5e édition, prix Lamine Tiecoura Coulibaly : Voyage d’études et concours scolaire à Kita Kuru ani Budo ’ Fo’

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La 5e édition du voyage d’études Prix Lamine Tiécoura Coulibaly (2 février 1959- 23 avril 2016) a eu lieu du 4 au 7 juin 2021, dans la région de Kita avec pour thème « traditions et valeurs d’intégrité pour la refondation du Mali ».

Le séjour pédagogique s’est déroulé au profit de  vingt-deux élèves de la 9eme année et leurs encadreurs de Doumba, Koulikoro, Kalabambougou Sébénicoro, Sénou, Bamako, Kati, Badinko et Kita accompagnés par la presse. L’hommage aux enseignants et aux communicateurs défunts est une  initiative citoyenne qui ambitionne de préparer les futurs candidats au DEF à aborder leur tout premier examen. Il s’agit aussi de susciter des vocations à travers la visite d’entreprises et cultiver un esprit patriotique avec le parcours de  sites historiques.

VISITES GUIDEES :

Dans les années 1970, l’arachide était la première culture industrielle du Mali (‘’l’Afrique noire de A à Z’’-2è édition 1975 Ediafric). En 2009, l’ex cercle de Kita couvrait une superficie de 35 250 km2 avec une population de 434 0379 habitants. Avec son érection en région, le premier gouverneur de Kita a été nommé le 25 novembre 2020. La réputation de la cité n’est pas établie par les seuls sons de cora et les savoirs des griots, la remarquable productivité en arachide et en coton en est également une marque distinctive. Aussi les visites guidées de l’école en transport  concernent la station météo synoptique implantée au quartier Liberté.

« La météo c’est la science exacte pour étudier le temps, le passé, le présent et le futur ». Adama Daou qui tient ses propos est le coordinateur à Kita depuis 2001. Trois spécialistes accueillent les voyageurs ; le technicien supérieur, le retraité Mamadou Mady Keita et sa soif de partage et le technicien observateur Yaya Berthé qui expliquent l’importance du dispositif technique pour la production agricole, la sécurité aérienne, la santé et les BTP par exemple. Plusieurs équipements sont disséminés dans l’enceinte protégée. La cage haute sur quatre piliers contient divers instruments de mesure. Ainsi, dénommé l’Abri, le gite est toujours de couleur blanche qui absorbe peu de chaleur à l’intérieur et  avec l’ouverture techniquement face à la direction Nord. Le bac grillagé dénommé Classe A est une grande surface avec thermomètre et jauge, c’est pour évaluer le niveau d’eau. Le Thermo (deux tubes qu’on peut emboiter) est enfoui sous la terre jusqu’à un mètre pour indiquer la propriété du sol. Le paysan peut alors savoir à quelle profondeur semer telle ou telle graine. «  On ne peut vaincre le changement climatique, il faut s’y adapter par le comportement » termine le retraité qui a effectué 38 ans de carrière.

