Transition : Péril de main-basse sur les DFM et les fonds publics

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Les finances publiques maliennes pourraient payer un tribut plus lourd qu’attendu au coup de force du 18 Août 2020. Annoncée, admise et tolérée comme un mal tout juste nécessaire pour rompre avec le système IBK, le putsch a ouvert la brèche à une transition étonnement décevante par sa propension à perpétuer les mêmes pratiques abominables que celles ayant contribué à l’impopularité du régime défunt et précipité sa chute.

Les Maliens sont en tout cas désabusés par une course à l’accaparement beaucoup moins vergogneuse que naguère et se traduisant par la chasse impitoyable aux positions administratives matériellement pourvoyeuses. Ainsi, à défaut de les mériter et d’y être admissible par les compétences requises, les places dites juteuses sont pour la plupart comblées sur fond de sous-traitance, d’entente sur leur gestion par procuration et les promesses de rentes entre décideurs de fait et leurs sous-traitants.

Avec cette forme inédite d’accession à la responsabilité publique, il va de soi que des portefeuilles ministériels très stratégiques reviennent à des personnalités sans épaisseur autre que leur disponibilité à se complaire dans un rôle de simples marionnettes redevables jusqu’à moelle et obéissant au doigt et à l’œil aux faiseurs de ministres tapis dans l’ombre. Détenteurs réels de chaque parcelle d’attribut et de prérogative ministériels, ce sont ces derniers qui tirent discrètement les ficelles de leurs rentiers – dont certains sont propulsés à des desseins similaires à d’autres paliers de la sphère publique. PDG et DG de grandes sociétés anonymes ou d’Etat, Présidents de conseil d’administration, etc., suscitent sont ainsi dans leurs viseurs et font l’objet d’autant de marchandages entre les nouveaux faiseurs de responsables et leurs rentiers.

C’est dans le sillage de ce grand noyautage administratif qu’il se mijote, selon nos sources, une main-baisse inédite sur les finances publiques, à travers une convoitise sans commune mesure des différentes directions des finances et du matériel. Épargnées jusqu’ici par les manœuvres politiciennes, ces structures centrales d’encadrement sectoriel du budget d’Etat sont actuellement sous la menace d’une redoutable invasion par des hommes de main des principaux seigneurs de la transition. Objectif inavoué : étendre leurs tentacules sur les dépenses publiques et les orienter vers les destinations souhaitées et même préconçues. Autant de pratiques licencieuses ayant présidé aux mesures de déconnexion des DFM de la sujétion politique, suite à l’avènement du décret 0271/P-RM en date du 29 Avril 2016 afférent à organisation et aux modalités de fonctionnement desdites structures. En vertu duquel texte la désignation de tous les directeurs des finances et du matériel est centralisée au niveau du ministre des finances. C’est à l’Hôtel des finances, en clair, qu’il revient de proposer à la nomination, par décret pris en conseil des ministres, des responsables en charge de l’élaboration et de l’exécution des fonds publics alloués à chaque département. Quant aux adjoints des mêmes structures, ils sont nommés par arrêté conjoint du ministre des finances et de son collègue en charge du département d’affectation. Pour le plus grand profit des ressources publiques, cette réorganisation des DFM les aura longtemps mises à l’abri de vicieuses incitations à la prédation budgétaire propre à l’autorité politique. Et pour cause, la mesure les affranchit de toute influence de la tutelle administrative quant aux procédures d’acquisition des besoins nécessaires à leur fonctionnement

Mais, le verrou de protection installé par Boubou Cissé, es qualité ancien ministre des finances en son temps, n’a jamais paru aussi fragile que depuis l’apparition de syndromes tentaculaires chez les nouveaux ministres et leurs tuteurs régaliens. Depuis plusieurs semaines, en tout cas, ils se démènent comme des beaux diables pour obtenir un bouleversement des règles en vigueur aux fins d’installer des sous-fifres à la place de tous les DFM susceptibles de résister aux velléités boulimiques des nouveaux seigneurs de la transition. Ces orientations mercantilistes du changement annoncé semblent toutefois se heurter à la farouche résistance de l’actuel ministre des finances, qui s’oppose pour l’heure à toute amputation de ses prérogatives au profit de ses autres collègues, qui demandent à disposer d’une plénitude d’influence sur les DFM de leurs départements respectifs. C’est ainsi, confient nos sources, que les tenants d’une modification du décret en question ont dû redescendre plusieurs fois bredouilles de Koulouba, après autant de tentatives ratées d’obtenir gain de cause. De sources concordantes, le refus du tout nouveau ministre des Finances n’est pas fortuit et repose sur plusieurs facteurs qui militent en défaveur des bouleversements réclamés par ses collègues. Primo, les balises instaurées par les anciennes autorités ne découlent pas du néant et sont sous-tendues par des engagements d’assainissement de la gouvernance malienne vis-à-vis des partenaires techniques et financières. Secundo, l’entêtement des ministres à se débarrasser sans motifs solides des DFM en poste préfigure à ses yeux des intentions licencieuses qui jurent manifestement avec les objectifs avoués de la transition.

A Keïta

 

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