Le Directeur Régional des Eaux et Forêts du district de Bamako à propos des menaces de disparition de certaines espèces d’arbres. «La solution réside dans la mise en place d’un plan d’aménagement du territoire»

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Face à la destruction à grande enjambée de notre écosystème, des citoyens maliens rompent le silence et interpellent les autorités. Commandant Ousmane Sidibé, Directeur Régional des Eaux et Forêts du District de Bamako se prononce sur le sujet. Votre hebdo l’a rencontré pour vous. Suivez plutôt !

Le Progrès : Vous êtes agent des Eaux et Forêts et avez la lourde responsabilité de protéger les forêts. Avez-vous connaissance des menaces de disparition dont font l’objet certaines espèces au Mali ?

Commandant Ousmane Sidibé : La disparition de ces espèces ne date pas d’aujourd’hui, mais la population vient de les connaître maintenant. A titre d’exemple, je cite une espèce d’arbre qu’on appelle ‘’Samatolo’’ qui a des propriétés thérapeutiques est disparue dans la région de Sikasso. Il y’a le ‘’Wo’’ en bambara et  ‘’Bagara’’  de son nom scientifique est en voie de disparition. Donc pour nous forestiers, c’est pourquoi nous sommes entrain d’adopter des stratégies visant à interdire la coupe de certaines espèces protégées. Donc il y’a  espèces partiellement protégées et celles totalement protégées. Les forestiers ont pris conscience de la nécessité de protéger certaines espèces d’arbre compte tenu de  leur valeur économique, thérapeutique etc. La loi  a prévu des mesures en la matière. La liste n’est pas exhaustive.

 

LP : Le phénomène prend de  l’ampleur chaque jour que Dieu. Sa lutte fait appel à d’énormes moyens.  J’aimerai savoir si disposez-vous de moyens suffisants pour y faire face ?

 COS : Moyens, c’est à relativiser. Vous savez, les pays du Sahel, manquent énormément de moyens. Mais le peu que l’Etat met à notre disposition, nous permet d’atteindre certains objectifs même si ça ne nous permet pas d’obtenir les résultats escomptés. Pour moi, le moyen le plus sûr est la sensibilisation des populations. Il faut que les citoyens maliens adhèrent d’abord à la préservation du peu qui existe. L’Etat a beau mettre des milliards pour la protection de ces espèces, si les citoyens ne prennent pas compte de la nécessité de les protéger, c’est voué à l’échec. Que l’Etat fasse ou pas chacun d’entre nous peut planter au moins un arbre par an. Si nous sommes 16 millions de Maliens, ça fait 16 millions de pied d’arbres.  Nous faisons cela pour notre survie, car  sans arbres, pas de vie. Sans eau, pas de vie. Cela constitue pour chacun d’entre nous  une contribution à l’édifice national.

 

LP : Le bois malien connaît également une forte exportation vers l’étranger. Des citoyens maliens ont attiré l’attention des autorités pour mettre fin à cette exploitation qu’ils jugent illégale. Qu’avez-vous à faire pour arrêter cette exportation ?

 COS : L’exportation des produits forestiers maliens à l’étranger peut être réglementée par  la loi. Contrairement à ce que pensent certaines gens, cette exportation n’est pas interdite dans la mesure où ceux la font  payent les taxes.  Ce qui peut advenir est de voir comment réglementer cela, c’est-à-dire voir ce que notre écosystème peut supporter dans cette exportation. Si tel n’est pas le cas, il y’a lieu de mener des études pour voir ce que nous pouvons supporter. D’ailleurs notre écosystème est fragile aujourd’hui qu’on ne doit pas aller à une exportation abusive du bois malien vers l’étranger. Bamako n’a pas de bois et celui exporté vient de l’intérieur du pays.

Il fau un plan d’aménagement qui va fixer des quotas d’exploitation de nos forêts. Ce quota est fixé en fonction de la productivité. Donc s’il y’a des plans d’aménagement, il y’aura forcément des quotas d’exploitation qui permettront de préserver le capital. En un mot on exploitera tout en préservant le capital forestier existant.

A l’heure actuelle, la préservation de nos forêts fait appel à la mise en place des moyens par l’Etat malien, les privés en vue de la mise en œuvre du plan d’aménagement qui demeure la seule alternative pour protéger notre patrimoine forestier. Cela passe par le recrutement de maximum d’agents forestiers avec des moyens y afférents pour la mise en œuvre de ces plans d’aménagement. Il s’agit de les élaborer et trouver en même temps les moyens de son exécution. Cette mise œuvre fait recours à beaucoup d’activités, notamment les reboisements, les luttes anti érosives, le contrôle, l’exploitation. Ce sont là tout un ensemble prévu dans un plan d’aménagement pour une gestion rationnelle de nos forêts classées sur la base d’un système de suivi évaluation.

 

LP : Votre mot de la fin

COS : Il faut qu’il y’ait une prise de conscience générale de   la Nation malienne. Que les gens sachent que la protection de nos forêts  n’est pas la seule affaire des forestiers mais celle de tous les Maliens. L’environnement est un domaine transversal  qui concerne tous les Maliens. La preuve est la rencontre de la COP 21 où les citoyens du monde s’étaient donné rendez-vous. C’est pour vous dire comment de fois nous avons tous intérêt  à protéger nos forêts qui constituent un patrimoine mondial. Je lance un appel à tous les citoyens maliens à planter chacun un arbre et l’entretenir. Il ne faut planter pour planter mais planter pour l’entretenir. Il y’avait une idée qui était là qu’était de faire planter à chaque couple qui se mariait à planter avant d’aller à la Mairie. Monsieur et madame plantent un arbre. Il en est de même lors de l’établissement de l’acte de l’enfant de planter un arbre au nom de l’enfant. Malheureusement est tombée aujourd’hui en désuétude. Qu’à cela ne tienne, chacun de nous doit planter un arbre par an. Nous sommes 16 millions, si chacun plantait, on aura on aura 16 millions d’arbres par an. Cela n’est pas en dessus de nos moyens. C’est à cet exercice que j’envoie mes compatriotes. Je vous remercie.

Propos recueillis par Hassane Kanambaye

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