Il était une pierre sacrée…

Quelques quartiers plus  loin, à Linguekoto, Kuluni Kumala est protégé par  quatre murs dont deux pénétrables. Antan il était difficile de voir le rocher qui ‘’parle’’ ou qui donne des signes. Le massif reste à sa place initiale. Il trônait de ses tonnes  entre un kapokier (excellent bois d’œuvre, ses graines fournissent de l’huile comestible qui peut également être utilisée pour l’éclairage et la confection de savon), sept tamariniers (il en reste trois) et des feuilles que les moutons aiment bien brouter. De la bouche de l’infirmier d’état à la retraite le plus célèbre de la région, les visiteurs apprennent une partie de l’exil de Soundiata Keita et de l’époque de l’empereur Mema Moussa Tounkara (le dictionnaire le Larousse Universel   Hachette Edicef 3e édition note en page 1400 que « le royaume du Mali s’est constitué au XIIIe siècle : sous la direction de Soundiata Keita, les populations du plateau manding écrasèrent le royaume susu à la bataille de Kirina en 1235. Les mandings s’unirent pour former le royaume du Mali et choisirent Soundiata pour souverain »). La tradition orale aussi existe : parlant du Kuluni Kumana, l’orateur Niamey Tounkara gardien des traditions remémore : « cela a été prédit depuis le 12e siècle. Le vieux Tounkara, roi du Ouagadou, avait dit à ses enfants qui étaient parmi les guerriers qui accompagnaient Soundiata pour aller à la conquête du Mandé, que dès lors que Soundiata sera installé au trône, de rechercher le ’’Guénou kuru’’ et de s’établir près de cette colline. Tant qu’ils y seront, ils seront protégés. Mais il faut préciser que cette colline-ci n’est pas le ‘’ Guenou kuru’’. Le ‘’ Guénou kuru’’ c’est la grande et longue montagne derrière (ils ont fait onze ans à la recherche de cette montagne). C’est le  ‘’Kita kuru’’ qui a aussi son génie.  A chaque sixième mois (juin), le génie femme sortait avec son enfant dans les bras. Quand elle sortait avec un habit blanc, cela prédisait le bonheur pour Kita cette année, quand elle était en banco c’était pour les peulhs, en indigo c’était une mauvaise année et les cultures ne réussissaient pas ».  Le chef de terre des Tounkara –Camara (familles fondatrices) a 86 ans il est donc à la retraite depuis plus de 20 ans. Tenant fermement sa canne, il  égrène l’historique du massif et le génie protecteur qui veillent sur la localité : aujourd’hui encore les uns et les autres viennent formuler des vœux au pied du rocher, à charge pour eux de revenir avec l’offrande promise dès que leur souhait sera exaucé. Le conservateur se souvient : « les douze premiers blancs sont arrivés en 1880. Les toubabs sont venus saluer le chef mon homonyme, avec de l’argent et de l’or (nb : hier les visiteurs étaient au premier cimetière des missionnaires français). Le chef leur a dit qu’il ne peut rien prendre sinon ses descendants en subiront les conséquences ». Gage d’hospitalité : des parcelles d’habitations  ont été attribuées aux étrangers. Seize ans après, en 1896 Kita est devenu cercle. L’indépendance est intervenue le 22 septembre 1960. La démocratie est acquise au début des années 1990. Les régimes se sont succédé.

Signe d’intégration de la nouvelle majorité que constituent les pratiquants des nouvelles religions monothéistes, depuis 4 ou 5 ans, le site sacrificiel Kulini Kumala est ouvert aux musulmans qui viennent même y lire le Saint Coran.

FORMATION.

