillères nationales ne sont que 6 sur 73, soit moins de 10%, précise le rapport de la commission. Il ressort que  dans l’environnement politique régional et mondial actuel, le Mali occupe le 66e rang sur 97 pays classés, pour la représentation des femmes dans le gouvernement, et le 12e rang sur 145 pays classés, au plan de la représentation dans le parlement.

Si aucun homme politique ne s’est prononcé ouvertement contre cette loi, ils sont nombreux à émettre des réserves quant à sa forme et contenu actuel. C’est le cas de l’opposition parlementaire qui avait souhaité l’approfondissement de cette loi avant son adoption. Faute de quoi, elle a préféré se reserver en votant contre.

Le troisième vice président de l’Assemblée nationale, l’honorable Mody N’Diaye a indiqué que l’opposition n’est pas contre la promotion des femmes, mais que celle-ci s’effectue dans la règle de l’art. Selon lui, il faut d’abord réformer la société pour pouvoir bien appliquer ce genre de texte.  Et de conclure que dans certaines localités du pays, quel que soit votre pouvoir, vous n’aurez pas de femme sur votre liste.

Quant à la majorité, elle a tout simplement suivi à la lettre l’instruction du président de la République en la votant sans murmures.

Selon une source, le RPM ne s’est jamais prononcé à l’interne sur cette loi bien qu’elle ait été prévue de discuter dessus lors de la dernière conférence nationale du parti.

Très réservés, les leaders religieux ont une posture sur cette loi qui n’est pas claire. Si certains, dont le président du Haut conseil islamique, refusent de se prononcer, d’autres comme le leader Cherif Ousmane Haidara et Chola Bayaya ne voient de pas de mal dans la promotion de la femme. Chérif Ousmane Madani Haidara se dit favorable à cette loi, surtout que «Oumou Salam, l’une des épouses du prophète Mohamed (PSL) était sa 1ere et principale conseillère. Aussi, ajoute t-il, le Mali a connu une femme Premier ministre, gouverneur du district, etc.  A en croire le guide spirituel d’Ançar Dine, ni le Coran, ni les hadiths ne sont contre la promotion de la femme. C’est également la position de Chola Bayaya, un prêcheur réputé de Bamako.

Du coté des  femmes musulmanes, la prudence est également de mise. Selon madame Mariam Coulibaly, l’une des responsables de l’UNAFEM, il n’y a aucune, à son avis, qui soit contre le fait que les femmes soient nombreuses dans les instances de gestion du pays. Les femmes, dit-elle, ne peuvent se réjouir d’une telle loi. Mais elle demande à ses consœurs et filles qui auront la chance d’avoir une partie du pouvoir, à l’exercer dans les limites définies par la religion musulmane.

Le président de l’Union des jeunes musulmans du Mali, Maky Bah va donner la position officielle de son association lors d’une rencontre qui sera organisée à cet effet. Que cache cette prudence ou ce silence inhabituel des leaders religieux musulmans par rapport à l’adoption de la loi sur la promotion du genre? En attendant de trouver la réponse, les Maliens peuvent se contenter du principe sacro-saint du droit qui  enseigne que «qui ne dit mot, consent»

M’Pè Berthé

 

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1 commentaire

  1. Au lieu de nous livrer à de villes disputes nous avons pire ennemi à bannir: la destruction au nom de la religion qui a pour but de reformer la société en vue d’une convivialité harmonieuse.
    Nos femmes/ sœurs/ filles ont plus de pouvoir dans nos foyers donc + de rôle/ responsabilité social que celles dans les familles des initiateurs et législateurs de cette loi à commencer par Mr la Ministre de la famille qui ne peut qu’envier ses consœurs. Quelque part il faut qu’IBK satisfasse ses promesses électorales et pour moi ca commence par un. Le développement passe impérativement par s’attaquer au majeur des fléaux: LA CORRUPTION Mr le Président et vous convaincrez le MALI et tous ceux qui s’y intéressent.

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