Promotion sociale des femmes au Mali : Entre préjugés et clichés

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Les femmes, confinées des siècles durant au foyer et aux tâches ménagères, s’émancipent professionnellement, et de plus en plus. Un long chemin jonché de clichés et de préjugés.

Les femmes ont beau avoir les compétences, pour arriver à certaines responsabilités, soit on ne leur fait pas confiance, soit, si elles sont en poste, on pense encore qu’elles ont bénéficié de passe-droits.

« Cette question m’engage personnellement. Effectivement ça c’est une mentalité qui est véhiculée partout surtout au Mali. Quand une femme a un certain niveau de responsabilité on pense qu’elle a pu l’avoir par la facilité », affirme madame Kontine Marie Thérèse Dansoko, juriste, professeur d’enseignement supérieur.

Pour elle, il y a des femmes battantes, qui ont eu leurs postes et se battent en longueur de journée pour arracher leur droit et se faire valoir. « Je connais des femmes compétentes qui ont vraiment accès à des postes de responsabilité par la qualité de leur travail ».

Pour Samaké Oumou Niaré, magistrate, malgré les efforts que les femmes fournissent des efforts, les préjugés demeurent. « J’ai été victime à plusieurs reprises dans différentes juridictions dans lesquelles j’ai servi. Des hommes qui disent qu’une femme ne peut pas prononcer leur divorce, ou une femme ne peut pas les condamner à une peine de prison. Parce qu’à leur entendement, une femme ne doit pas être juge. Une femme est faite pour être à la maison, mais pas pour occuper des postes de responsabilité. Ça m’a plutôt donné des forces, du courage parce que ce sont effectivement des moments où on se rend compte qu’il faut se battre en tant que femme, encore plus pour montrer ses compétences et pour mériter sa place ».

Je dirais que je me considère d’abord comme magistrat, certes je suis une femme. Mais, moi dans mon entendement une femme magistrat n’est pas différente d’un homme magistrat. Ce sont les mêmes lois qu’on applique, c’est peut-être la manière d’appréhender ces lois qui diffère. Quand on est une femme ou un homme mais ce sont les mêmes lois ça ne change pas du fait que vous soyez homme ou femme. Donc déjà dans l’esprit des gens peut être le fait qu’on soit femme peut être un avantage ou un inconvénient mais pour moi c’est plus qu’un atout, a-t-elle dit.

« Une femme doit travailler 10 fois plus qu’un homme pour avoir un poste de responsabilité. 10 fois plus, car nous avons nos vies de famille, nous avons nos maris et enfants à entretenir en plus de cela nous avons une carrière à bâtir. Donc, c’est un challenge, le gros challenge de tous les jours. Mais cela ne doit pas décourager, cela n’est pas de nature à me décourager au contraire », ajoute madame Samaké.

« J’ai entrepris très tôt dès l’âge de 18 ans et grâce à Dieu mes affaires marchent bien. Mais je suis frustrée à chaque fois que ce soit à la maison, au travail, dans le quartier j’entends à longueur de journée des ragots du genre que je me prostitue. Par moment ça me fait vraiment mal. Tout le monde sait que j’ai un tailleur et c’est moi qui cherche les clients. Je voyage sur Dakar et Lomé pour amener des marchandises et avec tout ça on pense que mes revenus ne sont pas licites. Il est temps que les gens sortent de ça, dans la vie nous n’avons pas les mêmes préoccupations, ni les mêmes ambitions. Si Dieu me fait grâce c’est ma chance et au lieu de me soutenir on trouve toujours des étiquetés à me coller pour essayer de me déstabiliser », explique Mariam Magassa, commerçante.

« La facilité, poursuit-elle, ne nous rend pas service. Nous devons nous battre comme les hommes, parce que si nous voulons promouvoir l’égalité hommes – femmes surtout sur le plan professionnel, nous devrions être compétitives, nous former pour être à la hauteur. C’est pour cela que moi en tant que professeur d’enseignement supérieur, j’exhorte toujours mes étudiantes à étudier et aller de l’avant. La solution de facilité s’arrête tôt ou tard. Il faut toujours étudier et aller de l’avant. La connaissance est extrêmement importante. C’est un appel à toutes les femmes. C’est ce qui complique notre lutte parce que si on se lève pour nous battre, lors des concours, les hommes pensent qu’on veut la facilité, qu’on veut des postes sur un plateau d’argent. Alors que ce n’est pas ça. Nous voulons, comme cadres, des femmes compétentes qui ont des qualités requises pour occuper les postes», conclut madame Dansoko.

Aminata Agaly Yattara

Cet article a été publié avec le soutien de JDH Journalistes pour les Droits Humains et NED

 

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