Pays de cohésion, le ‘’Kouta’’ de l’écrivain Massa Makan Diabaté (1938-1988) et des  griots Kelemonzon Diabaté et Kandia Kouyaté est chargé d’histoires ; après sa première école en 1881 (il y a 140 ans) Kita a eu sa première église le 20 novembre 1888 (133 ans). Pain bénit pour les apprenants, c’est la première fois que la plupart de nos adolescents mettent les pieds dans un lieu de culte chrétien. Le sanctuaire a une capacité de 3000 places. L’endroit est solennel. «  Ave Maria (je vous salue Marie) » : une fine odeur d’encens flotte dans la paroisse Notre Dame du Rosaire (un des titres donnés à la Vierge). Tout comme l’enfant quelle porte du bras gauche, la Sainte est couronnée d’or et couverte d’une étoffe bleue sur du blanc. Haut perché sur une potence, Jésus Christ est en pénitence. Au fond tremblotent de minces flammes : quelques chandelles se consument. Plusieurs objets liturgiques sont disposés de part et d’autre. Sur l’estrade, l’autel est couvert d’un tissu vert et blanc. Un missel est ouvert (il contient des textes pour la messe) .On a l’impression d’entendre des chants latins ou des cantiques grégoriens. Tout près, attendent trois microphones d’un matériel complet d’orchestre: percussion, cuivres, contrebasse etc. En haut à droite se tient la statue en argile amélioré de la Sainte Vierge ‘’Notre Dame du  Mali’’,  Demba nyuman. Quand un petit visiteur demande ‘’son secret’’ au paroissien, avec sourire le curé répond : « prière et foi ». En sortant  de l’édifice, on voit qu’avec au moins une salle de conférences, un dortoir et un bloc de toilettes à rénover, l’église fait partie d’un espace de plus de quinze hectares. Une centaine de mètres plus loin, sous les feuillages sont disposées quelques tombes et à côté, dans un carré blanchi à la chaux reposent les tous premiers missionnaires. La première sépulture, celle du Père Montel Spiritain date du 7 août 1889 (le Mali sous le nom de Haut -Sénégal- Niger puis de Soudan devint, en 1895, une colonie française intégrée à l’Afrique Occidentale Française, avec Kayes puis, en 1907 Bamako pour chef- lieu).  Quant au  pèlerinage catholique, il s’accomplit  depuis 1966 à Kita soit 55 ans .Ce premier samedi de juin 2021, en tête de la marche avec ses petits visiteurs, le Curé Abbé Georges Roland Débé est un guide patient et infatigable. Il laisse entendre que le parcours annuel des douze mille pèlerins catholiques comprend la procession d’environ deux kilomètres- bougie à la main – pour monter vers la colline mariale ou   la Vierge Marie reçoit les vœux.

   REFONDATION.                   

Comment fabriquer du savon ou un tissu bogolan, mélange de cotonnade avec des feuilles bouillies et trempées avec de l’argile pour tracer des motifs ? Cette mi-journée Mme Sabou Cissé et ses camarades – des hommes et des femmes qui se prennent à charge malgré leur handicap physique – animent deux ateliers de formation pratique  au Centre féminin Dakan. Deux kilogrammes et demi de soude caustique font partie des constituants. Les enfants sont ravis de mettre la main à la pâte.

Dans l’après-midi, la salle Sainte Elisabeth de la mission catholique reçoit les deux principales conférences. La première a trait à ‘’l’Impact de la corruption’’ avec Cri 2002- Transparency International et voit le Secrétaire Général de l’organisation, Moussa Traoré conclure, « les enfants ont compris. Ce sont les acteurs de demain. Ils doivent se battre contre ce fléau. La corruption est comme un cancer qui se développe dans notre pays et dans le monde, je lance un appel pour que cela soit sévèrement punit ». La deuxième conférence éclaire le public sur ‘’les origines africaines des droits humains’’, explicitées par le Coordinateur Hamane Touré et Dakoba Florentin Kouéné de Amnesty International Mali. Des orateurs qui soutiennent que : « le concept des droits humains (‘’hakè’’) ne vient pas  d’ailleurs. C’est une fierté pour nous avec la Charte du Mandé (‘’Mandé kalikan’’), quand Soundiata Keita  devint Empereur en 1236, après la bataille de Kirina contre Soumangourou Kanté en 1235. Nous avons été des avant-gardistes (en avance sur leur temps). Des dispositions stipulaient déjà qu’il ne faut pas offenser la femme. Le statut de la femme était déjà reconnu. C’était bien avant la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 ».

Au cours des journées, au moins deux causeries débats ont été animées autour des ‘’Symboles de la République’’ et ‘’ le leadership des enfants ’’ avec le formateur délégué par la  Jeune Chambre International. Au petit matin, Drissa Traoré a aussi incité les enfants à procéder à la salubrité de la cour avant quelques exercices de gymnastique dans la bonne humeur.

EMULATION.

