Décryptage : Président – Vice-président, le cul-de-sac institutionnel

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Les relations conflictuelles entre le Président de la Transition et son Vice-président ont emporté les neuf premiers mois de la Transition. 

Echec du tandem N’Daw-Goïta

Au Mali, c’est la première fois qu’un tandem Président Vice-président dirige le pays. Malheureusement, il a été balayé par les tensions inhérentes à tout couple. Dont un des effets immédiats a été l’arrestation du Président de la Transition et son Premier ministre par le Vice-président et ses frères d’armes, mécontents de ne pas être consultés pour former le nouveau gouvernement. « Dans les démarches de constitution d’un nouveau gouvernement, le premier nouvellement reconduit a établi une liste de gouvernement en accord avec le Président de la Transition sans concertation avec le Vice-président en charge des questions de défense et de sécurité », extrait du communiqué de la Vice-présidence du 25 mai. Un point de non-retour a été atteint avec entre les coprésidents à cause du déséquilibre des rapports de force, et surtout des difficultés à se parler et à se comprendre. Leurs tensions ne prennent-elles pas source dans un conflit de génération ? Certes, ils sont tous des militaires, mais Assimi Goïta (38 ans) est deux fois le cadet de Bah N’Daw (71 ans). Résultat, les crispations se sont durcies, et leur duo a échoué.

Le Mali, gouverné par une dyarchie

Dans un régime de Transition où le Président et son Vice-président se partagent les rôles (Charte), les relations sont loin d’être apaisées. D’autant que le Vice-président, auteur du putsch du 18 août 2020, se donne la paternité du pouvoir de Transition et de la nomination du Président et de son Premier ministre. Le Mali est gouverné par une dyarchie depuis septembre 2020. Le couple N’Daw-Goïta aura été dévasté par cet échafaudage institutionnel bâti de toute pièce et sans poser les bases de valeurs essentielles à tout couple surtout s’il doit conduire un peuple et une nation. Ce n’est qu’un cul-de-sac institutionnel duquel il faut sortir pour le reste de la transition.

Œuvrer à la renaissance du Mali

N’Daw et Goïta ont des personnalités différentes. Le premier a la réputation d’être un homme rigoureux et bosseur. Le second, un homme de serment, fonceur et peu bavard. Ils auraient pu être complémentaires pour cheminer ensemble malgré leurs différences. Pour cela, il aurait fallu se remettre en question et mettre les citoyens maliens au cœur du dispositif. Il est urgeant de changer de cap. Aujourd’hui, encore, la Cédéao est au chevet du Mali, l’homme malade du Sahel. En attendant que les négociations entre le médiateur de la Cédéao, Goodluck Jonathan, et Assimi Goïta, aboutissent, il est important que les Maliens (mouvements associatifs, partis politiques, syndicats…) se remettent au travail pour redessiner les contours du Mali à renaitre. Œuvrer à la renaissance du Mali, c’est travailler autour de deux variables : la compétence et la qualification.

Qualification, compétence et probité intellectuelle 

Il est primordial dans le futur exécutif d’avoir une équipe resserrée (15 membres) où les portefeuilles ministériels sont confiés à des personnes compétentes, c’est-à-dire qui ont une expérience connue et reconnue dans leur domaine. Par exemple, le Ministère de l’Education ou de l’Emploi doit être confié à une telle personne. Ce sera une des solutions pour sortir de l’amateurisme, un des maux de la gouvernance. Quant à la qualification, ensemble de connaissance et de savoir-faire nécessaire pour occuper un poste, elle est nécessaire pour cheminer vers une culture du résultat. Mais la qualification et la compétence ne suffisent pas pour nous sortir du bourbier actuel. La gouvernance doit être transparente à toutes les échelles de l’administration. Autrement dit, en plus de la compétence et de la qualification, les nominations ministérielles ou de tous les responsables bureaucratiques ne doivent pas se faire sur la base d’un esprit clanique ou partisan, mais sur la base de la probité intellectuelle.

Enfin, la culture de la citoyenneté doit s’imposer au Mali ; et de façon exemplaire le chemin doit être montré par nos dirigeants. Comment imposer la paix et la stabilité dans un pays en proposant une politique de l’incertitude ?

Les femmes et les hommes forts de demain seront ceux qui, pleins de dignité, montreront le chemin d’une démocratie qui ne se hurle pas à la face du monde mais qui s’installe dans le quotidien.

Mohamed Amara

Sociologue

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