Renforcer la compétitivité de l’économie malienne en stimulant la production agricole, l’industrie et les services

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AFRIQUE

La compétitivité de l’économie du Mali stagne malgré une dynamique de sa croissance économique. Les faibles gains de productivité ne permettent pas de tabler sur une croissance inclusive et durable. Les efforts effectués par les différents gouvernements depuis plusieurs années conjugués aux performances réalisées dans les exportations de produits sont insuffisants pour compenser la faiblesse de l’industrie, des institutions, des infrastructures, de la santé et de l’éducation. Ces difficultés sont défavorables à la compétitivité. Les dernières données de la Banque Mondiale en 2017 nous indiquent que le moteur de l’économie malienne demeure l’agriculture et ses dérivés à hauteur de 38,5% du PIB contre 24,4% pour l’industrie et 37,1% pour les services. Néanmoins, il faut acquiescer qu’il existe une complémentarité entre les activités rurales et industrielles et que ce sont les secondes qui valorisent les premières. Si les activités rurales concernent majoritairement la production agricole, les activités industrielles et de services doivent être une locomotive pour accélérer la compétitivité.

Quelques contraintes qui pénalisent le développement de lindustrie malienne

Le Mali est un pays dont le potentiel énergétique est encore inestimable. Le pays est situé au cœur de l’Afrique de l’Ouest. Cette situation géographique lui donne d’énormes potentialités pour développer une industrie performante. Mais, il convient de noter que le pays est face à plusieurs difficultés de son industrie et plus particulièrement sur le plan de l’énergie. A cette première difficulté vient s’ajouter celle relative à la main-d’œuvre, ce qui incite à poser les difficultés liées à l’implantation des industries. Néanmoins, le traitement des produits agricoles peut donner lieu au développement d’entreprises robustes transformant localement les matières premières agricoles. Ces difficultés d’implantation des industries sont nébuleuses, du moins jadis 1959 avec la conférence économique de Bamako, permettant de réaliser une répartition du travail entre le Soudan (actuel Mali) et le Sénégal. En effet, le premier étant producteur agricole, il fournira les industries de transformation du second. A cette époque de la fédération du Mali (1959 – 1960), l’économie était parmi les plus performantes d’Afrique. Les deux pays étaient compétitifs sur le marché sous-régional. Après l’éclatement de la fédération du Mali à fin 1960, l’économie malienne est devenue de moins en moins compétitive compte tenu d’une accélération fulgurante des importations des produits manufacturés.

Au début des années 2000, il y a une véritable prise de conscience sur la compétitivité comme l’une des solutions pour relancer l’industrie malienne. Les entreprises cherchent à être compétitives sur les marchés nationaux et internationaux. Cependant, au moment où les produits locaux sont mis en concurrence, sur le marché local ou sur les marchés internationaux, avec des produits en provenance d’autres pays, la problématique de la compétitivité se pose. Dans un contexte d’économie ouverte, la compétitivité est désormais considérée comme la quintessence de l’analyse des processus de production. Ne pas adhérer à une telle configuration économique signifierait à s’enfermer dans une économie en autarcie dans l’optique de dévier la globalisation.

Les analyses dédiées au facteur travail ne donnent pas la priorité aux causes du manque de compétitivité des entreprises maliennes. Ces analyses se focalisent principalement sur les coûts exorbitants de la main-d’œuvre (masse salariale et charges sociales). Dans ses études, le BIT indique que les charges dans le secteur manufacturier sont très significatives en Afrique sub-saharienne, principalement dans l’espace UEMOA, à ceux des pays d’Asie comparables. Plusieurs charges dans la création et le fonctionnement des entreprises constituent également des handicaps importants. Parmi les postes qui influent fortement les comptes d’exploitation, il y a l’énergie dont le coût est, en Afrique, en moyenne le double de ce qu’il est en Europe. Selon J.-P. Barbier (1993), une usine coûte en Afrique environ deux fois plus cher qu’en France. Il explique ce constat par l’importance des frais de transport, de montage, de mise en route, de formation, de constitution de stocks de pièces détachées, de création d’ateliers de maintenance et de mise en place d’équipements de secours (pour régler, par exemple, les pannes en termes d’énergie ou de télécommunication).

Par ailleurs, les petites et moyennes entreprises et le secteur informel dynamique n’ont pas eu accès au système financier formel. La réorientation du système financier est certainement un facteur inéluctable pour relancer l’industrie malienne. L’insécurité́ de l’investissement constitue également un facteur mis en avant pour expliquer les faibles performances de l’industrie malienne. Ainsi, l’absence de règles du jeu stables et acceptées de part et d’autre est souvent citée : fiscalité́ changeante, droit des affaires rudimentaire, octroi discrétionnaire et personnalisé d’avantages fiscaux contraires à la règlementation, dysfonctionnement de la justice, fraude généralisée… Les déficiences de l’Etat mauvais payeur sont également à la source de surcoûts par les déficits qu’elles occasionnent et les endettements onéreux qu’elles rendent indispensables. On a tendance à dire qu’une entreprise devient potentiellement compétitive quand elle s’est affranchie des risques dans ses relations avec l’Etat (en évitant les impayés et en négociant sa fiscalité) et avec les banques (en mettant à disposition une marge suffisante de fonds propres).

Quelles mesures pour améliorer la compétitivité de l’économie malienne ?

L’agriculture représente la quintessence de revenus pour une grande majorité des maliens, mais la productivité demeure insuffisante et repose sur une production de subsistance à faible quantité. Il faut améliorer la productivité agricole en utilisant massivement les technologies (de l’information et de la communication, mais aussi celles au service de meilleurs rendement et irrigation), en mettant en place un régime foncier efficace, transparent et en facilitant l’accès à la propriété aux femmes, qui constituent l’essentiel de la main-d’œuvre agricole au Mali. De surcroît, un meilleur accès au marché des petits exploitants favoriserait l’intégration, tandis que le développement de chaînes de valeur locales et régionales entrainerait un tremplin nécessaire qui serait bénéfique à ces derniers de renforcer leurs méthodes de production et de commercialisation, et in fine de respecter les exigences de qualité à l’échelle internationale.

Le secteur tertiaire ou des services occupe une place de plus en plus significative dans les programmes de développement de la Banque mondiale destinés à l’Afrique de manière générale et particulièrement au Mali. Tout comme dans les pays voisins du Mali, les services représentent le secteur qui affiche la plus forte croissance, générant ainsi de nouveaux emplois et de perspectives encourageantes inhérentes à la création de nouvelles activités économiques. Ils aiguillonnent la production et constitue un effet d’entrainement pour d’autres activités issues des secteurs primaire et secondaire. Toutefois, la productivité du secteur des services est insuffisante pour accélérer l’atteinte des objectifs du gouvernement malien notamment une croissance économique à deux chiffres. Pour améliorer la compétitivité, le gouvernement doit baisser également les contraintes commerciales sur l’écoulement des produits et mettre en place des réformes législatives complémentaires. Ces réformes sont impératives pour permettre au pays d’amplifier son intégration dans les chaînes de valeur sous-régionales.

Enfin, il faut diminuer considérablement les importations en développant le « made in Mali » afin de consommer local, une réduction drastique des coûts des facteurs de production, une gestion rigoureuse des coûts des transactions financières, rendre la fiscalité et la parafiscalité́ plausibles, une réglementation sur le commerce extérieur, une refonte des codes (du travail, des douanes, des investissements), une révision du régime des assurances et la réforme du système bancaire.

Amadou SY – Consultant en Diagnostic Economique et Financier

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