La première école de Kita est représentée à la compétition scolaire. Ladite école a été créée en 1881 et construite en 1904, aujourd’hui elle est devenue le groupe scolaire ADEF. Après les trois épreuves de compétition, la cérémonie de remise de prix  est rehaussée par la présence du premier Gouverneur de la région.  Nommé le 25  novembre  2020, Daouda Maïga a été accueilli à Kita avec ferveur le 14 janvier 2021. A la  date du 1er mai 2021 -485 décès étaient enregistrés pour cause de  Covid-19  au Mali. Président d’Honneur de cette 5è édition du Prix Lamine Tiécoura Coulibaly de l’ORTM, l’administrateur civil loue d’abord le parcours de LTC et la compétition scolaire avant d’inviter les uns et les autres « au respect des mesures barrières contre la Covid-19 et à se faire vacciner, c’est l’alternative que nous avons ». Dans la salle sont également installés la veuve de notre confrère LTC et l’un de ses cadets. Moment attendu avec appréhension par les concurrents, après ses délibérations, le jury  proclame vainqueurs « en Mathématiques : Rokiatou Yattara, 15 ans de l’école Toguna de Yirimadio qui décroche 19 ,75 de moyenne ». Ousmane Sissoko président du jury poursuit « en Poésie : Zeinabou Diallo, 15 ans de l’école Toguna de Yirimadio obtient 17 et en Rédaction : Mariam Diarra, 13 ans  du CSKA de Kati s’adjuge le trophée avec 14,5 de moyenne.

Le Prix Spécial Sadio Camara, ministre de la Défense et des Anciens Combattants est décerné à  Astan Kanté, 13 ans de l’école La Référence Hippodrome Bamako. Unanimement les futurs candidats au DEF ont salué sa solidarité et sa  participation de qualité aux sessions de formation ».

Dialogue interreligieux                                                                                                 

Outre des consultations médicales, des dons de médicaments et de dispositifs Covid-19 ont eu lieu notamment au bénéfice du quartier Linquekoto des familles fondatrices, le Centre Dakan des personnes vivant avec handicap et la Mission Catholique, lieu de savoirs et de prières. C’est justement dans une dynamique d’intégration et de dialogue inter religieux que l’école franco arabe Mahad Seydat Aïcha de Sénou est l’invitée de cette édition.

Après seize années de fonctionnement l’école a formé plus de dix mille personnes  dans des domaines tels les langues arabe et français, l’éducation islamique et la culture générale. Si l’on en croit celui qui en est le directeur « ce type de rencontre favorise la prévention de la radicalisation qui est possible dans toutes les religions mais aussi en politique et idéologie » et Siaka Traoré de souhaiter que les sortants des écoles franco arabe soient insérés dans la fonction publique et que lesdites écoles deviennent publiques (N.B. : l’enseignement privé catholique a été intégré dans l’éducation nationale en août 1972). La cérémonie de remise de prix a donc été ouverte par la lecture du Saint Coran par Boubacar Sidiki Damango un élève de 17 ans fréquentant la 9e année de l’école franco-arabe, sa camarade de 15 ans Fati Traoré de la même école franco arabe avec le poème ‘’Maudite guerre’’ s’est classée 3è ex-æquo avec 14 de moyenne sur les sept candidates de la matière. De sa voix  juvénile Damango a pu gratifier le public de la 43e sourate du Saint Coran,  ‘’Azzoughrouf ’’ (beauté des choses, ornement ou ‘’massiri’’ ‘en bambara) verset 1 à 11. Après les discours, les prestations artistiques du slameur Adama Macalou, de la futur poétesse Zeinabou Diallo (‘’Ma part d’inquiétude’’) et la remise des prix, le cérémonial est  bouclé par les bénédictions du Curé de la paroisse de Kita : «  La paix c’est chacun qui la porte en lui, une seule personne animée de mauvaise volonté ça se gâte. ‘’Allah ka Mali ba sigi’’ (que Dieu stabilise notre pays), il faut l’entente après la paix, que Dieu nous fasse cette grâce ».

Alléluia !

Moussa dit Moïse Traoré

(ORTM)             

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